« La guerre se fait à balles réelles ». Pierre de Villiers n’a pas écrit son livre Servir pour régler ses comptes avec le Président de la République. La guerre, la vraie, il la connait. Le but de l’ouvrage ? Être en paix avec ses convictions. Tout en s’attardant à défendre le modèle d’armée qu’il souhaite pour la France. Revue d’armes de ce livre qui n’a qu’un objectif : servir.

Sa démission ? Sa mission

Ne vous attendez pas à ce que l’ancien général ne dégoupille une grenade envers l’actuel Président de la République. Ce n’est pas le sens de sa démarche. Pierre de Villiers a démissionné de ses fonctions trois jours après le 14 Juillet, suite aux annonces budgétaires du gouvernement qui contraint encore un peu plus le budget de la Défense en 2017. Il estime alors le lien de confiance brisé avec Emmanuel Macron, craignant de ne pouvoir défendre son modèle d’armée tel qu’il l’entend.

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Description des menaces qui pèsent sur la France

À travers son livre, l’ancien chef d’Etat-major des armées (CEMA) entend bien donner la parole à la « Grande Muette ». Ou du moins « sa Grande Muette ». Pour que les lecteurs comprennent l’ampleur de son geste, il prend soin de contextualiser les différents conflits auxquels sont exposés directement la France. C’est à dire expliquer le rôle de l’armée française dans le monde et donc de justifier les impératifs budgétaires qui en ressortent.

«  La priorité d’une armée est de protéger la population du pays, là où elle se trouve » 

Au vu de la menace terroriste qui pèse sur la France, l’armée est constamment mobilisée sur le territoire français à travers l’opération Sentinelle. Nécessairement, des ressources humaines et matérielles sont mises à contribution. Pour assurer la sécurité des Français, il est également impératif d’aller éradiquer les menaces sur d’autres théâtres d’intervention, comme au Sahel via l’opération Barkhane. Des missions couteuses certes, mais obligatoires.

Un modèle d’armée à défendre

Pierre de Villiers a une vision bien précise de l’armée. Il développe la notion de « modèle d’armée complet ». C’est à dire une armée qui dispose d’un arsenal complet permettant un véritable rayonnement et une puissance militaire accrue du pays. Par son histoire, son implantation diplomatique, ses avancées technologiques, la Défense française jouit d’une aura internationale extraordinaire. Mais il pense que cette restriction budgétaire demandée par l’État risque de lui nuire profondément et durablement. Il la trouve d’autant plus injuste qu’il estime avoir déjà largement participé à la modernisation et aux économies de l’armée.

« Les exécutions budgétaires ont pu être préservées en 2015 et 2016. Il doit en aller de même en 2017, car les armées ne sont pas moins sollicitées, loin s’en faut » 

Philosophiquement, l’ancien CEMA défend également les valeurs qu’incarnent l’armée. Une armée qui s’inscrit comme une « contre-société » capable d’apporter un cadre à la jeunesse en manque de repère au sein d’un monde uberisé jusqu’à la moelle. Une armée qui défend les valeurs collectives face à l’ultra-individualisme. Une armée humble face aux extravagances du capitalisme. Une armée qui a des valeurs nobles face à une aseptisation croissante des moeurs.

Ce que nous en avons pensé :

Pierre de Villiers a souhaité s’adresser à la jeunesse (dernier chapitre du livre). Il a été entendu. Ouvrage permettant d’apporter des éclairages sur la politique géostratégique de la France tout en mettant en lumière le rôle de l’armée, il se révèle être un véritable outil pédagogique. La morale qui se lie entre les lignes est quant à elle plus discutable. En décrivant une société hystérique devant laquelle l’armée serait le meilleur remède, nous culpabiliserions presque d’être ce que nous sommes. Mais le débat a le mérite d’être posé pour s’interroger sur le modèle à suivre. Bref, de servir.