C’est LA série la plus attendue de ce printemps : Canal+ proposera début avril son adaptation de Vernon Subutex avec Romain Duris, également en ouverture de la seconde édition de Canneséries.

C’est quoi Vernon Subutex ? Vernon Subutex, disquaire au chômage, se fait expulser de son appartement. En quête d’un endroit où dormir, Vernon sollicite d’anciens amis de la bande de Revolver, son mythique magasin de disques, dont Alex Bleach, rock-star sur le retour. Mais celui-ci meurt d’une overdose et lui laisse trois mystérieuses cassettes vidéo. Alors que Vernon disparaît dans l’anonymat de la ville, il devient l’homme le plus recherché de Paris

« Celui qui défonce c’est celui qu’on écoute … règle du monde moderne » (La hyène)

Ce ne sera pas notre letmotiv avec Vernon Subutex. Bien au contraire.
Adaptation du best seller de Virginie Despentes, devenu en quelques 4 années seulement un roman référence de la littérature, Vernon Subutex est une des séries, voire la série française à la fois la plus attendue ou la plus redoutée de cette année. C’est au choix.
Si vous avez dévoré les 3 romans (la série adapte uniquement les deux premiers ndlr), il y a des chances que vous soyez méfiants. Si comme l’auteur de ces lignes, vous n’aviez pas lu une seule ligne de Despentes, vous rentrerez dans la série sans a priori mais vous risquez d’en ressortir chamboulé, retourné, déboussolé. La nouvelle série de Canal+  raconte la chute d’un homme, qui perd tout tout en s’accrochant à une philosophie de vie imparable qui permet de sortir le meilleur de chacune des personnes qu’il rencontre / retrouve. Si Vernon a tout perdu, il n’a aucune désillusion face au temps qui a passé et au monde qui a changé. Obligé de trouver un toit où vivre un temps, il reprend contact avec ses amis du passé. Perdus quand Vernon arrive, quelque chose change en eux une fois qu’il repart … ou plutôt une fois qu’ils comprennent ce qu’il a réveillé chez eux. Ce qui est bouleversant dans la série c’est de voir la manière dont, indirectement, Subutex change, dépérit à mesure que ses amis se relèvent un peu. Comme si ils aspiraient sa propre énergie sans qu’il s’en rende compte : « C’est souvent dans les moments de crise qu’il y a regroupement et de nouveau, espoir. Vernon est dans une attitude où rien n’est grave. On lui enlève quelque chose ? C’est comme ça. Une personne meurt ? Il fait avec. Vernon incarne une force de vie malgré les deuils et les échecs. » (Romain Duris). La trajectoire et le périple de Vernon Subutex rend la série touchante, puissante, dans ce qu’elle dit sur toute une génération (toutes les générations ?) qui perd ses illusions face au temps qui passe.

Une puissance narrative et musicale qui fait un bien fou

Servie par une narration efficace, à la limite du formula show (à chaque épisode au début de la série, Vernon change de maison, croise un nouvel ami), une réalisation maîtrisée de main de maître par Cathy Verney, Vernon Subutex vous projette dans un tourbillon émotionnel dingue. Deux trames se croisent – la chute progressive de Vernon et la recherche du testament d’Alex Bleach – sans jamais se parasiter et en se nourrissant l’une de l’autre. Clairement coupée en deux, la série est plus « lumineuse » dans sa première partie, avant de plonger dans une noirceur jamais déprimante (c’est son paradoxe) pour décrire d’une manière puissante le monde de la rue, de ces oubliés de notre monde qui en font pourtant partie.
Pour donner corps à ces personnages, il fallait un casting solide, c’est une réussite totale. Romain Duris excelle en Subutex et n’est pas sans rappeler par bien des aspects le personnage du film de Sean Penn, Into the wild. Comme une image qui transperce nos émotions, la carapace de Subutex c’est son blouson, symbole d’une époque. Quand il le perd, il commence aussi à se perdre. A ses côtés, les rôles s’enchaînent avec une efficacité redoutable (à l’image de la partition de Florence Thomassin ou Philippe Rebbot, sans oublier notre coup de cœur de Les Grands, Adèle Wismes). Mais notre attention se porte sur un couple d’actrices sublimes – Céline Sallette (La Yène) et Flora Fishbach (Anaïs)- qui monte en puissance sur toute la saison jusqu’à un final assez percutant.
Enfin, il est impossible de parler de la série sans évoquer la remarquable bande originale, second personnage principal après Vernon et avant la ville de Paris : « Pour Vernon, la musique est un pouvoir. Il parle avec la musique. Elle est donc essentielle dans la narration » (Cathy Verney). La musique est tellement importante qu’une sortie de la BO est prévue pour début avril sur toutes les plates-formes (et sans doute aussi en vinyle).

Nouveau coup de cœur de ce début de saison, Vernon Subutex est une réussite totale. Est-ce que les amateurs de Despentes diront la même chose ? Difficile de répondre mais en tant qu’objet sériel, la série manie tous les registres de l’émotion avec une incroyable justesse et donne corps au vague à l’âme d’une génération. On en redemande.


Vernon Subutex (Canal+)
9 x 30 minutes dès le 8 avril