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Parents au chômage : enfants exclus

Mais où s’arrêtera donc la démagogie nauséabonde de Robert Ménard ? Après l’annonce de plusieurs mesures plus que polémiques, la dernière en date est carrément à la limite de la discrimination sociale : priver les enfants de chômeurs de l’accueil du matin en primaire.

Robert Ménard, soutenu par le Front National, a été élu maire de Béziers le 31 mars dernier (avec 46,98% des voix). Et depuis il enchaîne les propositions sujettes à controverse afin de faire parler de lui. Ainsi, après avoir décrété, fin avril, un couvre-feu entre 23 heures et 6 heures du matin pour les mineurs de moins de 13 ans, étendu à l’hyper-centre de la ville et au quartier populaire de la Devèze ; après avoir interdit aux habitants d’étendre leur linge aux fenêtres ; et après avoir voulu imposer aux élèves de maternelle le port de la blouse, Robert Ménard jette donc un énième pavé polémique dans la mare politique : ne pas autoriser les enfants dont les parents sont chômeurs à bénéficier de l’accueil du matin, mis en place au primaire.

 

« Des entretiens d’embauche à 8h30, il n’y en a pas des tonnes »

Le fondateur de Reporters sans frontières a justifié sa mesure, annoncée lors du dernier conseil municipal du 22 mai, par le besoin de faire des « économies ». Lui qui a pourtant dépensé sans vraiment compter pour fabriquer les blouses précédemment abordées, brodées au blason de la ville. « Ça, je pense que c’est nécessaire, notamment pour gommer les inégalités sociales entre les écoliers », avait alors confié le maire. C’est vrai qu’en matière d’inégalité, Robert Ménard s’y connaît.

Mais heureusement, l’opposition n’est pas dupe et dénonce une forme de discrimination insidieuse. Sur BFMTV, Aimé Couquet, conseiller municipal sous bannière PCF (parti communiste français), a ainsi estimé qu’une telle initiative n’était pas légale. «Le service public doit être le même pour tous!», s’est-il insurgé, faisant référence à l’Arrêt Denoyez et Chorques du 10 mai 1974. Bref, « Cette règle vise, encore et toujours, à pointer du doigt ceux qui ne travaillent pas ».

Ce à quoi Robert Ménard a répliqué, tenace et quelque peu mesquin : « Réserver l’accueil aux enfants de parents qui ont un emploi, cela me semble être une évidence. Et je ne crois pas qu’il y ait des tonnes de rendez-vous pour des entretiens d’embauche avant 8h30 ». Avant de revenir à des propos plus politiquement corrects (mais vraiment sincères ?) : « Bien sûr, si le cas se présente, nous accorderons évidemment une dérogation ponctuelle pour accueillir l’enfant ».

 

L’accès à l’éducation : le seul moyen pour s’en sortir

Mais le pire c’est que cette mesure, en plus de marginaliser de jeunes enfants qui n’ont rien demandé, risque d’alimenter les disparités sociales. Et de creuser encore plus profondément le fossé toujours grandissant entre population aisée et population à faibles revenus. En effet, l’accès à l’éducation détermine bien souvent l’avenir d’un enfant. Et empêcher celui-ci de prendre part à l’étude ne ferait qu’accentuer les inégalités, en plus d’engendrer un effet d’étiquetage « enfant de chômeurs » indésirable.

D’ailleurs, le Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous, édité par l’UNESCO et la sociologue française Marie Duru-Bellat en 2009, le dit lui-même : « On ne saurait renoncer à offrir à tous les élèves, où qu’ils soient, un « service éducatif » d’égale qualité ». Et met en lumière que « la mixité sociale [a permis] de démontrer les effets négatifs de la ségrégation ».

Alors, au lieu de pénaliser les enfants de chômeurs, Robert Ménard devrait plutôt faire qu’il y en ait moins, des demandeurs d’emplois. Car, par rapport au taux de chômage national moyen, Béziers est un bien mauvais élève : 15,5% de sa population était sans travail en 2013. Permettre aux générations futures, et a fortiori à celles issues des milieux socio-économiques les plus en difficulté, d’obtenir un diplôme en leur laissant la possibilité d’étudier avec leurs petits camarades, voilà qui pourrait réduire le taux de chômage. Enfin ça, c’est juste une idée.

Parents au chomdu : enfants exclus

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