Dans les couloirs bondés du métro parisien, un homme traque les pickpockets à la tire. Il s’appelle Christian. Sur les réseaux sociaux, il devient une star. Son pseudo : TheKingTV. Ses armes : une caméra, un spray et un sifflet.
Un gestionnaire de paie devenu chasseur de pickpockets
Christian mène une double vie. Le jour, il exerce comme gestionnaire de paie. Le soir, il enfile une veste anti-couteau. Il fixe ensuite une caméra 360 degrés sur sa poitrine. Puis il descend dans le métro, prêt à traquer les pickpockets.
Sa méthode est rodée. Il repère les voleurs à la tire dans les rames bondées. Dès qu’il en identifie un, il l’interpelle directement. Il le pourchasse parfois dans les couloirs. Il siffle pour alerter les autres voyageurs. Parfois, il asperge le suspect d’un spray odorant ou de peinture rouge pour le marquer. Récemment, il a franchi un cap supplémentaire. Il glisse discrètement un AirTag dans le sac de ses cibles. Ce traceur GPS d’Apple lui permet de les localiser à distance. Il peut ainsi les suivre à la trace bien au-delà du métro.
Aujourd’hui, Christian compte 530 000 abonnés sur TikTok. Il cumule 13 millions de likes. Ses vidéos accumulent des millions de vues. En France, il s’impose comme le principal représentant d’un phénomène mondial : la chasse aux pickpockets filmée et diffusée en direct sur les réseaux.
Un phénomène mondial qui divise l’opinion
La démarche de Christian ne laisse personne indifférent. D’un côté, ses fans le voient comme un héros. De l’autre, ses détracteurs l’accusent d’être un dangereux justicier.
En réalité, Christian n’a pas inventé ce genre de contenu. En Italie, Simone Ruzzi, ancien boxeur de 50 ans, fait exactement la même chose dans le métro romain. Sa popularité explose sur YouTube. Pourtant, ses actions lui ont coûté cher. Il s’est fait rouer de coups par ceux qu’il traquait. Les médias italiens ont largement diffusé les images. Malgré cela, il continue. À Londres, le compte Pickpocket London applique la même méthode.
Cependant, une différence notable distingue TheKingTV de ses homologues. Christian floute soigneusement les visages de ses cibles dans ses vidéos. Ce choix n’est pas anodin. Il évite ainsi les poursuites judiciaires pour atteinte à la vie privée. Sur ce point précis, la loi est claire. Diffuser le visage d’une personne sans son accord reste une infraction. Même si cette personne commet elle-même un délit. Par ailleurs, les juristes alertent sur les risques. Se faire justice soi-même expose à des sanctions pénales. La provocation, la séquestration ou l’atteinte physique sont punissables par la loi.
Les réseaux sociaux, moteurs d’une justice populaire contre les pickpockets
Derrière le succès de TheKingTV se cache une question profonde. Pourquoi des millions de personnes regardent-elles ces vidéos avec enthousiasme ? La réponse touche un sentiment largement partagé : la frustration face à l’impunité. Les pickpockets sévissent chaque jour dans le métro parisien. Les touristes en sont les premières victimes. Chaque année, quelque 2 000 Américains déclarent leur passeport volé rien qu’à Paris. Les plaintes s’accumulent. Pourtant, les condamnations restent rares. Face à ce sentiment d’abandon, des milliers d’abonnés applaudissent l’action de Christian.
Néanmoins, les experts tirent la sonnette d’alarme. Ces pratiques encouragent la justice populaire, un phénomène dangereux. Confronter un voleur sans formation ni autorité expose à des réactions violentes imprévisibles. Christian lui-même reconnaît la tension permanente de ses sorties. En définitive, TheKingTV incarne une frustration collective bien réelle. Il révèle un vide entre la sécurité attendue et la réalité vécue dans les transports. Ses vidéos interrogent notre rapport à la loi, à la justice et au rôle des citoyens. La caméra filme. Les réseaux diffusent. Et le débat, lui, continue.