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On a vu pour vous… This is going to hurt, les désillusions d’un jeune médecin

Sans concession et avec une bonne dose d’humour, This is going to hurt you raconte le quotidien d’un jeune interne dans un hôpital public britannique.

C’est quoi, This is going to hurt ? Adam (Ben Whishaw) a toujours rêvé de devenir médecin… jusqu’à ce qu’il commence à exercer, en tant qu’interne dans le service d’obstétrique d’un hôpital public à Londres. Semaines de travail interminables pour un salaire dérisoire, décisions cruciales à prendre en urgence, manque de moyen et de personnel, absence de soutien de la part de la hiérarchie… Épuisé, frustré, désenchanté, Adam serre les dents pour garder la tête hors de l’eau et venir en aide à ses patientes du mieux qu’il le peut.

Le titre l’annonce d’emblée : cette série produite par la BBC et diffusée sur Canal Plus n’est pas une série médicale classique. Adaptation des mémoires du médecin Adam Kay  (en France sous le titre Ça risque de faire mal !) qui a lui-même écrit les sept épisodes, This is going to hurt fait mal en démystifiant la vie des professionnels de santé et en montrant toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés au sein du NHS. 

L’histoire se centre sur Adam, un jeune interne du service d’obstétrique / gynécologie d’un hôpital public britannique. Il doit être joignable 24 h/24 et 7j/7, assure des semaines de plus de 100 en enchaînant les gardes, prend des décisions délicates, pose un diagnostic au plus vite, gère l’anxiété des patients, lutte contre une bureaucratie pachydermique, supporte la condescendance de son supérieur Nigel (Alex Jennings) qui travaille moitié moins et gagne beaucoup plus, forme sa résidente inexpérimentée Shruti (Ambika Mod)… Le tout, pour un salaire loin de correspondre à la charge de travail et à la pression auxquelles il fait face. Il perd progressivement l’enthousiasme et l’envie qui l’avaient poussé à se consacrer à la médecine. Comme si cela ne suffisait pas, sa situation personnelle est tout aussi problématique : sa relation avec son compagnon Harry (Rory Fleck Byrne) périclite et ses relations avec sa mère sont tendues.

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Quelques moments de joie pour Adam

Dans le rôle de Adam, Ben Whishaw est exceptionnel. L’acteur, auquel pensait déjà Adam Kay en écrivant son livre, prête à ce héros son physique fluet et traduit surtout sa lassitude et sa fragilité avec subtilité et conviction. D’un regard, d’un soupir ou d’un rictus, il laisse entrevoir la fatigue et l’anxiété de Adam, voire la panique qui l’envahit à l’idée de se tromper de diagnostic  ; une erreur médicale aura d’ailleurs des conséquences pratiques et psychologiques tout au long de la série. Adam a de bonnes intentions et montre de la compassion, mais il est surtout amer et frustré, parfois méprisant envers les patients ou le personnel subalterne. 

This is going to hurt est une série éprouvante, qui n’édulcore rien du quotidien de son personnage principal avec notamment par des scènes brutales où Adam a du sang jusqu’aux coudes (littéralement), procède à des césariennes ou des épisiotomies, se débat avec le cordon ombilical ou doit gérer un prolapsus. La photographie, volontairement sombre et même terne, accentue ce sentiment de pression et de déprime au quotidien, et ce en dépit d’un ton caustique qui allège heureusement l’ensemble. 

Entre quelques scènes surréalistes et anecdotes de carabins (on n’échappe pas aux objets incongrus introduits dans des cavités corporelles qui le sont tout autant…), la série appuie sur l’ironie, prend parfois du recul par rapport au vécu de Adam pour apporter quelques moments drôles qui, sans compenser totalement un récit souvent déprimant (même la joie d’avoir mis au monde un bébé prématuré est ternie par l’angoisse de voir mourir la mère des conséquences de l’accouchement) apportent la respiration nécessaire pour qu’on s’attache au personnage et à ce qu’il vit. De sorte qu’on passe du rire aux larmes en quelques minutes, grâce à l’équilibre parfait que construit la série entre le drame et la comédie .

Et beaucoup de moments d’épuisement

Et il n’y a pas que le sang, les fluides corporels, la brutalité des interventions. Il y a aussi la fatigue, l’épuisement qui accablent Adam, la pression permanente à laquelle il est soumis, l’absence de vie en dehors de l’hôpital. Il a en charge trop de patientes à la fois, doit rassurer celles qui paniquent en espérant qu’une sage-femme sera disponible pour l’assister, composer avec le manque de ressources et un personnel débordé en permanence au bord du burn out- à l’exception de l’administrateur de l’hôpital qui, lui, rentre chez lui tous les soirs à la même heure. A chaque instant, Adam et ses collègues sont obligés de repousser leurs limites pour trouver en eux-mêmes la force de prodiguer des soins de base, malgré la lassitude profonde et inévitable. 

Dans ce contexte, il ne faut pas oublier que les patients… c’est nous. Est-il besoin de préciser que la fatigue, la pression, le manque de moyens des soignants (médecins, infirmières, aides soignants etc.) nous affectent  directement ? Si l’action se déroule en Angleterre, elle est facilement transposable dans d’autres pays. Car attendez, il y a pire : la série se déroule en 2006. Soit dans un contexte pré-Covid, avant la crise sanitaire qui a encore fragilisé le système de santé et accentué toutes ses faiblesses. Dans la série, la situation est effarante ; eh bien , elle l’est encore davantage aujourd’hui. 

This is going to hurt porte bien son titre : c’est une chronique douloureuse et acide, mais drôle et réaliste, du quotidien d’un jeune médecin au sein d’un système de santé précaire. La série réussit le tour de force de divertir et de faire réfléchir sur l’état du domaine de la santé dans la société d’aujourd’hui, provoquant un rappel brutal de la situation de l’hôpital public en Angleterre (mais pas seulement…) tempéré par l’humour. This is going to hurt, c’est tout ce que vous n’avez jamais osé demander sur le système de santé… mais que vous ne vouliez pas forcément savoir. Ça risque de faire mal, en effet. 

This is going to hurt
7 épisodes de 50′ environ.
Le 31 Mars sur Canal Plus.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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