Un maire de banlieue qui vise l’Élysée. Ce mardi 9 juin 2026, Karim Bouamrane, 53 ans, maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 sur France Inter. Ce n’est plus une rumeur. C’est une déclaration. Et derrière elle, un parcours atypique, une ligne politique assumée, et une ambition qui ne date pas d’hier.
De Clichy à Saint-Ouen, un homme du terrain
Né le 21 février 1973 à Clichy, Karim Bouamrane n’est pas un produit des grandes écoles parisiennes. Il grandit en banlieue, milite d’abord au Parti communiste français dès 1995, puis rejoint le Parti socialiste en 2014. Ce virage idéologique dit quelque chose de son rapport à la politique : pragmatique, ancré dans le réel, peu attaché aux dogmes.
En juillet 2020, il devient maire de Saint-Ouen, une commune de Seine-Saint-Denis de plus de 53 000 habitants, collée à Paris au nord. Il hérite d’une ville en pleine transformation, notamment grâce à la rénovation urbaine massive menée avant les Jeux Olympiques de 2024. Or, c’est précisément ce chantier qui le propulse sur la scène nationale. Les médias internationaux couvrent Saint-Ouen. Bouamrane, lui, prend de l’épaisseur.
En mars 2026, il est réélu confortablement lors des élections municipales. Cela renforce sa conviction : les Français attendent un candidat qui sait gouverner, pas seulement parler. C’est d’ailleurs son argument central sur France Inter ce mardi matin.
« La France humaine et forte » contre le duel redouté
Dès l’été 2024, son nom circule pour Matignon après la dissolution de l’Assemblée nationale. Il choisit finalement une autre trajectoire. À l’automne 2024, il lance son propre mouvement politique, baptisé « La France humaine et forte », avec une ligne sociale-démocrate articulée autour du logement, de l’éducation, de la sécurité et du pouvoir d’achat. Ce n’est plus le vieux PS des conclaves internes. C’est, selon lui, une nouvelle offre politique pour une gauche qui veut gagner.
Sa cible principale : éviter un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et le Rassemblement national. Il le dit clairement, il veut « fédérer la gauche non mélenchonniste ». En parallèle, il réclame la démission d’Olivier Faure depuis les municipales, estimant que le candidat du PS « passe son temps dans des espèces de conclaves et ne fait pas rêver ». Néanmoins, il reste adhérent du parti. La contradiction est assumée. Elle est aussi sa force : critiquer de l’intérieur sans rompre.
Fast Food : le poulet qui lui a donné des ailes
Paradoxalement, c’est une affaire de fast-food qui révèle Bouamrane au grand public. En avril 2026, il s’oppose à l’ouverture d’un comptoir Master Poulet à Saint-Ouen, invoquant des nuisances sonores, olfactives, et un dossier d’autorisation incomplet. Il fait placer des blocs de béton devant l’entrée. Un tribunal lui ordonne de les retirer. Il installe alors des pots de fleurs géants à la place. L’image fait le tour des réseaux sociaux.
Pourtant, l’opinion lui donne raison. Selon un sondage Ifop de mai 2026, 55 % des Français soutiennent sa position, notamment 75 % des ouvriers et 61 % des habitants de banlieues populaires. Mieux encore, 63 % des sondés proches des Républicains et 66 % des sympathisants Renaissance approuvent son action, soit davantage que dans son propre camp. Ce résultat inattendu lui offre une visibilité transpartisane qu’aucun meeting politique n’aurait pu lui apporter.
Une gauche fragmentée, un pari risqué
Il rejoint ainsi une liste déjà très fournie de candidats déclarés ou pressentis à gauche pour 2027 : Jérôme Guedj, Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain, et Raphaël Glucksmann, actuellement le mieux positionné dans les sondages au sein de ce camp. Donc la question se pose naturellement : y a-t-il encore de la place pour Bouamrane en tant que candidat sérieux à la présidentielle ?
Sa réponse est tranchée. Il parie sur une synthèse républicaine et pragmatique, loin du radicalisme de La France insoumise et loin également des postures purement électoralistes. Il revendique une gauche qui « protège, sécurise, soigne et loge ». Une gauche qui, selon lui, est majoritaire dans le pays, mais absente dans le débat public. Reste à savoir si ce discours suffira à le distinguer d’un autre candidat, dans une primaire qui s’annonce de fait, chaotique. Bouamrane a le profil. Il lui manque encore le rapport de force.