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On débriefe pour vous… Veneno, magnifique hommage à une icône trans espagnole

Veneno raconte le destin de Cristina Ortiz, personnalité flamboyante qui a bouleversé le regard du public espagnol sur les personnes transgenres. 

C’est quoi, Veneno ? Prostituée transgenre, star de la télévision vingt ans plus tôt, Cristina Ortiz alias La Veneno (interprétée successivement par Jedet, Daniela Santiago et Isabel Torres) vit désormais dans l’anonymat. Un jour, un jeune homme vient frapper à sa porte : celle qui deviendra Valeria (Lola Rodriguez) est une fan absolue de l’ex-star, et elle décide d’écrire une biographie de son idole. La Veneno va alors lui raconter sa vie et dans le même temps l’aider à se réconcilier avec elle-même et devenir qui elle est réellement. 

Veneno n’est pas une série, c’est un chef d’œuvre ; et par conséquent ceci n’est pas un article, c’est une déclaration d’amour. A la fiction mais aussi à son héroïne, Cristina Ortiz alias la sulfureuse Veneno, devenue  une icône de la communauté trans en Espagne dans les années 1990 et qui a bouleversé le regard de tout un pays sur la communauté LGBTQ+. Les huit épisodes de la série créée par Javier Ambrossi et Javier Calvo sont disponibles en France sur la nouvelle plate-forme BrutX, lancée début Avril. 

Recréant avec une fidélité maniaque les scènes, décors et costumes (comme l’emblématique tenue rouge que portait Cristina lors de sa première apparition télévisée), sa bande-son formidable et ses nombreux caméo, Veneno parlera surtout aux Espagnols qui connaissent en outre la fin de l’histoire. Si le public français passera donc nécessairement à côté de certaines références, rien n’entrave la puissance de cette série aussi flamboyante que son héroïne. 

Veneno est une série riche et multiple : une biographie basée sur les mémoires du personnage principal ; un regard sur un système médiatique capable de broyer et de recracher ceux qu’il exploite ; le parcours personnel de la jeune Valeria; le portrait d’une communauté longtemps ignorée et marginalisée ; une réflexion sur le rapport que l’on entretient avec sa propre histoire. 

Le premier épisode joue sur deux lignes temporelles, deux époques de la vie de la Veneno: dans les années 1990, Cristina est repérée par une journaliste de talk show télévisé ; de nos jours, elle vit dans l’anonymat et elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. C’est à ce moment qu’elle rencontre Valeria, une jeune fan assigné garçon à la naissance. Cristina s’attache immédiatement à elle et accepte de lui raconter sa vie dans un récit tour à tour poignant, drôle et édifiant. 

Valeria va découvrir avec nous l’histoire de la Veneno

À partir de là, chaque épisode se centre sur une étape-clé de sa vie en alternant passé et présent. L’enfance tourmentée du petit Joselito dans un village andalou et sous la coupe d’une mère profondément catholique, la découverte du Madrid enfiévré de la movida, les débuts de sa transition sexuelle et sa métamorphose en Cristina, les années de prostitution, la notoriété, l’amour, la trahison, la prison, la déchéance et l’oubli. Un destin à l’image de celle qui l’a vécu : hors norme, tumultueux et sulfureux. 

Impossible de ne pas être fasciné et touché par cette femme bigger than life : elle est émouvante et flamboyante ; vulgaire, pathétique et provocatrice aussi. Cristina est aussi la narratrice peu fiable de sa propre histoire :elle la réinterprète a posteriori, travestit ou enjolive la réalité pour cacher ses erreurs et ses défauts. Mais on a vite le sentiment ambigu quelle ne ment pas vraiment : elle dit une vérité – la sienne.  Et par ce biais, la série en dit finalement plus long sur elle que si elle s’était appuyée sur des faits purement objectifs. 

En parallèle, le récit s’attache aussi au parcours de Valeria. Ce qui semblait au départ être une simple obsession (la jeune femme a tapissé sa chambre de photos de La Veneno) devient pour l’adolescente une sorte de voyage initiatique à la découverte d’elle-même, de son identité sexuelle et de la manière dont elle va pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été, sur un chemin chaotique que lui a ouvert son idole.

Trois époques, trois actrices phénoménales pour jouer la Veneno

Lola Rodríguez est extraordinaire dans le rôle de Valeria. Mais on retiendra surtout les noms de Jedet, Daniela Santiago et Isabel Torres qui incarnent Cristina à différentes époques de sa vie : elles ne se contentent pas d’interpréter le personnage, elles deviennent littéralement Cristina. / La Veneno. Et il faut au passage signaler que los Javis ont fait le choix d’attribuer la plupart des rôles à des actrices transgenres (comme le fait Pose, série avec laquelle Veneno partage évidemment de nombreux points communs), ajoutant une note d’authenticité crue à l’histoire. Paca La Piraña joue même son propre rôle et Valeria Vegas fait une brève apparition.

Mais attention: l’histoire de Cristina finit mal, c’est une tragédie. Et ce, même s’il y a des moments lumineux, pleins de grâce, d’amitié et d’éclats de rire. La scène de la communion du petit Joselito est tout simplement magique, les échanges entre La Veneno et son amie Paca sont pleins de gouaille, l’épiphanie de Valeria lorsqu’elle affirme son identité de genre est enthousiasmante. On rit et on vibre… mais on pleure aussi devant la violence et la tristesse de la vie de Cristina L’avant-dernier épisode est d’une brutalité psychologique effrayante, le dernier est un tsunami dévastateur et bouleversant. Dans La Tempête, William Shakespeare fait dire à un de ses personnages que la douleur est le poison de la beauté : c’est une citation qui colle parfaitement à Veneno

Veneno est une série aussi exceptionnelle que l’histoire qu’elle raconte : celle de Cristina Ortiz alias La Veneno, une femme flamboyante qui a choisi de vivre ouvertement en accord avec elle-même, qui a connu un destin faits de joies et de tragédies, a navigué entre la célébrité et l’anonymat, entre la gloire et la déchéance. Mais c’est plus qu’une biographie :  c’est un hommage débordant d’amour à celle qui a  donné une visibilité nécessaire aux personnes transgenres en Espagne. A votre tout de connaître l’histoire la Veneno et de tomber sous son charme vénéneux. 

Veneno 
8 épisodes de 40′ à 70 minutes. 
Disponible sur BrutX.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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