Il y a 50 ans, le 16 juin 1976, l’Afrique du Sud en plein Apartheid traversait l’un des épisodes les plus sombres de cette période : les émeutes sanglantes de Soweto
C’est quoi les émeutes de Soweto ?

Contexte
Avant le soulèvement du 16 juin 1976, de nombreuses manifestations avaient déjà éclaté dans le pays. Ces manifestations s’inscrivent dans le contexte de l’Apartheid : régime politique de ségrégation raciale stricte, crée par le Parti National composé d’Afrikaners (Sud-Africains d’origine européenne principalement hollandaise) imposant la domination de la minorité blanche sur la majorité noire de 1948 à 1991.
Le 30 avril 1976, une poignée d’étudiants de Soweto entame une grève et refuse alors de se rendre en classe. Ce mouvement se répand ainsi dans d’autres écoles. C’est l’étudiant Tsietsi Mashinini de Morris Isaacson High School qui décide de réunir des camarades afin d’organiser une marche pacifique le 16 juin 1976 dans la banlieue de Johannesburg, à Soweto.
Ce jour-là les étudiants manifestent contre l’introduction de l’afrikaans, langue officielle d’enseignement issue du néerlandais du XVIIe siècle et enrichie d’influences africaines, imposée dans les écoles locales.
Un bain de sang : une répression sanglante
Entre 10 000 et 20 000 jeunes étudiants répondent présents lors de cette manifestation pacifiste.
Le cortège doit rejoindre l’Orlando Stadium, cependant, les policiers sud-africains se mettent en travers de leur chemin. Alors, les étudiants entonnent un chant interdit : Nkosi Sikelel’ iAfrika (Dieu bénisse l’Afrique). La police disperse la foule en tirant à balles réelles sur les 20 000 élèves.
Selon les chiffres officiels, 21 personnes sont décédées et plus de 200 personnes ont été blessées dans les rangs des manifestants. La répression sanglante de la manifestation a, par conséquent, entraîner des émeutes mortelles à Soweto puis dans plusieurs villes d’Afrique du Sud.
Le Premier ministre de l’époque promet de réagir avec fermeté. Deux mois de violence et entre 200 et 600 morts : le calme ne reviendra qu’à la fin du mois d’août 76.
Ce soulèvement a marqué un tournant décisif dans la lutte anti-Apartheid.

Une mort tragiquement inoubliable
C’est la mort d’Hector Pieterson, photographié par Sam Nzima, montrant le jeune Hector âgé de 12 ans, blessé par une balle dans le dos, étant porté dans les bras de son ami, en larmes, le conduisant à l’hôpital aux côtés de sa sœur. Ce cliché a suscité une immense vague d’indignation internationale. Il incarne aujourd’hui un symbole de cet événement bouleversant.
« Quand les policiers m’ont repéré, ils m’ont immédiatement arraché mon appareil photo, et ils ont sorti la pellicule pour effacer tout ce qu’il y avait dedans. Heureusement que j’avais caché le film dans ma chaussure et que je l’avais remplacé par un autre. Sinon, cette photo d’Hector Pieterson, personne ne l’aurait jamais vue. »
Témoignage du photographe Sam Nzima
L’abolition de l’Apartheid
Face à l’isolement international, aux sanctions économiques et aux révoltes internes, le président Frederik de Klerk (chef du Parti National) entame des négociations en 1990. Il libère Nelson Mandela après 27 ans de prison et légalise l’ANC. L’Apartheid est officiellement aboli en 1991.
Le “Youth Day”
En 1994, Nelson Mandela est élu aux élections présidentielles et devient alors le premier président noir du pays. Par la suite, le 16 juin devient un jour férié : le Youth Day ou la fête de la jeunesse.