Le CIO a voté la réintégration progressive des athlètes russes le 7 juillet 2026. Une décision qui provoque la colère des sportifs ukrainiens, toujours en guerre.
Le sport mondial vient d’ouvrir une nouvelle fracture. Le 7 juillet 2026, la commission exécutive du Comité International Olympique a levé plusieurs restrictions visant les athlètes russes. Ce dernier leur ouvre notamment la voie aux qualifications pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Une décision attendue par certains, redoutée par d’autres, et qui a immédiatement déclenché une tempête dans le monde du sport. Au cœur de la polémique : les sportifs ukrainiens, dont le pays subit toujours l’invasion russe, ne comptent pas se taire.
Quelles sanctions avaient été imposées aux athlètes russes et bélarusses ?
Tout commence en 2016, bien avant la guerre. La Russie est alors épinglée pour un scandale de dopage orchestré par l’État. Ce scandale lui vaut de concourir sous drapeau olympique neutre aux JO de 2018. Il prendra les couleurs du Comité olympique russe (ROC) en 2021 et 2022. Un premier régime de sanctions qui allait s’aggraver de façon spectaculaire.En février 2022, quelques jours à peine après la clôture des JO d’hiver de Pékin, la Russie envahit l’Ukraine avec le soutien du Bélarus. La réponse sportive internationale est immédiate et massive. Le CIO décrète un bannissement total des deux pays. Finies les compétitions internationales, finies les qualifications olympiques. Une sanction inédite dans l’histoire du mouvement olympique moderne, à la hauteur de l’indignation suscitée par l’invasion.
À partir de mars 2023, le CIO entame pourtant une réintégration progressive. Elle se fait sous conditions strictes et bannière neutre, hors épreuves par équipes. Les athlètes russes et bélarusses participent ainsi aux JO de Paris 2024. Il participent ensuite àceux de Milan-Cortina 2026 sous statut neutre, sans hymne, sans drapeau, sans symboles nationaux.
Pourquoi le CIO a-t-il décidé de lever ces restrictions ?
[#JeuxOlympiques]
— FranceOlympique (@FranceOlympique) July 8, 2026
Réaction du CNOSF aux annonces du CIO concernant le CNO russe
Alors que la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine se poursuit et que ses conséquences continuent de peser lourdement, le Comité exécutif du CIO a décidé, ce mardi 7 juillet, de lever, à titre… pic.twitter.com/vib9gwuWtn
L’argument central du CIO repose sur un principe fondateur de la Charte olympique : la neutralité politique. « Nous voulions garantir à tous les athlètes la possibilité de participer aux Jeux olympiques et de ne pas être tenus responsables des actes de leur gouvernement », a déclaré Kirsty Coventry, présidente du CIO. Une position défendue de longue date par l’instance olympique, qui estime que les sportifs ne sauraient être punis pour les décisions de leurs dirigeants.
Le mouvement s’était amorcé dès décembre 2025, lorsque le CIO avait recommandé le retour avec hymne et drapeau des Russes et Bélarusses dans les compétitions juniors, sports collectifs inclus. En mai 2026, une seconde recommandation réaffirmait ce principe de neutralité politique. Les fédérations internationales avaient commencé à suivre le mouvement : les instances mondiales du judo puis de la natation avaient déjà pleinement réintégré les sportifs des deux pays, respectivement en novembre et avril, tout comme l’avait fait le Comité international paralympique pour les Jeux de Milan-Cortina.
La décision du 7 juillet s’inscrit dans cette logique. À la différence des Bélarusses, pleinement réintégrés début mai, les Russes ne retrouveront pas dans l’immédiat leur hymne et leur drapeau, et subiront un suivi antidopage renforcé. Chaque athlète russe souhaitant concourir devra passer plusieurs contrôles préalables sous la surveillance de l’Agence de contrôles internationale (ITA). Aucun événement olympique ne sera organisé en Russie, et aucun représentant de l’État russe ne sera invité.
Des réactions diamétralement opposées
La Russie conteste auprès du Tribunal arbitral du sport son exclusion totale maintenue par la fédération internationale d'athlétisme https://t.co/Pyxgz8RxCb
— franceinfo (@franceinfo) July 9, 2026
D’un côté, le soulagement, Moscou s’est empressé de saluer la décision. Le ministre des Sports russe Mikhaïl Degtyarev s’est félicité sur Telegram que le mouvement olympique « reste en dehors de la politique ». Pour le camp russe, c’est une victoire symbolique majeure. Après quatre ans de bannissement, le retour sur la scène mondiale est acté. De l’autre, la colère. Le Comité olympique ukrainien a protesté vigoureusement contre une décision qu’il juge « prématurée, infondée et adoptée sans tenir compte des circonstances objectives qui restent inchangées. La Russie poursuit son agression armée à grande échelle contre l’Ukraine. » Une phrase qui résume tout le paradoxe de la situation. Pendant que le CIO vote à Lausanne, des missiles continuent de tomber sur le territoire ukrainien.
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Du côté du patinage, la réaction a été tout aussi vive. Le président de la Fédération ukrainienne de patinage artistique et celui de la Fédération lituanienne ont publié une déclaration commune qualifiant la décision de l’ISU d’« hypocrite et honteuse ». L’organisation Global Athlete, qui défend la parole des sportifs à l’international, a également haussé le ton. Elle s’est désolée que « des violations flagrantes et répétées de la Charte olympique n’entraînent aucune conséquence ». Qu’il s’agisse des scandales de dopage ou de l’invasion de l’Ukraine. Ce constat amer pointe les contradictions d’une institution se réclamant de valeurs universelles tout en fermant les yeux sur leur violation.
Un « paysage fracturé » selon le CIO lui-même
La réintégration est loin d’être unanime, y compris au sein du sport mondial. World Athletics, qui régit l’athlétisme mondial, a maintenu l’exclusion totale des Russes et des Bélarusses. Il relève qu’aucune « avancée concrète vers des négociations de paix » ne s’était matérialisée. Une position ferme, qui tranche avec celle du CIO et illustre à quel point le débat divise les instances sportives internationales.
Pierre Ducrey, directeur des Sports au sein du CIO, reconnaît lui-même que le retour des Russes dans le sport mondial va se poursuivre dans un « paysage fracturé » en fonction des disciplines. Chaque fédération fixe donc ses propres règles, créant une mosaïque de situations selon les sports. Pour les athlètes ukrainiens, cette incohérence est insupportable. Concourir sur le même podium que des sportifs d’un pays qui bombarde leurs villes, c’est une ligne qu’ils refusent de franchir et qu’ils entendent faire entendre bien au-delà des terrains de compétition.