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Avant Moloch (Arte), il y avait … Chefs (France 2)

Alors que Arte s’apprête à lancer sa nouvelle série Moloch, l’équipe en charge de cette fiction avait signé Chefs avec Clovis Cornillac sur France 2. Retour sur la saison 1.

C’est quoi Chefs ? Le Chef, monstre sacré de la cuisine française, réserve chaque année une place dans sa brigade à un jeune délinquant en probation. L’arrivée de Romain au restaurant Le Paris précipite le destin d’une brigade en pleine tourmente. Trahisons, intrigues, luttes fratricides, amours contrariées, rien ne sera épargné au Chef.

Qu’on aime ou pas Chefs, c’est une série différente de tout ce qui se fait sur les grandes chaînes habituellement. Différente car, et c’est rare, c’est une série qui a une vraie identité visuelle et qui ne ressemble à aucune autre. Et c’est précisément cette identité visuelle qui nous a fait « basculé » du côté de ceux qui aiment la série.

Un casting et une réalisation 3 étoiles

Outre son scénario mais on y reviendra, la grande force de Chefs réside dans son casting de haute volée. Un sans faute ? Oui sans aucun doute. Pour le reste, c’est réellement impressionnant de voir regroupés dans une même série pour la télévision française autant de comédiens de qualité avec une telle notoriété dépassant les frontières du petit écran, preuve s’il en fallait encore que la télévision française était à cette époque en train d’évoluer. En tête, un Clovis Cornillac royal campant un Chef incroyable, tout en nuances, et dépourvu de nom par ailleurs: « Rien que ça, j’aime beaucoup. Parce que c’est typique de la modernité d’une écriture : le fait de créer des figures, d’en faire non pas des caricatures mais des archétypes très forts. Il y a dans ce personnage-là une nature presque héroïque, pas au sens de super héros, mais de personnage emblématique. » A ses côtés, Anne Charier charismatique au possible, Robin Rennucci grandit au fil des épisodes dans ce rôle de mécène mystérieux, ou encore Annie Cordy, trop rare  mais si attachante. La « jeune génération » de comédiens n’a pas à rougir, loin de là. A commencer par le second héros de cette histoire, Hugo Becker campe un Romain capable de tenir tête au Chef sans broncher, même si ce rôle n’est sans doute pas le plus « innovant » du monde: « Romain n’est pas de ces personnages dont on cerne la personnalité en deux scènes. À mesure qu’on en apprend sur son passé, ses origines, on comprend mieux ses réactions et son comportement. Dès la lecture du scénario, je me suis dit que ce n’est pas forcément un personnage qu’on adore d’emblée : il faut apprendre à l’aimer pour s’identifier à lui au fil des épisodes. Ce rôle était plaisant à jouer parce que, chez lui, tout se passe à l’intérieur ; ça bouillonne de plus en plus… jusqu’à l’explosion. »

Dans une fiction française où l’on a souvent la sensation que toutes les séries se ressemblent visuellement, ils sont rares ceux qui peuvent offrir une identité à leur programme, une identité propre et non une identité de chaîne. Il y a Hervé Hadmar (allié à Marc Herpoux pour l’écriture) réalisant des séries comme Pigalle la nuit, Les témoins ou Romance. Incontestablement, il y a aussi Arnaud Malherbe, par ailleurs aussi scénariste de la série. Le parallèle avec le duo Hadmar-Herpoux fait d’ailleurs sens car Arnaud Malherbe et Marion Festraëts travaillent finalement presque de la même façon: écriture à deux et réalisation assurée par l’un des deux auteurs et qui permet de maintenir une cohérence d’ensemble sur le projet.

Dans Chefs, des choix sont faits, la série baigne dans une atmosphère « hors du temps » qui nous fait nous demander si l’on ne serait dans un rêve et, en même temps, le réalisme d’une brigade de cuisine est parfaitement retranscrit à l’écran: « Je voulais créer un univers à la fois chic, soigné, avec de l’ampleur, mais qui soit en même temps heurté, sale, palpitant, crédible. Cette ambition schizophrène est à mon sens la meilleure façon de traiter ce monde, lui-même schizophrène, qui mêle l’art et la guerre, la passion et la souffrance, le luxe en surface et la sueur, le feu dans ses entrailles. Je voulais mêler une forme de réalisme – on croit à la cuisine, aux protagonistes, aux actes, aux gestes – à une approche plus poétique, décalée, parfois à la limite du fantastique dans le traitement de certaines émotions ou sensations. Créer une image « de rêve » ou d’« évocation gustative » à l’intérieur d’une scène « normale » me permettait de raconter plus facilement le monde « sensible » dans lequel évoluent les personnages. Ils sont au combat, mais ils créent, ils sont émus, ils cherchent des goûts, des combinaisons de saveurs… Et parfois tout s’emmêle – le rêve, le réel et la fiction. »

Un scénario bien construit mais parfois un peu trop touffu

Même bien réalisée, une série n’est rien si le scénario ne suit pas. D’où l’importance de repositionner les auteurs au cœur du dispositif. Nulle crante ici puisque auteurs et réalisateur se mêlent.
Dès le début, on rentre dans l’univers voulu pour la série et on y est bien. Mais on peine parfois à comprendre où les auteurs veulent en venir. La faute sans doute à une trop grande profusion de personnages à qui l’on donne ses propres histoires. Il y a beaucoup de matière dans cette saison. Sans doute trop eu égard au nombre d’épisodes finalement assez limité (6). Il aurait sans doute fallu faire des choix, attendre une saison 2 pour développer certaines arches (comme par exemple le personnage de Charlène et son addiction). Comme souvent dans des séries françaises, et comme on l’a souvent signalé ici, à vouloir tout faire rentrer en une saison comme si il n’y avait pas de suite derrière, c’est parfois un peu indigeste, la progression des personnages étant parfois très (trop) rapide. De même, certains choix paraissent parfois un peu gratuit (on ne les dévoilera pas ici pour ne pas spoiler mais ça concerne le personnage fournissant les truffes au Chef). En revanche, les petites touches d’humour noir ici et là sont délicieuses.

Très malin aussi que d’inclure à la narration les codes des émissions culinaires de télé-réalité. Qui a déjà vu Top Chef ou Masterchef est donc déjà tombé sur l’épreuve des duels ou le passage obligé chez le maraîcher réputé (dans la vraie vie c’est Asafumi Yamashita, mais la série a créé le sien et ça marche très bien, le personnage étant la pierre angulaire de la relance du restaurant).

LA grande force de l’écriture de cette série est d’avoir parfaitement caractérisé ses personnages, à commencer par le Chef auquel on s’attache d’entrée de jeu. Certes grâce au talent indéniable de Clovis Cornillac mais aussi par l’écriture qui a su caractériser au mieux cette galerie de personnages haut en couleurs.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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