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On débriefe pour vous… What It Feels Like for a Girl : coming-of-age trans nécessaire

À la fois brutale et lumineuse, What It Feels Like for a Girl retrace le parcours chaotique d’une jeune femme trans dans l’Angleterre des années 2000.

C’est quoi, What It Feels Like for a Girl ? En 2000, dans la banlieue ouvrière de Nottingham, Byron (Ellis Howard) est un adolescent de 15 ans brillant, mais constamment harcelé au lycée et malmené à la maison en raison de ses manières jugées trop féminines. Il trouve une échappatoire à cet environnement oppressant dans les clubs, où il rencontre un groupe de jeunes LGBTQIA+ : Sasha, Lady Die et les autres l’accueillent sans jugement. Pour la première fois, il peut expérimenter une forme de liberté et jouer avec une identité qu’il sent mouvante. Mais entre drogues, violences, prostitution et rejet, le chemin vers l’émancipation et l’acceptation de son identité profonde est semé d’embûches.

Une adaptation profondément personnelle

    Longtemps invisibilisées à la télévision, les trajectoires trans occupent désormais une place plus importante dans les séries contemporaines. Après Pose, Transparent ou Butterfly, Canal+ diffuse la mini-série britannique What It Feels Like for a Girl. Une œuvre autrement plus rugueuse qui retrace, en huit épisodes, le parcours chaotique d’une adolescente trans dans l’Angleterre populaire du début des années 2000. Entre violence sociale, prostitution, quête identitaire, famille subie et famille choisie, c’est un récit d’apprentissage incandescent, honnête, inconfortable et profondément humain.

    La série adapte les mémoires autobiographiques de Paris Lees, journaliste et figure importante des droits LGBTQIA+ au Royaume-Uni. Très impliquée dans l’écriture et la production, elle insuffle au projet une authenticité immédiate. What It Feels Like for a Girl n’a rien d’une fiction aseptisée pensée pour cocher des cases de représentation. 

    Lees n’édulcore jamais son propre passé : exploitation sexuelle, addiction à la fête, comportements autodestructeurs, séjours en prison, mauvaises décisions… tout est raconté frontalement, sans glamour mais sans pathos. 

    Une héroïne fascinante car profondément imparfaite

      Une anecdote marquante : le prénom Byron fait référence au poète Lord Byron, en hommage au goût littéraire du père du personnage. Une ironie mordante quand on voit à quel point ce dernier incarne ensuite une masculinité rigide.

      La grande force de la série réside dans son refus absolu de transformer Byron en figure héroïque exemplaire. Il ment, manipule parfois, prend des décisions catastrophiques et bouscule même les rares personnes qui tentent de l’aider. Pourtant, jamais la série ne condamne son personnage : elle montre simplement comment la violence sociale façonne des comportements de survie.

      C’est là qu’intervient l’excellent Ellis Howard, impressionnant de justesse dans un rôle particulièrement exigeant. Son interprétation capte parfaitement les contradictions permanentes du personnage : arrogance de façade, humour acide et immense vulnérabilité.

      Un personnage qui se cherche, entre ombre et lumière

      Presque malgré nous, on s’attache à ce personnage cabossé, imparfait, parfois même peu sympathique. Il y a quelque chose d’agaçant chez Byron, mais aussi une sensibilité et une rage de liberté qui le rendent profondément touchant. Cette ambiguïté permanente empêche toute lecture confortable du récit et oblige le spectateur à composer avec ses propres jugements.

      Autour de lui, le groupe queer fonctionne comme un véritable contre-monde. Sasha impose une forme de lucidité presque brutale, Lady Die incarne une énergie flamboyante et imprévisible, tandis que les autres membres du groupe forment une communauté fragile mais essentielle. Ensemble, ils créent un espace où l’identité peut exister sans justification ni jugement.

      Un portrait social brutal de l’Angleterre oubliée

        Au-delà de son récit profondément identitaire, What It Feels Like for a Girl est aussi une chronique sociale particulièrement dure. La série dépeint une Angleterre périphérique hostile : logements délabrés, absence de perspectives, pauvreté chronique, violence scolaire et familles dysfonctionnelles. Autant d’éléments qui frappent toute une jeunesse précarisée — et en premier lieu les jeunes LGBTQIA+, marginalisés par des normes sociales profondément ancrées.

        Le travail du sexe y est également abordé de manière frontale, sans voyeurisme excessif. La série montre surtout à quel point l’absence d’alternatives peut pousser certains jeunes queer vers des situations extrêmement dangereuses.

        La mise en scène de Brian Welsh (Black Mirror, The English Game) accompagne parfaitement ce chaos émotionnel. Quelque part entre Ken Loach et Sam Levinson, elle alterne réalisme social brut, séquences nocturnes quasi hallucinées et ruptures de ton plus stylisées. Certaines scènes de club deviennent presque des bulles suspendues, où la violence du réel semble momentanément mise à distance, sans jamais disparaître complètement.

        Un récit rageur, traversé par la lumière

          Malgré sa noirceur, What It Feels Like for a Girl n’est jamais misérabiliste. La série regorge de moments de fête, d’humour trash et d’énergie euphorique. Les séquences en club, la bande-son très années 2000, les téléphones à clapet et les références pop recréent une époque avec une vraie puissance nostalgique.

          Byron a trouvé une famille de cœur

          Mais sa plus grande force réside dans sa célébration de la famille choisie. À la maison, le père de Byron le rejette et tente d’en faire « un homme ». Sa mère, dépassée, l’aime mais ne le comprend pas vraiment. Sasha, Lady Die et le reste du groupe offrent à Byron ce que sa famille biologique lui refuse : une forme de reconnaissance.

          Au-delà de son récit intime, la série résonne aussi fortement avec le contexte actuel, britannique comme international, où les débats autour des droits des personnes trans sont devenus particulièrement violents. Sans jamais se transformer en manifeste, la série rappelle qu’au début des années 2000, de nombreux jeunes trans grandissaient sans modèles médiatiques, sans vocabulaire pour définir ce qu’ils ressentaient et sans véritable soutien institutionnel.

          Brute, imparfaite, excessive parfois, What It Feels Like for a Girl s’impose comme l’une des séries les plus marquantes de ces dernières années. En racontant une adolescence queer sans filtre, Paris Lees signe une œuvre profondément politique sans jamais tomber dans le didactisme. Sa plus grande réussite ? Nous faire comprendre une réalité que l’on connaît parfois mal, à travers un personnage complexe, réaliste et surtout impossible à oublier. Une série qui dérange autant qu’elle émeut, et qui laisse une trace durable bien après le générique final.

          What it feels like for a girl
          8 X 45′ environ – Disponible sur l’app Canal+

          About author

          Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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