Le 7 juillet, un petit déjeuner organisé par L’Hémicycle a réuni à l’Assemblée nationale le ministre de l’Industrie, des industriels et des experts autour d’une question qui nous concerne tous : les matières premières stratégiques. Derrière ce nom un peu technique se cache un enjeu très concret pour nos téléphones, nos voitures et notre avenir. On vous explique.
Les matières premières stratégiques, c’est quoi ?
Lithium, nickel, cobalt, cuivre, terres rares. Ces noms ne vous disent peut-être pas grand-chose, et pourtant ces métaux sont partout dans votre quotidien. On les appelle « stratégiques » parce qu’ils sont indispensables à notre économie et à notre indépendance, mais difficiles à obtenir. Sans eux, pas de batteries, pas d’écrans, pas d’éoliennes, pas de panneaux solaires. Bref, pas de transition énergétique ni de vie numérique.
On les trouve où ? Dans votre poche, déjà
Christel Bories, présidente d’Eramet, l’un des grands groupes miniers français, l’a résumé simplement lors de cet échange : ces métaux commencent dans votre réfrigérateur, votre machine à laver, votre voiture. On les retrouve dans les semi-conducteurs, ces puces électroniques qui font fonctionner nos téléphones et nos ordinateurs, mais aussi dans une batterie, un datacenter, une éolienne, et même un missile. Votre smartphone, à lui seul, contient plusieurs dizaines de métaux différents. Autant dire que sans eux, votre téléphone n’existerait pas.
La France est-elle dépendante ?
C’est là que ça se complique. Ces métaux sont produits par un très petit nombre de pays, et ces producteurs ne se trouvent ni en France ni en Europe. Résultat : nous dépendons de puissances étrangères pour des ressources dont nous ne pouvons pas nous passer. Un pays domine largement le jeu : la Chine, qui contrôle une grande partie de l’extraction et surtout du raffinage des métaux critiques et des terres rares.
Dépendre des autres, qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?
Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a été très clair : cette question n’est plus seulement commerciale, elle est devenue diplomatique. La Chine utilise ce qu’on appelle des « licences d’exportation ». Du jour au lendemain, elle peut dire à n’importe quel producteur de terres rares ou de métaux critiques : vous n’exportez plus. Autrement dit, nos approvisionnements peuvent servir de moyen de pression dans un bras de fer entre puissances. Raphaël Rey, président de l’A3M, l’alliance des industriels des minerais et métaux, confirme : ce bras de fer entre la Chine et l’Europe est bien réel, et le G7 réuni récemment à Évian a montré la volonté collective de créer un contrepoids face aux pays dominants sur ces thématiques.
Alors, risque-t-on vraiment une pénurie de smartphones ?
Une pénurie totale demain matin, non. Mais des tensions, des hausses de prix et des blocages ponctuels, oui, c’est déjà arrivé et cela peut se reproduire. Si un grand producteur ferme le robinet, ce sont des usines entières, automobiles ou électroniques, qui peuvent tourner au ralenti, et des produits qui deviennent plus rares ou plus chers en magasin. C’est exactement pour cela que le sujet est désormais discuté au plus haut niveau, jusqu’à l’Assemblée nationale.
La bonne nouvelle : la France a des cartes à jouer
Face à ces dépendances, la France ne reste pas les bras croisés. Elle noue des partenariats avec des pays du monde entier pour diversifier ses fournisseurs et ne plus dépendre d’un seul. Et elle peut aussi s’appuyer sur ses champions nationaux, comme Eramet, l’un des rares groupes miniers présents sur trois continents. Un atout de taille pour notre souveraineté et pour réussir la transition énergétique. La partie n’est pas gagnée d’avance, mais la France a clairement des cartes en main.