Il y a quinze ans, les corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants étaient découverts sous la terrasse de leur maison nantaise. Depuis, Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable. Et l’affaire, elle, ne cesse de rebondir. Le dernier épisode en date est particulièrement rocambolesque. Un homme se présentant comme un prêtre a piégé l’émission Appel à témoins, en direct sur M6. Il a prétendu avoir recueilli les aveux du suspect en 2022. La chaîne a diffusé ses déclarations. Résultat : un nouveau scandale médiatique.
Un faux prêtre à l’antenne
Mardi 3 juin 2026, vers 23h00, un homme se présente à l’antenne de l’émission de Julien Courbet. Il se fait appeler « père Marc ». Il affirme qu’en 2022, Xavier Dupont de Ligonnès lui aurait confessé les cinq meurtres. Le témoignage est explosif. L’équipe diffuse les propos en direct, sans vérification préalable. Pourtant, le démenti tombe dès le lendemain matin. L’évêque de Carcassonne, Mgr Valentin, publie un courrier. Il déclare ne jamais avoir été contacté par ce prétendu témoin et met en doute sa qualité sacerdotale. M6 réagit rapidement. La chaîne présente ses excuses « sans réserve » à l’évêque et reconnaît un faux témoignage.
Courbet assume, mais le mal est fait
Face aux critiques, Julien Courbet ne se défausse pas. Dans son émission Ça peut vous arriver, il prend la parole : « J’assume. » Il reconnaît qu’Appel à témoins fonctionne sur la base de témoignages téléphoniques spontanés. Ce format comporte, selon lui, un risque inhérent : celui de se faire piéger. « Hier, on l’a pris et ça nous est revenu dans la gueule », lâche-t-il sans détour. Ce mea culpa public ne clôt pourtant pas l’affaire. Car l’imposteur, lui, va encore plus loin. En coulisses, il affirme aux équipes être Xavier Dupont de Ligonnès en personne et souhaiter se rendre. Compte tenu du précédent immédiat, personne ne le croit. Ses déclarations ne sont pas prises au sérieux. L’homme disparaît aussi vite qu’il est apparu.
Un précédent retentissant sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès : l’erreur de Glasgow
Ce nouvel épisode n’est pas le premier du genre. En octobre 2019, toute la presse française annonçait en grande pompe l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès à l’aéroport de Glasgow. Le Parisien sort l’information avec un bandeau « Exclusif ». Les chaînes d’info s’emballent. Le fugitif le plus recherché de France est enfin localisé.

Sauf que la réalité rattrape rapidement cette annonce spectaculaire. Dès le lendemain, les analyses ADN confirment l’erreur. L’homme arrêté s’appelle Guy Joao. Retraité de chez Renault et domicilié à Limay, il rejoignait simplement son épouse écossaise lorsqu’il est interpellé. Très vite, les incohérences s’accumulent : les empreintes digitales ne correspondent qu’à cinq points sur treize, l’écart des yeux diffère et l’âge ne concorde pas non plus. Malgré cette erreur retentissante, la police française ne présente jamais d’excuses officielles à Guy Joao. L’homme meurt en mai 2021, à l’âge de 71 ans, sans avoir obtenu cette réhabilitation publique. Une fin tragique pour un homme ordinaire, broyé par une erreur d’identification devenue collective.
À travers ces deux épisodes, l’affaire Dupont de Ligonnès révèle quelque chose de plus profond. Depuis quinze ans, cette disparition fascine la France entière. Elle nourrit les fantasmes, alimente les théories et encourage même les impostures. Surtout, elle pousse parfois certains médias à brûler les étapes, à diffuser des informations sans les vérifier pleinement et à privilégier le scoop au détriment de la rigueur journalistique. Xavier Dupont de Ligonnès demeure introuvable. Aucune piste sérieuse n’a permis de le retrouver. Pourtant, à chaque nouveau rebondissement, la même question ressurgit : jusqu’où l’emballement médiatique peut-il aller avant que des innocents n’en paient le prix ?