Entre la hausse des prix du streaming et l’inflation, partager ses abonnements est devenu une habitude… plutôt sportive. Au cœur de cette tendance, une start-up française fait mouche : Spliiit. La plateforme promet de diviser par deux, trois ou quatre les factures de nos services en ligne. Mais alors que le site revendique des millions d’utilisateurs, un coup de tonnerre juridique vient de fragiliser son modèle. Enquête sur un phénomène en pleine tempête.
Spliiit est une plateforme qui a été lancée en 2019 pour faciliter la mise en relation pour le partage d’abonnements numériques entre particuliers. Fondée en France, Spliiit repose sur une idée simple : optimiser les « places vides » de nos forfaits numériques.
Enjeu : les partages d’abonnements
De la même manière qu’un conducteur propose les sièges libres de sa voiture pour amortir ses frais via l’application BlaBlaCar, un propriétaire d’abonnement multi-comptes (comme une formule « famille » ou « multi-écrans » proposée sur de nombreuses plateformes) peut mettre à disposition les profils qu’il n’utilise pas.
Depuis sa création, Spliiit défend une approche visant à permettre aux utilisateurs d’utiliser pleinement les capacités de leurs abonnements multi-utilisateurs. — Équipe de Spliiit
La plateforme, d’abord reconnue comme établissement de paiement par l’ACPR Banque de France dès 2019, automatise les transactions financières entre deux profils d’utilisateurs. Le propriétaire partage ses accès et reçoit chaque mois une somme calculée proportionnellement. La personne qui s’ajoute à un compte paie sa part, majorée d’une commission pour la plateforme.
Le catalogue, varié et complet, rassemble plus de 200 abonnements partageables. Les abonnements disponibles s’étendent du streaming vidéo et musical (Spotify, Deezer, Netflix,…) aux plateformes d‘e-commerce (Amazon Prime, Cdiscount,…), en passant par la presse en ligne (Le Monde, Libération,…).
La plateforme rattrapée par la justice
Si l’économie permise par Spliiit séduit les consommateurs, elle fait grimacer des gérants de plateformes dont les abonnements y sont proposés. Et pour cause : la plupart des plateformes de SVOD interdisent dans leurs Conditions Générales d’Utilisation (CGU) le partage d’identifiants en dehors du cercle familial. Certaines plateformes, comme Netflix ou Disney+, ont même des systèmes qui rendent impossibles les connexions à partir d’adresses IP différentes de celles d’un appareil « de référence ».
L’entreprise estime également que cette logique contribue à réduire le recours à des pratiques illicites telles que l’IPTV ou le streaming pirate, souvent présentées comme des alternatives face à la hausse du coût des abonnements. — Équipe de Spliiit
Même si ce partage d’abonnement en théorie, c’est légal, certaines plateformes ont pris des mesures pour éviter ce partage (via des clauses dans les CGU notamment) ont attaqué Spliiit en justice. Ce lundi 1er juin 2026, le Tribunal judiciaire de Paris a condamné Spliiit à verser une provision totale de près de 780 000 € de dommages et intérêts à Apple, Netflix et Disney, en plus de l’interdiction de proposer leurs plateformes de streaming dans son catalogue d’abonnement à partager. La somme inclurait environ 50 000 € de frais de justice, 600 000 € de dommages et intérêts pour Netflix, 25 000 € pour Apple et 100 000 € pour Disney. Le tribunal a retenu plusieurs griefs majeurs contre la start-up française, notamment concurrence déloyale et contrefaçon.
Quel avenir pour le co-abonnement ?
Spliiit avait déjà subi la pression du monde sportif : la Ligue de Football Professionnel (LFP) avait déjà obtenu en avril 2026 l’interdiction de partager les abonnements Ligue 1+ sur la plateforme pour une durée de 180 jours en attendant un jugement. On peut donc s’attendre, après cette deuxième victoire judiciaire, à d’autres réactions de la part des plateformes disponibles sur Spliiit. Face à cette condamnation, Spliiit a immédiatement annoncé son intention de faire appel.