L’utilisation du chlordécone, un insecticide répandu dans les bananeraies des Antilles françaises entre les années 1970 et 1990, constitue l’un des plus grands scandales sanitaires en France. Revenons sur cette affaire qui a profondément marqué la Guadeloupe et la Martinique.
Le chlordécone, c’est quoi ?
Le chlordécone est un pesticide organochloré (contenant du chlore dans sa composition). Il a été utilisé dans les bananeraies des Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe) de 1972 à 1993. Son objectif principal était de lutter contre le charançon du bananier, un insecte ravageur des cultures.
Ce produit a aussi été utilisé sur d’autres types de cultures. Il a été interdit en France en 1990. Cependant, il faut attendre le 30 septembre 1993 pour qu’il soit officiellement interdit dans les Antilles françaises. Cet insecticide est connu pour sa forte toxicité pour l’être humain.
Selon l’Assurance Maladie, « On estime à 300 tonnes de substance active la quantité employée et épandue aux Antilles sur les parcelles de bananiers. »
Ce pesticide a été inventé dans les années 1950. Dès le début des années 1960, le scientifique Huber démontre sa toxicité chez la souris de laboratoire. Il met aussi en évidence des effets reprotoxiques (pouvant altérer la fertilité et le développement de l’enfant) chez la souris et la poule.
Pourtant, malgré ces alertes, le chlordécone continue d’être commercialisé et utilisé. Par conséquent, des ouvriers d’usine s’intoxiquent, tandis que la production contamine l’eau, les sols, ainsi que la faune et la flore environnantes. Ensuite, après une étude de l’OMS, les États-Unis décident d’interdire le produit.
L’impact du chlordécone
Au début des années 2000, des analyses révèlent la contamination de l’eau embouteillée en Guadeloupe. Par ailleurs, plusieurs aliments sont également touchés, notamment les bananes, qui sont parfois détruites en raison de la présence du pesticide.
Selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), « Des études toxicologiques sur modèle animal et des études épidémiologiques ont pu montrer des effets néfastes sur le système nerveux, la reproduction, le système hormonal et le fonctionnement de certains organes (foie, rein, cœur, etc.). En 2021, l’Anses a conclu à une probable relation causale entre le cancer de la prostate et l’exposition aux pesticides en général, et au chlordécone en particulier. »
Utilisé pendant plus de vingt ans, le chlordécone a contaminé durablement les sols, les eaux, les rivières, le milieu marin, les animaux et de nombreuses denrées végétales.
Selon l’Anses, « Le chlordécone n’est pas détecté dans l’air. La voie alimentaire demeure donc à ce jour la principale voie d’exposition pour les populations guadeloupéennes et martiniquaises. »
De plus, d’après l’Assurance Maladie, « la chlordécone parvient à traverser la barrière placentaire. L’exposition à la chlordécone, perturbateur endocrinien, comporte des risques pour la grossesse et le neurodéveloppement de l’enfant (Étude TIMOUN). Ce pesticide augmente le risque de prématurité. Plus la teneur en chlordécone dans le sang est élevée, plus la durée de la grossesse diminue et plus le risque d’un accouchement prématuré augmente. »
« Dans la population générale, le chlordécone a été détecté chez plus de 90 % des individus dans le cadre de l’étude Kannari mise en œuvre par l’Anses et Santé publique France en 2013-2014. »
Le chlordécone et la crise politique
En février 2021, le gouvernement français publie le plan stratégique de lutte contre la pollution au chlordécone pour la période 2021-2027. Ce plan prévoit plusieurs mesures : un meilleur dépistage et suivi sanitaire des populations exposées, le développement de recherches scientifiques, la surveillance des denrées alimentaires, l’accompagnement des agriculteurs et pêcheurs dans les zones contaminées, la promotion d’une alimentation locale « zéro chlordécone », ainsi qu’une meilleure information du public sur les risques.
Dans les deux territoires, de nombreux habitants considèrent encore aujourd’hui le chlordécone comme un scandale d’État. Ils dénoncent le maintien de l’autorisation du pesticide malgré les alertes scientifiques. Ils critiquent aussi la lenteur des réponses publiques et expriment un fort sentiment d’injustice et d’abandon. Enfin, ils soulignent une pollution durable qui continue d’affecter la santé et l’alimentation.
Enfin, certains chercheurs et militants parlent même d’« écocide colonial » ou d’un empoisonnement durable.