Il y a presque 50 ans, le 28 juillet 1976, Christian Ranucci, condamné pour l’enlèvement et le meurtre de Marie-Dolorès Rambla, était guillotiné. Retour sur cette affaire majeure qui a marqué les esprits.
Qui était Christian Ranucci ?
Né le 6 août 1954 à Avignon, Christian Ranucci grandit avec sa mère après le divorce de ses parents. Dans les années 1970, il travaille comme représentant de commerce. Il est décrit comme timide, réservé et sans violence connue. Avant l’affaire du pull-over rouge, le condamné ne présentait aucun antécédent judiciaire.
Il est guillotiné le 28 juillet 1976, soit un peu plus d’une semaine avant ses 22 ans.
La disparition de Marie-Dolorès Rambla
Le 3 juin 1974, vers 11h du matin, Marie-Dolorès Rambla, une fille de huit ans, est enlevée devant sa résidence Sainte-Agnès, dans le quartier des Chartreux à Marseille, alors qu’elle jouait avec son petit frère Jean-Baptiste, âgé de 6 ans.
Alors que les deux enfants s’amusent, ils sont approchés par un homme décrit comme un jeune homme avec une voiture grise qui pourrait être une Simca. Il explique aux enfants avoir perdu son chien noir. Jean-Baptiste part alors à sa recherche après la demande de cet homme, tandis que Marie-Dolorès reste près de lui et de la voiture pour chercher l’animal.
En revenant là où sa sœur était, le petit remarque que sa sœur, l’homme et la voiture ne sont plus là. Après avoir alerté ses parents, ils partent à la recherche de leur fille et interrogent le voisinage. La police est prévenue de la disparition en début d’après-midi, vers 13h.
L’accident de voiture
Le jour de l’enlèvement, aux alentours de midi, Christian Ranucci a un accident de voiture après avoir grillé un stop. Il entre en collision avec un couple à une vingtaine de kilomètres de Marseille. Il prend alors la fuite. Vincent Martinez, propriétaire de la voiture endommagée, demande à la voiture qui le suivait de poursuivre le conducteur ayant pris la fuite. Après avoir repéré la voiture immobilisée sur la commune de Peypin, il note la plaque d’immatriculation, la gendarmerie identifie la voiture comme celle de Christian Ranucci.
La champignonnière
Vers 17h, Christian Ranucci demande de l’aide à du voisinage pour dégager sa voiture coincée dans une galerie de la champignonnière. Après avoir sorti la voiture, il reprend la route vers 18h en direction de Nice. L’un des membres du voisinage l’ayant aidé signale plus tard l’accident à la gendarmerie.
La découverte du corps
Une alerte enlèvement est diffusée dans tous les médias le soir de la disparition de Marie-Dolorès Rambla.
Le 5 juin 1974, des battues sont mises en place après deux procès-verbaux qui indiquent qu’un homme aurait été vu s’enfuir en tirant un paquet assez volumineux et un autre indique qu’un homme s’est enfui dans les bois avec un enfant.
Les gendarmes utilisent un chien de recherche. Avant l’arrivée du chien, un pull-over rouge est retrouvé dans la galerie. Peu avant 16h, le corps d’une fille est retrouvé. Il sera par la suite identifié comme celui Marie-Dolorès Rambla. La victime a reçu des coups de pierres et une dizaine de coups de couteau au niveau de la gorge, du dos et des mains. Les forces de l’ordre sont envoyées pour arrêter le suspect.
De son arrestation à son exécution
Lorsque sa voiture est saisie, plusieurs pièces à conviction sont découvertes : un pantalon taché de sang qu’il reconnaîtra plus tard avoir porté le jour du crime, un couteau de marque Opinel, quatre lanières de cuir et deux cheveux, dont un clair et bouclé.
Christian Ranucci reconnaît l’accident et le délit de fuite. Le lendemain à midi, il est confronté à Jean-Baptiste et à Eugène Spinelli, garagiste et témoin présumé de l’enlèvement, ceux-ci ne le reconnaissent pas.
Plus tard, le suspect reconnaît les faits et indique en détail le déroulement des faits, il dessine aux policiers un plan des lieux de l’enlèvement. Il explique aux policiers s’être servi d’un couteau pour tuer la fillette, et s’en être ensuite débarrassé à la champignonnière. Un couteau ensanglanté du même groupe que celui de la victime sera découvert dans la soirée. Il est alors inculpé pour enlèvement de mineur de quinze ans suivis de mort et d’homicide volontaire. Il réitère ses aveux devant les juges d’instruction et devant les psychiatres.
Le 24 juin 1974, une reconstitution est organisée. Ranucci n’est pas autorisé à descendre du fourgon et ne peut donc pas reconstituer l’enlèvement. Le suspect a la capacité de reconnaître les lieux, du meurtre et là où le couteau était caché.
Le 27 décembre 1974, il se rétracte officiellement, affirmant ne pas se souvenir d’avoir enlevé ni tué Marie-Dolorès Rambla.
Le 9 mars 1976 s’ouvre le procès de Christian Ranucci. Le 10 mars 1976, il est déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés.
Le 26 juillet 1976, Giscard d’Estaing rejette la demande de grâce.
Le 28 juillet 1976, Christian Ranucci est guillotiné.
Une affaire controversée
Deux jours avant le meurtre de Marie-Dolorès, deux fillettes sont abordées devant chez elles à Marseille par un homme inconnu. Ce dernier porte un pull-over rouge selon les descriptions et l’homme tente de les attirer avec les mêmes méthodes que pour Marie-Dolorès.
Le pull-over rouge retrouvé dans la champignonnière n’est pas utilisé comme une piste pour trouver le coupable. Le pull-over est indiqué comme trop grand pour Ranucci, qui indique, comme ses proches, ne jamais porter de rouge.
La façon dont l’enquête a été menée n’est pas au goût de tout le monde, certains considèrent que les conditions de détentions ont poussé Ranucci a avoué un meurtre non commis. Un autre point qui pousse à la controverse est la déclaration des époux Aubert qui indique avoir vu l’accusé partir avec un enfant. Leurs déclarations ont évolué au cours de l’enquête, ce qui questionne sur la véracité des propos. Deux autres points qui créent une forme de polémique (outre le pull-over rouge) sont la description du ravisseur, ainsi que les techniques scientifiques de l’époque.
Après l’affaire
En 1978, le livre Le Pull-over rouge est publié par Gilles Perrault, soit deux ans après l’exécution de Ranucci. Il s’agit d’une contre-enquête journalistique. Perrault a étudié le dossier judiciaire, les procès-verbaux, les témoignages et les expertises pour défendre une thèse : la justice s’est trompée.
Un an après le livre, le réalisateur Michel Drach en réalise une adaptation cinématographique. Le scénario est coécrit avec Gilles Perrault, auteur du livre sur l’affaire.
Dans la famille Rambla, l’affaire a laissé une trace importante. Une trace qui a directement impacté Jean-Baptiste, petit frère et témoin de l’enlèvement de sa sœur. Plus de trente ans après, il devient à son tour un meurtrier. On parle alors d’une « malédiction des Rambla ».