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Etre auteur en 2016: rencontre avec Stéphanie Aten, romancière et scénariste

Les chroniqueurs littéraires de Radio VL interviewaient il y a quelques semaines Stéphanie Aten, auteur de La 3e Guerre, roman d’anticipation chroniquant la victoire de l’altermondialisme sur l’ordre mondial actuel. A l’heure du scandale des Panama Papers et de la mobilisation citoyenne initiée par le mouvement Nuit Debout, Radio VL revient sur sa rencontre avec Stéphanie Aten, écrivain et militante au regard acéré.

Stéphanie Aten, auteure de La 3ème Guerre

Tu as commencé à écrire très jeune… As-tu envisagé l’écriture comme une profession depuis toujours ou as-tu exercé d’autres métiers par le passé, avant de te lancer dans celui d’auteur ?

Les deux, en fait ! Quand j’étais adolescente, je me voyais être scénariste, j’adorais le cinéma et je voulais impérativement écrire des films. Je me suis d’ailleurs lancée après le Bac dans une prépa cinéma, spécialité « scénario ». J’y ai appris les techniques narratives propres à l’écriture scénaristique, qui est très différente de l’écriture romanesque. A la fin de l’année, fatalement, les professeurs m’ont dit que j’avais le choix de monter à Paris pour faire de grandes écoles comme la FEMIS… ou d’écrire de mon côté, avec peu de chances d’en vivre ! Et en effet, en France, être scénariste ce n’est pas simple du tout.

Pour m’en sortir, j’ai donc fait une fac de droit, puis au sortir de mes études, j’ai enchaîné les boulots, tous très différents les uns des autres. Malgré tout ça, je n’ai jamais cessé d’écrire.

Il y a 6 ou 7 ans de cela, j’ai perdu mon emploi, et je me suis demandée si c’était l’occasion de tout miser sur l’écriture. Je me suis lancée, et depuis 5 ans environ je me bats pour en faire mon métier « exclusif ». C’est encore compliqué pour moi d’en vivre mais j’ai gagné en liberté et en épanouissement, donc aucun regret ! Pas de patron, d’impératifs ni d’horaires et je passe mes journées à créer.

Tu décris sur ton site comment se déroule une « journée-type » dans la peau d’une auteure comme toi. Hormis quelques moments de détente, on constate que tes journées sont très chargées et productives. Comment nourris-tu ton inspiration, ton imaginaire ?

En ce qui me concerne, comme durant des années je n’ai pas pu écrire comme je le voulais, maintenant que je peux m’exprimer totalement je peux développer toutes ces idées qui ont mûri pendant si longtemps dans ma tête, et les coucher enfin sur le papier.

René Barjavel

René Barjavel, une référence en matière de littérature de science-fiction

Ce qui est plus compliqué, c’est de réussir à être efficace dans son travail d’écriture : je m’impose une certaine discipline pour ne pas m’éparpiller, et essaie de structurer au maximum mes journées de travail pour avancer vite. Qui plus est, une chose que l’on a tendance à oublier, c’est le côté « promo » : les petites maisons d’édition n’ont pas la même force de frappe que les grands groupes éditoriaux, donc même l’auteur doit déployer beaucoup d’efforts pour que son livre marche. Etre écrivain, ce n’est donc pas seulement écrire !

Et toi, justement, tu as réussi à te mettre en avant via ton site, qui est très complet. Tu développes une vraie identité littéraire, un style qui oscille entre science-fiction, dystopie et roman d’anticipation… Est-ce que c’est un genre que tu apprécies particulièrement en tant que lectrice? As-tu des références en la matière, des lectures qui t’ont marquée et t’ont poussée à te lancer dans ce genre-là?

Ce qui est assez paradoxal, c’est que je lis très peu. Pour deux raisons: d’abord, l’univers des autres auteurs me perturbe beaucoup. C’est aussi une question d’ego… je me remets beaucoup en question face au style et à l’imaginaire d’un auteur de talent!

Concernant la science-fiction et la dystopie, j’aime l’idée de pouvoir créer un monde de A à Z, je trouve ça très libérateur. Mais le vrai défi d’écriture, c’est de réussir à rattacher cet univers à notre monde réel. C’est pourquoi j’aime bien jouer avec ces deux facettes de la fiction: naviguer entre le réalisme et la fiction pure.

Si je devais donner une référence: Barjavel. Ses histoires sont avant-gardistes et surtout très accessibles.

Qu’en est-il des films? En tant que scénariste, es-tu influencée par ce que tu regardes? As-tu deux façons différentes d’aborder l’écriture, selon que tu travailles sur un scénario ou sur un roman? 

L’écriture scénaristique, ça n’a en effet absolument rien à voir avec l’écriture romanesque. Dans un texte littéraire, tu vas pouvoir développer à l’envi ton imaginaire, tandis que dans un scénario tu dois penser constamment à la technique de réalisation, au budget, à la “faisabilité” de ton projet. Tu dois donc te limiter selon ces critères, et en terme de style… il ne faut surtout pas en avoir, car il faut que toute l’équipe de réalisation comprenne ton histoire. Les dialogues ne doivent pas être “verbeux”, sinon le film risque d’être trop “bavard”… bref : toujours penser à “l’après” !

Il y a beaucoup de passerelles entre ton roman La 3ème Guerre et l’univers du cinéma: les chapitres ressemblent beaucoup à des scènes, il y a beaucoup d’action… Est-ce voulu, ou y vois-tu le résultat d’une “déformation professionnelle” de scénariste? 

En effet, je m’aperçois avec mes dernières publications (Les Enfants de Pangée, auto-édité) que j’ai vraiment une tendance à la “scénarisation” de mes histoires: les gens me disent souvent qu’en lisant mes livres ils ont l’impression de voir un « show » se dérouler sous leurs yeux. Quand j’ai écrit La 3ème Guerre, je visualisais toujours ce que j’écrivais, je voyais mes personnages jouer la scène. Mon histoire est donc faite pour être adaptée à l’écran.

 

La 3ème Guerre, Stéphanie Aten, Editions Hélène Jacob (2014)

Si ton roman devait être adapté au cinéma, exigerais-tu d’en être la scénariste?

 

Absolument! Le livre adopte totalement le point de vue du protagoniste (Aten, ndlr), et s’il devait devenir un film, j’aimerais e

n faire quelque chose de moins subjectif: voir ce qui se passe du côté des autres personnages et de 3, l’organisation mystérieuse qui va renverser l’ordre mondial et faire triompher l’altermondialisme. Le film et le livre seraient donc complémentaires.

Peut-on dire que ton écriture est engagée? Considères-tu La 3ème Guerre comme un manifeste contre l’ordre établi? 

Des livres de fiction qui dénoncent et défendent une cause, il y en a de plus en plus. C’est le moyen idéal de questionner le lecteur, lui offrir une histoire dont il faudra qu’il démêle lui-même le vrai du faux. C’est comme ça qu’il se rendra compte de certaines réalités!

Ton roman est très documenté, tu te bases sur du réel pour ensuite alimenter ton propos. Est ce que ce que tu crois que La 3ème Guerre, ou une convergence des luttes,  pourrait voir le jour bientôt?

C’est une certitude. Des forces se fédèrent et discutent : il y a des mouvements très complémentaires qui, en s’articulant, pourraient faire des actions beaucoup plus grandes par rapport à ce qu’elles font actuellement. Je dirais même que c’est à l’international qu’il faut chercher et pas dans nos petits pays car nous sommes tous concernés. Il faut en parler et mettre quelque chose en place, afin d’avancer vers un but commun.

Internet est un autre aspect central de La 3ème Guerre. Quel est son rôle dans l’éveil des consciences et comme vecteur révolutionnaire?

Internet pourrait être une arme de destruction massive de la société actuelle. Les Anonymous par exemple lancent des opérations suivies par des milliers de hackers. Internet est un outil formidable pour rassembler derrière une même cause des populations qui vivent de manière cloisonnée.

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Manifestation du mouvement Podemos à Madrid / Copyright: Dani Gago

Penses-tu qu’une littérature comme la tienne peut changer les choses? 

Il serait très prétentieux de ma part de penser que La 3ème Guerre va changer le monde. Les quelques dizaines de messages que j’ai pu recevoir de mes lecteurs me disaient que ce livre leur avait donné envie de se réengager. Je voulais pousser les gens à se poser des questions, et surtout les altermondialistes eux-mêmes, les associations et leur proposer un appel à l’unité et à la collaboration.

L’imaginaire des auteurs, de la littérature a toujours existé pour inspirer les autres. Les auteurs sont des passeurs d’idées. Nous, notre truc, c’est de leur donner des formes et des émotions pour qu’elles soient agréables à recevoir. L’art est quelque chose de vital. Les personnes moins créatives, qui ont d’autres talents, ont besoin des créatifs pour alimenter leur imaginaire, leur besoin de liberté et d’action.

Y-a-t-il une nouvelle littérature multi-formats? Cela peut-il créer un genre littéraire qui pourrait aller au-delà des livres?

C’est déjà un peu le cas avec les séries et le cinéma, qui proposent de nouvelles formes de narration. Ces nouveaux médiums permettent d’élargir considérablement le public que l’on pourrait viser. On peut toucher les gens là où l’on ne les attendait pas.

Les outils évoluent et nous devons évoluer avec eux. Les jeunes, grâce à cette forme plus ludique qu’est l’écran continuent à lire, mais autrement (via leur portable, leur tablette ou leur e-book). C’est plus pratique et moins lourd qu’un livre papier, ça lui donne un coté  high-tech, moderne.

Les gens sont en train de s’adapter aux outils qui leur sont proposés. Des gens voudront rester sur du papier et d’autres se seront très bien habitués. C’est à nous de leur proposer ce dont ils ont besoin.

Pour conclure, sur quoi travailles-tu en ce moment?

Je travaille sur le tome 3 des Enfants de Pangée. J’ai terminé les deux premiers tomes. Je sais déjà ce que j’écrirai après la saga, et encore après. C’est une grande chance d’avoir emmagasiné toutes ces ébauches. Cela met aussi la pression : je me demande parfois si je vais avoir les moyens financiers d’écrire ces œuvres… Mais pour l’instant, j’arrive à me maintenir et je sais ce que j’écrirai dans les quatre ou cinq prochaines années, c’est une grande chance.

 

Les Enfants de Pangée, Tome 1 et Tome 2  (2.99 € format Kindle – 6.99 € broché)

La 3ème Guerre, Editions Hélène Jacob (5.49 € format Kindle – 23.45 € broché)

Article co-écrit par Nathan Bonnisseau et Manon Lopez

 

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