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Tolkien en musique | Seriefonia

A l’occasion de la diffusion sur Prime Video de la série Les anneaux de pouvoir, retour sur la musique et Tolkien dans ce Sériefonia de rentrée.

[Extrait Sonore « The Lord of the Rings »]

[« SérieFonia : Season V : Opening Credits » – Jerôme Marie]

[« The Prophecy – The Fellowship of the Ring » – Howard Shore]

Soyez les bienvenus en Terre du Milieu. Pour cette cinquième rentrée de SérieFonia dans son tout nouveau format mensuel, il était tout simplement inconcevable de ne pas mettre à l’honneur le si vaste Légendaire créé par le Professeur John Ronald Tolkien tout au long de sa vie. D’abord parce que la série Les Anneaux de Pouvoirs vient de débarquer sur Amazon. Et ensuite parce que j’ai aussi un peu d’auto-promo à faire… Mais j’y reviendrai plus tard… Très peu de romans, finalement, mais néanmoins de quoi alimenter l’imaginaire de toutes les générations s’étant succédées depuis les premières éditions du Hobbit (en 1937) et du Seigneur des Anneaux (1954-1955). Et pourtant, il n’existe pas un réalisateur féru de Fantasy qui ne rêverait pas d’entreprendre ce que Peter Jackson s’est risqué à faire au tout début des années 2000 : à savoir adapter La Communauté de l’Anneau, Les deux Tours et Le Retour du Roi… Ce que, beaucoup, jugeaient pourtant impossible…

[« The Fields of Pelennor – The Return of the King » – Howard Shore]

11 Oscars… Pas moins de 11 Oscars pour le troisième volet de la trilogie. Dont ceux des meilleurs musique et chanson pour Howard Shore, naturellement. Un final en apothéose. La preuve par 11 que le cinéaste néo-zélandais savait exactement ce qu’il faisait et qu’il le faisait bien. Les trois films sont, depuis, devenus éternellement cultes. Irremplaçables. In-remakables. Enfin… Espérons-le. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la production de la série Amazon a demandé à Howard Shore de signer leur Main Title… 1 petite minute, 33 secondes d’une belle intensité, qui évoque les images du passé pour mieux tendre le flambeau à son successeur. Et comme on inaugure une nouvelle formule, on va s’écouter ça en entier…

[« The Rings of Power – Main Title » – Howard Shore]

Le successeur en question, c’est Bear McCreary, mais on y reviendra tout à l’heure. Pour l’instant, restons en compagnie d’Howard Shore… Et souvenons-nous de son approche ouvertement opératique et, par nature, thématique donc. Une partition d’une rare ampleur, incluant des motifs par centaines… et bien d’autres encore si on inclut la seconde trilogie du Hobbit. Rien que pour les Hobbits, justement, il en développe une dizaine de différents selon que l’action se focalise sur Cul-de-Sac, Frodon et ses amis, et au gré de leurs évolutions, voire de leurs émotions. L’un des exemples les plus frappant étant le passage du flageolet, associé au tin whistle, vers la flûte classique entre leur départ et leur retour dans la Comté… La Comté dont le motif, le tout premier sorti de son imagination, reste le favori du compositeur. Pourtant, si on imagine aujourd’hui tout simplement inconcevable d’entendre une autre partition que la sienne en visionnant les films, sachez qu’il n’était pas le premier choix de Peter Jackson ! Rendez-vous compte, on a failli passer à côté de ça…

[« The Desolation of Smaug – The Woodland Realm » – Howard Shore]

Là, c’était pour le deuxième volet du Hobbit, La désolation de Smaug… Mais qui aurait donc dû se charger de la musique de la trilogie en lieu et place d’Howard Shore ? Vous allez encore croire que je fais une fixette, mais je vous jure que non… Je vous l’donne en mille : James Horner ! Mais sa fille étant souffrante à cette époque, il a préféré décliner… d’autant que le contrat incluait de partir travailler en Nouvelle-Zélande. Face à son refus, c’est finalement Fran Walsh, la co-scénariste, qui souffle le nom de Shore aux oreilles de Peter Jackson. Car non seulement elle aime ce qu’il pu écrire pour les films de Cronenberg, mais elle s’est également aperçu qu’un grand nombre de ses compositions était aux services de films adaptés de romans, souvent difficiles. Que dire de plus ? Si ce n’est qu’elle ne s’est définitivement pas trompée… Pas plus que les créateurs de la série, Les Anneaux de Pouvoir, en demandant à Bear McCreary de lui succéder…  

[« The Rings of Power – Numenor » – Bear McCreary]

Ça prend aux tripes, dans la mouvance. Même s’il faut bien reconnaître que l’ensemble de ses morceaux ne se révèlent pas aussi riches que ceux de Shore. Mais rien ne sert de comparer ce qui n’est pas comparable de toute façon. L’histoire-même des Anneaux de Pouvoir étant assez radicalement de celle du Seigneur des Anneaux. Si bien que là où Bear McCreary a parfaitement raison, c’est justement dans sa promptitude à s’émanciper du passé pour mieux faire jaillir ses propres style et énergie…

[« The Rings of Power – Scherzo for Violin and Swords » – Bear McCreary]

Alors… Si je vous demande quelle est la toute première adaptation ayant jamais été produite à partir d’une œuvre de Tolkien… Pas mal d’entre vous me répondront surement : l’adaptation animée du Seigneur des Anneaux, signée Ralph Bakshi en 1978. Et bien… non. Car, dès 1971, la chaîne suédoise SVT1 diffusait déjà une mini-série en deux parties, Sagan om ringen, tournée sans l’accord de l’auteur et tronquant sans scrupules la grande majorité des romans, puisqu’avant tout inspirée d’un album-concept du musicien tout aussi suédois Bo Hansson, Music Inspired by The Lord of the Rings, sorti à peine un an plus tôt. Et si vous pensez que je ne l’ai pas… C’est mal me connaître !

[« Music Inspired by The Lord of the Rings – In the House of Elrond & The Ring goes South » – Bo Hansson]

Walt Disney a voulu adapter Le Seigneur des Anneaux… Les Beatles ont voulu adapter Le Seigneur des Anneaux. Avec nul autre que Stanley Kubrick. John Boorman a failli adapter Le Seigneur des Anneaux… Ce qui a donné Excalibur… Mais c’est finalement Le Hobbit, repensé en comédie musicale animée par les réalisateurs Arthur Rankin Jr & Jules Bass pour la chaîne NBC qui devient la première adaptation officielle de Tolkien en 1977. Et ce, uniquement, grâce à une belle faille juridique relative aux droits d’exploitation ciné et télé… Chants et musiques étaient signés de Maury Laws & Glenn Yarbrough et ça ressemblait à ça…

[« The Hobbit, 1977 – Misty Mountains » – Maury Laws & Glenn Yarbrough]

Franchement, le dessin animé est plus qu’honorable et, bien qu’étant extrêmement condensé, rend tout à fait justice au roman de 1937. Malheureusement, Tolkien, mort en 1973, ne connaitra jamais aucune de ces adaptations… Quoi que, heureusement peut-être… Lui, si protecteur de son œuvre, l’aurait finalement surement plutôt mal vécu. Mais avant de passer à la suite, écoutons également à quoi ressemblait les passages musicaux non chantés de ce premier téléfilm animé…

[« The Hobbit, 1977 – The Greatest Adventure » – Maury Laws & Glenn Yarbrough]

Ralph Bakshi, connu pour ses aspirations irrévérencieuses dans l’art de l’animation, a cela en commun avec Tolkien de détester Walt Disney. Les p’tites souris et les enfantillages : très peu pour lui. Aussi, son ambition de porter Le Seigneur des Anneaux à l’écran est motivée par son désir de proposer un long-métrage d’animation résolument adulte, combinant plusieurs techniques d’animation différentes afin de proposer des images d’un genre inédit sur l’écran géant. Et il faut avouer qu’il y parvient. Haut la main. Seul problème : le studio (United Artists) ne croit pas au projet et fait en sorte d’en saboter toute perspective de suite. Or, de son côté, Bakshi a pensé son histoire en deux parties. Un espoir vain face à une industrie aussi bornée qu’ignorante… Aussi beau soit-il, son film n’offre donc pas de véritable fin et stoppe net la progression du scénario environ aux trois quarts des Deux Tours. Laissant ainsi les spectateurs d’alors sur leur faim. Côté musique, le réalisateur voulait utiliser du Led Zeppelin. Mais son producteur, Saul Zaentz, fait quant à lui appel au compositeur du Secret et de La Bataille de la Planète des Singes, Leonard Rosenman, en vue d’obtenir une partition beaucoup plus classique…   

[« The Lord of the Rings, 1978 – Helm’s Deep » – Leonard Rosenman]

N’en déplaise à Bakshi, cette signature opère avec autant de précision que d’efficacité. AU point que le musicien s’est amusé à la graver de son propre fer rouge musical, puisque, parmi les textes entonnés par le chœur, s’immiscent ces deux mots que d’aucuns jureraient tout droit sortis de la Terre du Milieu : « Dranoel Namnesor ». En réalité une simple anagramme de… son propre nom ! Un peu comme s’il avait gravé « Leonard Rosenman was here » directement dans la pierre de… sa partition…. Il en est longtemps resté fier et aimait d’ailleurs à la jouer en concert. Après une incroyable carrière, Leonard Rosenman s’st éteint le 4 mars 2008 à l’âge de 83 ans… Quant à Ralph Bakshi, la douche froide continue…

[« The Return of the King, 1980 – The Bearer of the Ring » – Maury Laws & Glenn Yarbrough]

Car le 11 mai 1980, les téléspectateurs d’ABC voient débarquer un nouveau téléfilm animé par Jules Bass & Arthur Rankin, sournoisement intitulé The Return of the King : la suite plus ou moins directe du Hobbit de 1977. Donc, non content de s’être vu privé de sa propre suite, Ralph Bakshi assiste impuissant à ce spectacle, il faut le dire, assez raté, bourré de nouvelles chansons tremblotantes et désespérément gentillettes. Le tout, assimilé au gré d’une orientation enfantine tout ce qu’il y a de plus assumée. Allez, pour oublier tout ça, je vous propose un petit tour d’horizon de projets variés, qui rendent directement hommage à l’œuvre magistrale de Tolkien à travers des styles et univers extrêmement diversifiés. Et le premier que je vais vous proposer… aurait bien fait plaisir à Bakshi justement !

[« The Battle of Evermore » – Led Zeppelin]

Dans leur quatrième album, sorti en 1971, les membres du groupe britannique Led Zeppelin  – celui-là même que Bakshi voulait pour son film – interprétaient la chanson « The Battle of Evermore », dont vous venez d’entendre un extrait et dont les paroles, pour le coup explicites, évoquent ni plus ni moins que des Spectres de l’Anneau qui chevauchent en noir… Preuve de l’influence colossale des écrits de Tolkien à partir des années 60/70. D’ailleurs, à peine un an plus tôt, c’est Black Sabbath qui chantaient The Wizard, en hommage à Gandalf, sur leur album sobrement nommé… Black Sabbath. 

[« The Wizard » – Black Sabbath]

Vous en voulez encore ? Pas de problème. Ce ne sont pas les curiosités qui manquent. Alors, dans le désordre le plus complet, voici venir les « Riders of Rohan », d’après les Mostly Autumn, eux-aussi britanniques mais un peu plus proche de nous… en 2001. Tiens, c’est marrant, c’est justement l’année de sortie de La communauté de l’Anneau…

[« Riders of Rohan » – Mostly Autumn]

En Australie, c’est le jazzman John Sangster qui a consacré plusieurs de ses albums à la Terre du Milieu. Pas moins de trois volumes intitulés The Lord of the Rings : A Musical Interpretation entre 1975 et 1977, auxquels s’ajoute Lanndscapes of Middle Erath l’année suivante…

[« Gandalf the White » – John Sangster]

Là, c’était sa vision musicale de Gandalf… Oui, je sais, faut chercher un peu. A la même époque, même les canadiens de Rush n’ont pas dérogés à la règle… Dans leur album Fly by Night de 1975, les Elfes leur inspiraient le bien nommé… Rivendell…

[« Rivendell » – Rush]

En 2006, The Lord of the Rings est également devenu un Musical à tendance folk-celtique sous l’impulsion d’AR Rahman Varttina et Christopher Nightingale. D’abord joué à Torono… puis pas moins de 500 fois en 13 mois dans le fameux West End Londonien.

[« The Lord of the Rings, The Musical – Gollum/Smeagol » – AR Rahman Varttina & Christopher Nightingale]

Je vous avais bien prévenu qu’il y aurait de tout ! Mais à présent, voici venir un extrait qui me tient plus particulièrement à cœur puisqu’il est ni plus ni moins que la toute première œuvre finalisée de son composteur. Le 15 mars 1988, à Bruxelles, La Symphonie N°1 du néerlandais Johan de Meij, modestement intitulée Le Seigneur des Anneaux et portée par les vents et percussions, remporte un vif succès et lui vaut d’obtenir le Sudler International Composition Award dès 1989. Et au-delà de son évidente qualité, sa partition a le mérite de pousser le voyage, littéralement, jusqu’au bout du roman de Tolkien et narre, à sa façon, le retour de Frodo, Sam, Merry et Pippin dans la Comté, métamorphosée sous le jouc de Saroumane… Tout simplement ce qu’absolument aucune adaptation avait exploré jusque là… 

[« The Lord of the Rings – Mouvement V : Hobbits » – Johan de Meij]

Avant de conclure sur un morceau qui va bien plomber l’ambiance comme il faut, impossible de ne pas évoquer une nouvelle fois (puisque je l’ai déjà fait la saison passée) le film Tolkien, réalisé en 2019 par Dome Karukoski, avec Nicholas Hoult dans la peau de l’écrivain, sur une somptueuse musique de Thomas Newman. Certes un peu romancé, mais néanmoins très respectueux, ce biopic vaut surtout pour son aptitude à interpréter et illustrer visuellement la construction progressive de la Terre du Milieu dans l’esprit de Tolkien… Et y a pas dire, Thomas Newman l’a parfaitement capturé…

[« Tolkien – The TCBS » – Thomas Newman]

Vous l’aurez donc compris : cette saison, SérieFonia change de formule. Plus long, plus riches en extraits, un peu plus bavard… Mais, je le répète, désormais en périodicité mensuelle. J’espère que ce voyage musical en Terre du Milieu vous aura séduits… et je vous invite à prolonger l’expérience en lisant… et bien… mon livre, Aux origines du Seigneur des Anneaux, paru le 25 août chez Third Editions… Voilà. Pour le placement de produit, c’est fait. Allez, place au final. Et je ne crois pas si bien dire… Car la chanson qui suit, écrite et interprété par Billy Boyd (qui n’est autre que l’interprète de Pippin dans la première trilogie de Peter Jackson) tirée de la bande originale du Hobbit : La bataille des cinq armées, est tout bonnement celle… sur laquelle je veux être incinéré un jour. Heu… Le plus tard possible, on est d’accord. N’empêche que je suis sérieux. Famille, amis, si vous m’écoutez… C’est vraiment mon souhait. Ecoutez bien les paroles, elles parlent d’elles-mêmes… Je ne conçois rien de plus symbolique pour embarquer aux Havres Gris… Bon, sur ce, haut les cœurs… Parce que bon, à priori, je serai encore là le mois prochain. Hein… Hein… Hein mon Précieux… Oh oui, nous serons là… Nous serons toujours là… 

[« The Hobbit : The Battle of Five Armies – The Last Goodbye » – Billy Boyd]

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