Le retour annoncé de Betty Boop au cinéma, dans un film consacré à sa création avec Quinta Brunson dans le rôle principal, a déclenché une vague de critiques absurdes sur les réseaux sociaux. Certains internautes dénoncent le choix d’une « actrice noire » pour interpréter cette icône de l’animation des années 1930, comme s’il s’agissait d’une “réécriture” du personnage. Pourtant, l’histoire de Betty Boop raconte exactement l’inverse.
Betty Boop revient au cinéma
Icône absolue des années 1930, Betty Boop va avoir droit à sa toute première adaptation cinématographique en prises de vues réelles. Le projet sera développé et porté par Quinta Brunson, créatrice et star de la série à succès Abbott Elementary. L’actrice, récompensée aux Emmy Awards pour son écriture puis pour son interprétation dans la sitcom américaine, incarnera elle-même Betty Boop à l’écran.
Le film reviendra sur la naissance et l’évolution du personnage à travers le regard de son créateur, Max Fleischer, fondateur des Fleischer Studios avec son frère Dave. L’histoire explorera également la relation complexe entre l’artiste et sa création, tout en montrant les pressions commerciales et créatives qui ont accompagné l’explosion du personnage dans la culture populaire américaine.
Le projet bénéficie en plus du soutien direct de Mark Fleischer, petit-fils de Max Fleischer et actuel dirigeant des Fleischer Studios. Dans un communiqué relayé par Variety, il explique que Quinta Brunson “incarne parfaitement l’humour, l’intelligence, l’impertinence et la compassion de Betty”. L’actrice affirme, de son côté, vouloir raconter cette histoire “d’une manière rafraîchissante, subversive et intemporelle, à l’image de Betty elle-même”.
Une polémique qui oublie complètement l’histoire du personnage
Dès l’annonce du casting, plusieurs internautes conservateurs américains ont dénoncé le fait qu’une actrice noire interprète Betty Boop. Sauf qu’historiquement, le personnage puise déjà dans des influences afro-américaines très fortes.
Créée en 1930 par Grim Natwick pour les Fleischer Studios, Betty Boop apparaît d’abord comme un caniche anthropomorphe avant de devenir progressivement une jeune femme inspirée des flappers du jazz age américain.
Mais surtout, son célèbre style vocal et son mythique “Boop-Oop-a-Doop” possèdent une histoire bien plus complexe que ce que racontent aujourd’hui les polémistes.
Pendant longtemps, le grand public a pensé que Betty Boop s’inspirait uniquement de la chanteuse blanche Helen Kane. Pourtant, lors d’un procès en 1932 opposant Kane aux Fleischer Studios, les avocats démontrent qu’Helen Kane avait elle-même repris le style vocal d’une jeune artiste noire : Esther Jones, plus connue sous le nom de Baby Esther.
Baby Esther, chanteuse et performeuse de Harlem pendant la Renaissance noire américaine, utilisait déjà ce chant enfantin ponctué de sons proches du fameux “boop-boop-a-doop”. Des témoignages présentés au tribunal affirmaient même qu’Helen Kane avait assisté à ses spectacles avant de populariser ce style à son tour.
Betty Boop a toujours dérangé les conservateurs
La polémique actuelle paraît d’autant plus ridicule que Betty Boop a provoqué des scandales dès les années 1930. Sexy, indépendante, fêtarde, libre de ses mouvements et entourée d’hommes qu’elle repoussait régulièrement, elle incarnait déjà une forme de féminité moderne jugée dangereuse par les ligues puritaines américaines.
Le documentaire Betty Boop For Ever, diffusé sur Arte, rappelle que le personnage “combattait déjà les harceleurs dans les années 1930” et proposait une image de “femme active et indépendante”. Jean-Charles de Castelbajac y décrit même Betty Boop comme “un personnage militant”.
À partir de 1934, le code Hays et les groupes catholiques conservateurs imposent d’ailleurs une version beaucoup plus sage du personnage, jugé trop provocateur pour l’époque. Betty Boop perd alors une partie de sa liberté et de sa dimension subversive.
Près d’un siècle plus tard, le personnage continue donc de provoquer exactement les mêmes réactions : certains refusent toujours qu’une figure féminine populaire puisse évoluer, bousculer les codes ou rappeler les influences culturelles afro-américaines souvent invisibilisées dans l’histoire du divertissement américain.