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Le témoignage fort de Gisèle Pelicot dans « Et la joie de vivre »

Gisèle Pelicot

Gisèle Pelicot raconte pour la première fois son propre récit de l’affaire des viols de Mazan dans son livre Et la joie de vivre, publié le 17 février. Figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles et la soumission chimique, elle revient sur le procès, la trahison de son mari et son combat pour se reconstruire, avec la volonté de transformer son traumatisme en message d’espoir.

Un appel qui fait basculer la vie de Gisèle Pelicot

Tout commence par une scène banale. Assise dans les gradins d’un court de tennis, Gisèle Pelicot regarde sa petite-fille jouer lorsqu’elle remarque un appel manqué. Au bout du fil, un policier lui parle de son mari, Dominique. Très vite, la réalité s’impose : pendant des années, l’homme avec qui elle a partagé plus de cinquante ans de vie l’a droguée à son insu, violée et livrée à des dizaines d’inconnus.

« Le policier a lâché un chiffre. Cinquante-trois hommes seraient venus chez nous pour me violer », écrit-elle dans son livre. Cette phrase marque le point de rupture entre sa vie d’avant et l’horreur qu’elle découvre.

Dans Et la joie de vivre, coécrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, elle raconte à la première personne le choc, la sidération, puis la lente reconstruction. Elle dévoile aussi le mécanisme de la soumission chimique, un phénomène encore peu connu du grand public.

Un procès hors norme suivi dans le monde entier

L’affaire des viols de Mazan devient l’un des procès les plus marquants de ces dernières années. Pendant plus de trois mois et demi, la justice examine les faits. Au total, 51 hommes sont condamnés.

Gisèle Pelicot prend une décision forte : elle demande que les audiences soient publiques. Elle veut que « la honte change de camp ». Son visage quitte alors les murs du tribunal d’Avignon pour devenir un symbole international.

Dans Et la joie de vivre, son témoignage dépasse rapidement le cadre judiciaire. Traduit en 22 langues et publié à 150 000 exemplaires, son livre s’inscrit dans la continuité de ce procès historique.

La sociologue Véronique Le Goaziou estime que cette affaire a contribué à accélérer la prise de conscience autour du consentement et de la soumission chimique, notamment dans les débats publics et juridiques.

Reprendre la parole pour reprendre le contrôle

Avec Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot choisit de devenir actrice de son histoire. « Cette histoire ne m’appartient plus totalement », confie-t-elle. Longtemps réduite à un objet par son mari et ses agresseurs, elle reprend aujourd’hui le contrôle par les mots.

L’idée du livre naît pendant le procès. Sollicitée par plusieurs éditeurs, elle accepte finalement d’écrire pour transmettre son expérience et aider d’autres victimes. Elle explique notamment sur France Culture qu’elle souhaite délivrer « un message d’espoir ».

Dans Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot ne se limite pas à l’affaire judiciaire. Elle évoque aussi son enfance, marquée par la mort de sa mère, et ses souvenirs de famille. Elle raconte les surnoms affectueux donnés à son mari, rappelant la complexité du lien qui les unissait avant la révélation.

Depuis le procès, de nombreuses femmes ont pu mettre des mots sur des agressions similaires. Son témoignage contribue à libérer la parole et à faire évoluer les mentalités.

Mais Gisèle Pelicot regarde aussi vers l’avenir. Son livre porte un titre volontairement lumineux : Et la joie de vivre. Elle y décrit sa volonté de continuer à avancer, malgré tout. Son témoignage devient ainsi un acte de résistance. En racontant son histoire, elle transforme sa souffrance en force et s’impose comme l’une des voix les plus puissantes de la lutte contre les violences faites aux femmes.

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