Alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et intenses sous l’effet du dérèglement climatique, le réseau ferroviaire fait face à un défi technique majeur : la régulation thermique.
Chaque été, c’est le même scénario. Dès que les thermomètres affichent plus de 30 degrés, les usagers de la SNCF et d’autres réseaux européens voient s’afficher le message tant redouté sur les panneaux d’information : « trafic ralenti » ou, pire, « train supprimé ». Si cette décision peut énerver le voyageur bloqué sur un quai en plein soleil, elle représente pourtant une décision de sécurité.
Et cette année ne fait pas exception à la règle : 26 départements en vigilance orange, et déjà 71 Intercités supprimés entre le 18 et le 22 juin 2026 sur les lignes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, Paris-Clermont-Ferrand et la Transversale Sud Bordeaux-Marseille. Pourquoi la chaleur impacte tant le trafic ferroviaire ? On vous explique…
1. La dilatation thermique
L’ennemi des chemins de fer par forte chaleur est… le rail lui-même. Le rail est un fait d’acier qui, comme tous les métaux, est sujet à ce que l’on appelle la dilatation thermique. Sous l’effet d’une chaleur intense et prolongée, le métal se dilate, s’allonge, ce qui peut être dangereux. Malgré tout, ce problème n’est pas le principal, comme le déclare Gilles Dansart au micro de RTL :
Les rails se contractent et se dilatent. Mais c’est maîtrisé, ça fait longtemps que c’est maîtrisé.
2. L’infrastructure électrique… sous tension
Si la voie est la première victime de la chaleur, l’infrastructure électrique n’est pas épargnée non plus. Les caténaires (les câbles aériens qui alimentent les trains en électricité) sont également sensibles aux variations de températures. Une caténaire trop détendue peut s’affaisser, voire se rompre ou s’accrocher au train. Pour éviter cela, les gestionnaires de réseau appliquent des mesures préventives : on impose aux trains de réduire leur vitesse. En roulant moins vite, on limite les vibrations, et l’usure du matériel déjà fragilisé.
3. Les locomotives
Les locomotives et les rames subissent aussi les périodes caniculaires. Le materiel vieillissant tombe en panne à cause de la chaleur ou subit des retards ou des performances réduites si les températures sont trop hautes. En plus, dans le cas des rames climatisées, non seulement le système de refroidissement est plus sollicité, mais il est aussi interdit d’ouvrir les fenêtres, ce qui empêche la création d’un courant d’air parfois plus efficace.
4. Le confort des usagers
Ce point rejoint un peu le précédent, mais il est assez évident que les trajets sous ces fortes chaleurs représentent un danger supplémentaire pour les voyageurs et le personnel. Malaises, déshydratation, tant de problèmes qui peuvent survenir et qui mettent en danger la santé des voyageurs. Parfois, il vaut mieux annuler les trains, ou les décaler quand c’est possible.
Pourquoi annuler plutôt que ralentir ?
Vous pourriez légitimement demander : « pourquoi ne pas simplement ralentir tous les trains ? » La réponse tient en trois mots : saturation du réseau. Sur les lignes très fréquentées, un ralentissement sur un train impacte l’ensemble de la circulation, entraînant des retards colossaux, et une impossibilité de faire circuler tous les trains. C’est pour ça que parfois, l’annulation de certains trains « moins prioritaires » devient un mal nécessaire pour fluidifier la ligne et permettre aux trains restants de circuler. C’est une gestion de flux complexe où la priorité est donnée à la sécurité et à la ponctualité des axes majeurs, délaissant une partie des voyageurs.
Alors même si c’est énervant, la prochaine fois que vous verrez un train supprimé lors d’un pic de chaleur, rappelez-vous que derrière cette contrainte se cache une nécessité pour des raisons de sécurité.