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Roland-Garros, le bilan : envers et contre tout, Djokovic au sommet de son art, de son jeu et de son impopularité

Pour la dernière fois de la quinzaine, VL Média revient sur ce qu’il s’est passé à Roland-Garros. Cette fois-ci c’est l’heure du bilan. Qui retiendra le 19e sacre de Novak Djokovic empoché à l’issue d’une deuxième semaine dantesque qui lui a fait vivre toutes les émotions. On dressera également un tableau d’honneur et de félicitations dans lequel Stefanos Tsitsipas, Barbora Krejcikova méritent notamment d’y être salués…

Un Serbe seul sur sa planète…

“Sky is the limit” comme le titrait une certaine chanson. Pour Novak Djokovic il va falloir bientôt la réécrire en “Djokovic has no limit”. Car après cette deuxième coupe des mousquetaires, son 19e sacre en Grand Chelem, plus rien ne semble pouvoir arrêter le Serbe vers les défis les plus fous de l’histoire de son sport. Et pourtant, ce n’est pas peu dire qu’il a joué durant toute la deuxième semaine ou presque avec le feu. Sans jamais s’y brûler. Mais encore une fois, comme tellement souvent dans sa carrière, il a su trouver les ressources pour l’emporter. Hier contre Tsitsipas sur le court Philippe-Chatrier il arrivait sur le dos avec une pancarte de favori tellement énorme qu’on se demandait si elle n’allait pas finir par l’écraser. Aussi bien d’ailleurs que le combat de titans, gagné contre Nadal, pour le terrasser pour la troisième fois à Paris, à travers notamment un set de 97 minutes. Sauf qu’après avoir vaincu l’Himalaya, il y avait encore la Cordillère des Andes à aller chercher. Et pendant deux sets, ce fût très compliqué.

Le premier aurait pu tourner en faveur du n°1 mondial, il breaka le premier, chuta aussi au sol, avant heureusement sans bobo de repartir au combat mais de céder cet avantage. Et malgré une balle de set, il dût céder face à l’impeccable rythme et intensité qu’arrivait à mettre Tsitsipas dans ses lourdes frappes. Le Grec n’explosait pas en revers, toujours aussi somptueux au demeurant et arrivait à consolider et capitaliser son avantage. Pendant ce temps, Djokovic errait sa peine, et vu le n°4 mondial mener 2 sets à zéro. Un handicap qui ne se remonte presque jamais en finale majeure….Sauf à Roland-Garros, puisqu’il y eut quatre précédents dans l’ère open. Toutefois si Djokovic avait réalisé cet exploit face à Musetti, on ne l’en imaginait pas capable face à un Tsitsipas bien plus fort et expérimenté malgré le fait qu’il n’est seulement que 22 ans.

Hors du coup, il prit 5 minutes de pause pour faire un black-out mental, et recommencer un nouveau match. Cependant face au défi qu’il devait réaliser, il savait qu’il devait être efficace de suite afin de faire douter Tsitsipas. En ce sens, le jeu à 2-2 dans le 3e set, fut crucial. Tsitsipas eut une balle de jeu pour conserver son service, Djokovic eut 5 balles de break pour se relancer dans le match. Le Grec résistait de manière admirable, mais finissait par craquer. Djokovic était relancé. Et malgré les coups foudroyants en revers parfois du n°4 mondial, le Serbe tenait le choc. C’est notamment au service qu’il fit la différence. Il ne concède en effet aucune opportunité de break à Tsitsipas sur le 3e set. Ni sur le 4e, et pas une de plus sur la 5e manche. La remontée devenait inexorable alors que le Grec ressentait aussi probablement le poids de la pression de remporter son premier majeur.

Physiquement les deux hommes tenait le choc. L’Athénien était vaillant toutefois même sur ses jeux de services, même breaké dans la 5e manche, où il réalisa notamment un superbe passing de revers long de ligne dans la lucarne, à 4-5, 30-40. Mais Djokovic insubmersible continua à faire rater Tsitsipas par à-coups en remettant ce fameux coup en plus dans le court. Une victoire au couteau après 4h11 de jeu comme en demi-finale (6-7, 2-6, 6-3, 6-2, 6-4), et un 19e titre en Grand Chelem. L’un de ses plus beaux surement car ballotté à plusieurs reprises, sur le point de rompre, il n’a jamais plié. Voici le n°1 mondial avec deux couronnes à Paris. Rajoutée aux neuf de Melbourne, cinq de Londres, et trois de New-York, il est le premier avec deux titres majeurs sur les quatre tournois du Grand Chelem. Un exploit dément.

Un parcours exceptionnel pour une deuxième coupe des mousquetaires qui restera historique

Et malgré l’exploit, Djokovic plus isolé que jamais dans le cœur du public

Malgré cette performance et la possibilité toujours de réaliser un Grand Chelem calendaire qui serait absolument historique puisqu’il n’a pas été réalisé depuis 52 ans, le Serbe n’a pas vu sa côte de popularité grimper en flèche durant ce tournoi bien au contraire. Hier encore, la majorité des 5000 spectateurs du court Philippe-Chatrier s’époumonait à encourager Stefanos Tsitsipas. Un crève-coeur on l’imagine pour le n°1 mondial qui ne convainc pas le public. En cause, parmi les derniers reproches qui lui ont été fait, ces fameuses pauses entre les sets. Pourtant loin d’être le seul à le faire puisque le règlement l’autorise et n’encadre pas vraiment ces fameux retour aux vestiaires entre les sets (on se souvient de Federer à l’Open d’Australie 2017), il semble jouer avec les limites et réussir à déstabiliser ses adversaires indirectement sur le plan mental en même temps que lui parvient à se reconcentrer.

Le Serbe pousse néanmoins à ouvrir des débats et des positions intéressantes. Le tennis peut-il continuer ainsi à être le seul sport individuel au monde où les acteurs peuvent sans limite de temps quitter la scène ou ils se produisent, sans que le public ne sache ce qu’il s’y passe et ce en plein cœur du match. On peut décemment penser que l’ITF finira un jour par être plus vigilant quelque soit les joueurs face à cela. Autre paradoxe et débat que soulève Djokovic régulièrement, les match en 5 sets. Ceux-ci font pourtant la légende et la beauté de son sport. Et durant cette deuxième semaine à deux reprises, le Serbe peut remercier ces cinq sets d’exister encore sinon il n’aurait pas gagné le tournoi. Alors que presque l’ensemble du circuit et du public semble unanime pour préserver ce qui fait la force du tennis, Djokovic va t-il finir par se raviser dans cette position ? A suivre.

On pourra en tout cas regretter, pour lui que ce lien avec le public ne passe pas, ou que trop peu par rapport à son talent. Auteur peut-être de l’un de ses plus beaux parcours en Grand Chelem, en ayant sorti Musetti après avoir concédé les deux premières manches, Berrettini dans une ambiance à huis clos et alors que le quatrième set devenait tendu, Nadal qui restait sur 117 victoires et 0 défaites sur terre battue après avoir remporté la première manche dans un combat au meilleur des 5 sets, et enfin Tsitsipas qui a montré un caractère de champion et qui a mené deux sets à zéro également, il n’a pas su faire apprécier sa performance à sa juste valeur.

A l’inverse, ne pouvant pas forcer cet amour, car on ne forcera jamais le public à aimer un joueur, il est plus appréciable que Djokovic joue avec sa vraie personnalité celle qui semble lui donner un gain de motivation supplémentaire, celle de jouer contre le public en plus de son adversaire. C’est ainsi que le n°1 mondial est devenu encore un peu plus une légende de son sport, et qu’aujourd’hui il semble plus invincible que jamais. 10 ans après avoir pris le trône du tennis mondial, si il n’a pas pris les trônes des cœurs, il peut s’apprêter en cette deuxième partie de saison 2021, à devenir le plus grands des plus grands sur le plan statistique. Voici une carotte qui pourrait le rendre encore plus insubmersible

Les moments marquants du tournoi : L’explosion Tsitsipas, Krejcikova sur tous les tableaux et la chute d’un roi (définitive ?)

Si Djokovic apparaît plus que jamais comme l’ogre du circuit, un homme a définitivement explosé comme le futur patron du tennis mondial, même si l’avenir en sport n’est jamais écrit. Mais tant sur le plan tennistique que sur le plan de l’image, Stefanos Tsitsipas a tout gagné et peut devenir le leader de demain dans son sport. Le Grec a disputé hier sa première finale de grand chelem, puis appris malheureusement qui plus est, le décès de sa grand-mère (probablement après la rencontre). Elégant à regarder jouer avec son revers à une main, auteur d’un grand courage sur le terrain, face à Medvedev adversaire qu’il n’apprécie pas jouer ou contre Zverev après avoir vu revenir l’Allemand à sa hauteur, il ne s’est quasiment jamais démonté. Bon client en conférence de presse et toujours avec le sourire, le n°4 mondial a fait tordre le coup à ceux qui disent qu’il est impossible de gagner ou de briller à Roland-Garros avec un tennis d’attaquant. Abattu hier, il a quand même réalisé une saison de très haute volée gagnant à Monte-Carlo et perdant trois matchs au couteau contre Nadal à Barcelone, Djokovic à Rome et hier. Mais on ne doute pas qu’un jour il transformera ses défaites cruelles en victoire. Et s’il digère bien ce contrecoup hier tant physiquement que psychologiquement, il pourrait bien être l’empêcheur de tourner en rond du “Djoker” sur la deuxième partie de saison. Peu expérimenté sur gazon, on a toutefois hâte de le voir à Wimbledon…

La chute du Roi de Paris. La fin d’un cycle ?

L’autre moment marquant de ce Roland-Garros s’est produit ce vendredi. L’empereur de la terre battue qui perd sa couronne après l’avoir gardé quatre années consécutives. Mais peut-être plus que la défaite en elle-même c’est la manière dont elle s’est produite qui pourrait peut-être laisser le sentiment que le chapitre Nadal, le plus conséquent de l’histoire du tournoi, s’est fermé définitivement. Même s’il faudra attendra au moins un an pour le vérifier. Cependant le taureau de Manacor n’a pas seulement perdu vendredi. Il est apparu emprunté, fatigué, usé, K.O et meurtri après un combat d’une intensité extraordinaire qui arrivait lui-même après un très gros match déjà contre Schwartzman. Après avoir pris les devants en menant 5-0, laissant penser que le bulldozer était une nouvelle fois en marche, c’est à l’usure que l’Espagnol a craqué, notamment à l’issue d’un 3e set, au coucher du soleil, et avec la menace du couvre-feu qui restera comme un bijou, un diamant ultime avec des milliers de carats.

Mais après 97 minutes c’est lui qui cédait. Finalement plus souvent derrière au score, que devant, notamment dans le 3e et 4e set, c’est peut-être tout un symbole que l’homme aux treize couronnes ici ait cédé avant tout physiquement. Après avoir eu un tableau pas évident à négocier, après avoir déjà vu ce scénario d’usure se répéter contre lui dès lors que le match devenait difficile comme à l’Open d’Australie contre Tsitsipas, et au vu enfin de ses difficultés sur gazon (relatives, mais à ce niveau-là, ça ne pardonne pas), on peut tout simplement se demander, si à la régulière et sans concours de circonstances et parcours favorable, Nadal est encore capable de gagner un Grand Chelem. Notamment avec la difficulté à enchaîner des matchs longs et usants. La réponse devrait venir rapidement notamment à l’US Open où il est l’homme qui a le plus brillé cette dernière décennie. Mais il se peut bien que ce 11 juin ait constitué un tournant dans l’histoire du tennis et dans la carrière de Nadal…

Il s’agit là d’une performance à ranger au panthéon de ce tournoi et du tennis. Barbora Krejcikova 33e mondiale, n’a pas simplement gagné Roland-Garros en simple. Elle l’a aussi réalisée en double imitant Mary Pierce ici même en 2000. Une oeuvre monumentale de la Tchèque, spécialiste de double, plus que de simple, quand on sait à quel point, enchaîner les deux tableaux pèse physiquement. Le plus fort c’est aussi que face à Sakkari en demi-finale, puis contre Pavlyuchenkova en finale, la Tchèque ait su gérer ses émotions, alors qu’elle était moins expérimentée à ce stade de la compétition. Avec un jeu offensif, une très bonne main, et une super qualité de retour également, son sacre est d’une logique implacable et montre aussi à quel point le double peut être formateur pour un joueur de tennis, notamment pour travailler sa palette technique. Ce triomphe dit cependant aussi beaucoup du tennis féminin qui à l’inverse de ses homologues masculins, voit à chaque nouveau tournoi majeur, l’éclosion de nouvelles têtes. Rafraichissant certes mais aussi désarmant pour le grand public, qui a plus de difficultés à s’attacher à de nouvelles championnes.

Les flops du tournoi : Thiem hors du coup, Federer hors du jeu, les Français hors du tennis

Ce sont quelques petits cartons jaunes voire pour certains des cartons rouges qui sont attribués dans cette catégorie. Le premier d’entre eux est sportif, et il revient à Dominic Thiem, double finaliste du tournoi en 2018 et 2019. L’Autrichien qui a gagné l’US Open en 2020 est totalement hors du coup sur le plan sportif. Eliminé par Andujar au premier tour après avoir eu deux sets d’avance, on ne l’a jamais reconnu. Ces frappes lourdes et agressives n’existent quasiment plus, ses qualités de déplacements et sa mobilité est bien moindre, ses variations aussi. Atteint psychologiquement et tombé dans une forme presque de dépression ou en tout cas de contrecoup après son triomphe new-yorkais, on lui souhaite de se remettre au plus vite, car on le sait à 100% de son potentiel, il participe à élever le niveau de son sport et des meilleurs mondiaux. Ira t-il à Wimbledon pour se refaire la cerise, là est la question, car on ne sait pas combien de temps, il peut mettre avant de retrouver son meilleur niveau.

L’autre avertissement concerne Roger Federer, l’Helvète est bien sûr une légende du tennis, qui n’a plus rien à prouver à personne. Cependant son forfait à un petit peu déçu. Plutôt en jambes pour un homme de 39 ans et 10 mois, qui n’avait disputé que 5 matchs en 13 mois, le Suisse a justifié son départ du tournoi par le fait qu’il avait estimé que sa préparation pour Wimbledon était prête, qu’il avait eu les sensations de match qu’il souhaitait, et que ceci ne servait plus à rien d’utiliser de l’énergie physique inutile en sachant qu’il n’avait que très peu de chances de sortir Berrettini ou au pire de franchir l’obstacle Djokovic. Pour Federer, qui a toutefois l’ambition de gagner à Londres, il faudra, il le sait déjà, enchaîner les matchs de très haut niveau et parfois longs physiquement et nerveusement pour aller au bout. Ainsi un exercice de ce type et une préparation de ce genre aurait pu être tout de même plus intéressante que de s’en aller à peine le premier match difficile gagné.

Enfin on concluera ce bilan avec les bleus. On en a que peu parlé dans ce tournoi et pour cause. Leur existence dans ce tournoi fut quasi nulle. Personne au 3e tour, ni chez les dames, ni chez les hommes pour la première fois à Roland Garros depuis plus de 40 ans. Notre tennis traverse une crise majeure. Certes, le double masculin Mahut-Herbert et les juniors garçons ont apportés un peu de bonheur en fin de quinzaine, mais il est difficile de ne pas qualifier ce tournoi comme raté. Car chez les hommes le renouvellement ne se fait pas sentir derrière Tsonga, Monfils, Gasquet qui ont fait leur temps et effectué une très belle carrière. Chez les femmes enfin les deux têtes d’affiches Garcia et Mladenovic, encore jeunes, 27 et 28 ans, ne progressent plus. Et là aussi, la relève ne semble pas bien brillante. La difficulté pour la FFT est qu’aucun français ne se démarque réellement dans le style de jeu, et les points forts des français sont plus sur gazon (Ugo Humbert notamment) que sur terre battue. Autant dire que ce n’est pas dans les années à venir qu’il pourrait y avoir de quoi s’enflammer. Il faudra compter sur un miracle car très peu de français sont aujourd’hui tête de série dans les tableaux. Les années de vaches maigres ont déjà débutées. Il y a un gouffre, un océan pacifique d’écart avec l’intouchable Novak Djokovic, plus que jamais le meilleur joueur de la planète, quoiqu’en dise ses détracteurs…

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