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The Last Ship, The Walking Dead, American Horror Story : Apocalypse now !

De nombreuses séries imaginent la fin du monde ; elles jouent sur un contexte mondial anxiogène et sur les peurs du public pour raconter leur version de l’apocalypse.   

Si le thème de l’apocalypse n’est pas une nouveauté dans la fiction, il revient en force depuis quelques années dans les séries. Dans un contexte anxiogène, elles reflètent les craintes engendrées par les crises écologiques et sanitaires, la tentation de la radicalisation politique et les tensions internationales. Lorsque la situation mondiale instable est perçue comme un danger, les scénaristes réagissent en canalisant le sentiment de menace et les peurs collectives de leur public, dans des histoires fictives dans lesquelles les téléspectateurs peuvent néanmoins se projeter.

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Les scandales sanitaires, l’émergence de nouvelles maladies ou la réapparition d’anciennes pathologies suscitent par exemple de nombreuses inquiétudes. Le spectre d’une épidémie mondiale semblable à la grippe espagnole de 1918 sert de base à The Last Ship. Les scénaristes modifient le point de départ de l’intrigue : dans le roman signé William Brinkley, l’équipage de l’USS Nathan James est confronté à une attaque nucléaire dans les années 1980 tandis que dans la série, en 2014, l’élément déclencheur est une pandémie. Alors que le destroyer commandé par le capitaine Chandler (Eric Dane) effectue des manœuvres en haute mer, l’équipage apprend par radio qu’un virus mortel a éliminé 80% de la population mondiale. Sans savoir ce qui s’est réellement passé, les militaires doivent s’adapter à un monde dans lequel les règles ont changé tout en cherchant un éventuel remède.

La pandémie est une des causes exploitées par les scénaristes lorsqu’ils se prennent à imaginer l’apocalypse.  Dans The Last Ship, les états ont sombré dans l’anarchie et les militaires et ce qui reste des gouvernements  font face à la situation ; seul survivant (ou presque), le héros de la comédie The last man on earth (Will Forte) est livré à lui-même ; inspirée du film de Terry Gilliam, 12 Monkeys se situe en 2043 après qu’une pandémie a exterminé en grande partie l’humanité, et que James Cole (Aaron Stanford) est envoyé dans le passé par une équipe de scientifiques pour empêcher la catastrophe ; les personnages de The Walking Dead sont plongés dans un monde où les morts se transforment en zombies, et ils tentent de pallier à l’annihilation des institutions en formant des communautés pour s’entraider.  

Rick Grimes (Andrew Lincoln) face aux zombies

Drama ou comédie, le virus mortel submerge le monde, éradique peu à peu toute forme de civilisation. Confrontés à la mort de leurs proches, face à un ennemi invisible qui attaque sans prévenir avant même qu’ils en prennent conscience, les héros doivent s’adapter à un nouveau paradigme. Ce contexte redéfinit l’ensemble des relations et des personnages, qui révèlent alors le meilleur ou le pire d’eux-mêmes. Comme le dit The Walking Dead : fight the dead, fear the living (Combattez les morts, craignez les vivants).  

Certaines séries ont choisi de plonger le monde dans le chaos en mettant à profit  la résurgence d’une peur des années 1950 liée à la guerre froide : celle de l’holocauste nucléaire. La série espagnole La Zona transforme toute une région en no man’s land suite à un accident industriel; l’éphémère You, me and the apocalypse suit les errements de personnages à l’aube d’une explosion atomique ; Last Resort exploite la même idée que The Last Ship, mais après une attaque nucléaire ; The 100 imagine les suites d’une explosion dévastatrice, plusieurs siècles après la catastrophe.

L’anthologie American Horror Story joue sur la même peur dans une saison 6 (sous-titrée Apocalypse) dans laquelle une explosion nucléaire détruit le monde, sème la dévastation et provoque la mort et la maladie tandis qu’une mystérieuse organisation permet à une poignée de personnages de s’abriter dans un bunker. La série de Ryan Murphy s’inscrit toutefois à la croisée de deux axes, avec une dimension surnaturelle : cross-over entre les saisons Murder house et Coven, elle montre alors un groupe de sorcières en guerre contre l’Antéchrist, explorant le paranormal et le religieux.

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Car face à l’apocalypse, la religion, le surnaturel et le mysticisme ne sont jamais loin ; le spectre de l’éradication de l’humanité fait souvent ressurgir des questions théologiques ou philosophiques. C’est le cas dans The Leftovers où suite à la disparition inexpliquée de 2% de la population mondiale, ceux qui restent sont confrontés au mystère et à la perte des leurs. Chacun cherche une explication ou un sens à la tragédie, en se tournant vers la religion, la négation de celle-ci ou des pratiques extrêmes comme celles des Guilty remnants. Et lorsqu’elle passe soudainement dans un univers alternatif, la série de Damon Lindelof fait de l’un de ses héros, le shérif Kevin Garvey (Justin Theroux) une figure fortement empreinte de messianisme.

De son côté, Supernatural ne s’embarrasse pas de prétentions philosophiques lorsque, dans chaque saison ou presque, les frères Sam et Dean Winchester (Jared Padalecki et Jensen Ackles) affrontent une apocalypse en puissance provoquée par une entité diabolique (Lucifer, Lillith ou le Léviathan) ou une guerre entre les anges. La saison 13 plonge nos héros dans un monde parallèle où l’archange Raphaël fait régner le chaos ; c’est désormais notre monde qu’il menace dans la saison 14 (en cours de diffusion). Heureusement, dans Supernatural, la mort n’est jamais définitive : grâce aux pouvoirs de l’ange Castiel (Misha Collins) ou à des pactes passés avec la Mort elle-même, les deux frères et leurs acolytes ne cessent de mourir et de ressusciter…


A lire aussi : Narration et religion dans Supernatural


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Dans Colony  – série crée par Carlton Cuse, avec Josh Holloway et Sarah Wayne Callies  – la menace vient de l’espace. Dans un futur aux allures post-apocalyptique, les extraterrestres ont colonisé la Terre. On suit la famille Bowman, tandis qu’une partie de la population collabore avec les envahisseurs et que d’autres organisent la résistance. Dans la série britannique Hard Sun, le danger vient aussi du ciel mais cette fois, les petits hommes verts (pardon, Mulder : gris…) n’y sont pour rien : au cours d’une enquête, deux policiers londoniens (Jim Sturgess et Agyness Deyn) découvrent des informations secrètes selon lesquelles une explosion solaire conduira à la fin du monde dans cinq ans. Révélée dans la presse, l’information provoque la panique et réveille les instincts les plus bas de la population : à la veille de l’apocalypse, où est l’intérêt de respecter la loi ?

Encore plus effrayante car elle ne fait qu’extrapoler en poussant à l’extrême une réalité actuelle, la série brésilienne 3% se porte sur le terrain des inégalités sociales. Dans son futur dystopique, une écrasante majorité de la population réduite à la misère est parquée dans des bidonvilles sur le continent, alors que les 3%  les plus riches vivent dans le confort et le luxe sur une île. Chaque année, une série d’épreuves permet aux jeunes âgés de 20 ans de tenter leur chance afin de rejoindre l’élite, et la compétition fait rage. Mais une faction rebelle tente d’infiltrer le système pour le détruire…

Les séries se sont aussi emparées d’une autre menace concrète, omniprésente dans les médias : celle du changement climatique et de la pollution. La pluie acide de The Rain décime une grande partie de la population, et un frère et une sœur réfugiés dans un bunker se joignent finalement à un groupe de survivants, six ans après la catastrophe. Dans l’univers dystopique de The Handmaid’s Tale, l’accumulation de problèmes environnementaux a entraîné une augmentation de la stérilité et une dénatalité qui engendrent des tensions économiques et sociales. Les États-Unis sont désormais remplacés par la République de Gilead, régime théocratique et totalitaire dominé par les hommes, où les femmes privées de droits et de liberté ont été divisées en castes, certaines étant réduites à l’état d’esclaves sexuelles en vue de la reproduction.

En extrapolant, on pourrait aussi parler de Game of Thrones, où l’invasion irrépressible des Marcheurs blancs menace le Royaume des Sept couronnes, tandis que se déchirent les prétendants au trône de fer.  On nous le serine depuis le début mais cette fois, c’est un fait : winter is coming... et il a des airs d’apocalypse.

Depuis quelques années, les scénaristes se plaisent à détruire le monde par le biais de pandémies, événements écologiques, guerres surnaturelles ou holocaustes nucléaires. En marge de catastrophes plus ou moins crédibles, émergent alors des interrogations relatives au pacte social en tant que fondement de la civilisation : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? La communauté est-elle le dernier rempart face au chaos ? Comment réagirions-nous dans la situation la plus extrême qu’on puisse imaginer ? Et en arrière-plan se dessine une autre interrogation : comment agir pour que ces histoires restent du domaine de la fiction ? Parce que vous, on ne sait pas ; mais nous, on est moyennement emballé à l’idée de devoir fuir des pluies acides, survivre à l’hiver nucléaire ou à un mystérieux virus… Sans même parler de combattre des zombies.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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