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Francis Huster : «Pour le retour de Zodiaque, j’ai vraiment tout sacrifié»

Vingt ans après le succès phénoménal de la saga estivale de TF1, Francis Huster endosse de nouveau le costume de Keller. Entre secrets de tournage, évolution de son jeu et regard acéré sur la nouvelle génération d’acteurs, il se confie sans filtre sur ce grand retour.

Les enfants paieront pour les crimes de leurs parents. 
A Aix-en-Provence, la riche famille Escoffier est ébranlée par une série de meurtres mystérieux qui portent la marque du ZODIAQUE, un tueur en série qui a terrorisé la région il y a vingt ans… et que l’on croyait mort depuis longtemps.

Le choc du retour et le choix du sacrifice

C’était la première fois ces dernières années que vous évoquiez la possibilité de retrouver Keller, ou est-ce un projet de longue date ?

Francis Huster : Non, c’est la première fois. Pour moi, dès l’instant où on avait terminé les deux premières saisons et où Le maître du Zodiaque était soi-disant mort, on s’était dit, avec l’interprète de Keller, que c’était fini. J’étais tellement pris par d’autres séries que je n’avais pas arrêté. Et quand, tout d’un coup, le projet de la troisième saison et du retour, 20 ans après, s’est concrétisé, j’ai vraiment tout sacrifié pour cela. J’ai refusé de jouer dans l’adaptation du Cercle des poètes disparus et j’ai mis de côté tous mes autres projets.

Pourquoi cela vous tenait-il autant à cœur ?

Francis Huster : Parce que je me disais que c’était l’opportunité de proposer une autre facette de ma carrière et de changer totalement de registre.

Est-ce que ce choix a aussi été déterminé par le plaisir que vous avez pris sur la série comique Ici tout commence, au contact d’une jeune génération ? Les deux projets sont-ils liés ?

Francis Huster : Les deux ne sont pas déconnectés, mais ils avancent en parallèle. Pour moi, Ici tout commence, c’était refaire ce que j’ai fait pendant 30 ans au Cours Florent. C’était aussi une façon de faire un pied de nez à ce milieu parfois hypocrite qui, lorsque j’avais 20 ans, considérait la télévision comme une sous-catégorie par rapport au cinéma. À l’époque, nous n’étions que deux ou trois acteurs stars de cinéma à oser faire de la télévision.

Ici tout commence permettait d’ouvrir la voie à une jeune génération. Le fait que des acteurs phares viennent tourner avec eux leur met le pied à l’étrier, exactement comme nous à nos débuts avec Pia, Hirsch, Dux ou Delon. Zodiaque, c’est autre chose. C’est une autre façon de jouer : imposer une présence, un regard, et faire en sorte que tout se passe dans le silence plutôt que dans le bavardage.

L’art de l’acteur : « Le secret, c’est de recevoir au lieu de donner »

En tant qu’ancien professeur, quelle vision défendez-vous du métier d’acteur aujourd’hui ?

Francis Huster : Je disais toujours deux choses à mes élèves. D’abord : « Je n’en ai rien à foutre du personnage, il n’existe pas. C’est un texte, il t’appartient, et c’est toi que je veux voir sur scène, ta personnalité. » C’est de l’incarnation, pas de l’interprétation. Ensuite, je leur répétais qu’à 20, 40 ou 60 ans, il faut savoir s’adapter à son époque. On n’écrit plus aujourd’hui comme il y a 30 ans, et c’est pareil pour le jeu d’acteur. Il ne faut pas commettre l’erreur de 99 % des comédiens qui restent figés tels qu’ils sont. Lorsque les élèves me demandaient comment s’adapter, je leur répondais : « Le secret, c’est qu’il suffit de recevoir au lieu de donner. » Un bon acteur est quelqu’un qui reçoit complètement.

Sur ce précepte, comment avez-vous modulé le personnage de Keller par rapport à votre façon de le jouer il y a 20 ans ?

Francis Huster : Il est désormais absolument ancré dans le présent, alors qu’il y a 20 ans, il était constamment dans le passé et dans l’avenir. C’est un jeu qui est épuisant, vraiment. Dès que la caméra tourne, vous devez vous concentrer à un point inimaginable. C’est comme dans un orchestre. Beaucoup d’acteurs sur le tournage étaient stupéfaits ; comme je les regardais et les écoutais intensément, ils pensaient parfois que je les jugeais. Mais Keller est simplement dans le présent, et il n’y a rien de plus difficile , surtout face à un tueur qui vient du passé.

Une distribution « de stars » et une réalisation moderne

Que pensez-vous du casting qui vous entoure pour ce retour ?

Francis Huster : J’ai eu une chance extraordinaire, la distribution est exceptionnelle à tous les niveaux. On retrouve des figures incroyables comme Marie-Christine Barrault ou Marine Delterme dans des contre-emplois totaux. Quant aux jeunes acteurs, ils sont d’une beauté à tomber par terre.

C’est la grande idée du réalisateur Bruno Garcia, et je lui tire mon chapeau : il est allé à l’inverse de ce que l’on fait depuis dix ans à la télévision, où l’on cherche absolument à mettre des acteurs « normaux », comme ceux que l’on croise dans la rue. Zodiaque, c’est le pur plaisir du divertissement. On veut voir des gens qui ont tout, qui sont richissimes, magnifiques, et c’est précisément dans ce décor sublime que surgissent les monstres.

En quoi la mise en scène de Bruno Garcia diffère-t-elle de celle des grandes sagas de l’époque ?

Francis Huster : La télévision a changé. À l’époque, les réalisateurs étaient tenus de filmer d’une certaine façon et ne s’occupaient pas du montage. Aujourd’hui, un réalisateur comme Bruno Garcia fait son propre montage en filmant. Il se met constamment à la place du spectateur. Si une scène manque d’amplitude, il s’éloigne ; si l’émotion est très forte, il se rapproche pour ne pas en louper un dixième. C’est un miracle pour nous, car cela apporte un rythme fou. La caméra devient presque le Sherlock Holmes de l’histoire.

Entre mystifications et secrets bien gardés

Le public s’enflamme déjà sur les réseaux sociaux pour deviner l’identité du coupable. Pouvez-vous nous donner un indice ?

Francis Huster : J’ai proposé à TF1 de mettre en place un système pour que les gens puissent téléphoner à la fin des épisodes pour donner leur pronostic. Tout le monde pense savoir, mais c’est impossible à deviner. La clé de tout arrive plus tard. Les scénaristes ont construit une véritable mystification. Le plan du sixième épisode, lorsque Keller comprend enfin qui est le Zodiaque, a été l’un des plus difficiles à tourner. Keller est stupéfait, il se dit : « Si j’avais compris ça avant… Cinq morts. » Même moi, à la lecture du scénario, je n’avais pas deviné.

Si le succès est au rendez-vous, une suite est-elle envisageable ? Pourrait-on imaginer Keller basculer du côté obscur ?

Francis Huster : Passer de l’autre côté ? Non, je n’accepterai jamais cela. Cela m’a horriblement choqué quand j’ai vu Hercule Poirot tuer quelqu’un dans ses derniers épisodes, je ne peux pas l’accepter.

En revanche, si le succès est celui qu’on espère, il y aura une saison 4 en Corse, qui serait tournée très vite, dès l’année prochaine, en 2027. C’est une décision que TF1 prendra le 3 juillet prochain. En tout cas, pour moi, le résultat est le polar parfait.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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