Émettre un jugement sur Battlefield V à sa sortie est une tâche compliquée. En effet, EA et Dice envisagent la release comme une première étape dans la vie d’un titre qui est amené à durer plusieurs mois, et à accrocher les joueurs afin qu’ils n’aillent pas voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Le mode Battle Royale, par exemple, n’arrivera qu’en mars prochain. Il faut donc garder à l’esprit que la qualité globale du jeu peut varier en fonction des ajouts et ajustements que DICE va effectuer dans les prochains mois. Après les déboires de Battlefront 2, EA semble avoir appris de ses erreurs et propose un modèle économique radicalement différent. Ici, pas de lootbox, pas de season pass, pas de micro-transaction d’aucune sorte : le contenu à venir sera gratuit, et disponible pour tous.

Donc, comme pour la plupart des jeux services, nous allons nous intéresser à l’état du jeu à son lancement. Battlefield V soigne son entrée sur le marché, le jeu prend position sur les très solides bases établies par Battlefield 1 en 2016, tout en n’oubliant pas d’instiller de nombreuses nouveautés, pour la plupart bienvenues. La plupart des modes de jeux disponibles (des histoires de guerre solo, au mode conquête) est une resucée de ce que nous avait offert Battlefield 1, le tout suffisamment amélioré pour que l’on sente une réelle amélioration de la formule plutôt qu’un paresseux copier / coller.

Hello World War 2, my old friend

Le jeu prend place dans un cadre déjà vu et revu, exploité et surexploité : celui de la Second Guerre mondiale. Si les FPS AAA avaient abandonné ce cadre depuis quelques années (jusqu’au retour de Call of Duty l’an dernier), les années 2000 ont vu le second conflit mondial être abordé des dizaines de fois. La saga Battlefield s’y était elle-même déjà engagée avec l’opus 1942, sorti il y a 16 ans.

Cependant, si le cadre a déjà été vu et revu, il a rarement été aussi beau. Le moteur Frostbite 3 de DICE fait ici des merveilles, comme c’était déjà le cas sur Battlefield 1. Splendides panoramas, explosions bluffantes, destructions de bâtiments crédibles, la sensation de vivre le conflit est très forte, le tout saupoudré de cette sensation de danger permanent, si chère à la saga.

Le jeu propose, au lancement, 8 cartes prenant pour cadre des environnements très différents : Europe du Nord, Maghreb, Arras, elles sont toutes un régal visuel et suffisamment travaillées pour que l’on ne s’y ennuie pas. Les véhicules sont évidemment de la partie, mais les avions restent toujours aussi périlleux à maîtriser, et les batailles navales sont pour l’instant absentes.

Battlefield V

Ouais bah c’est la guerre quoi

Solo : A DICE Story

Contrairement à la concurrence de l’année, incarnée par Call of Duty Black Ops IIII, Battlefield V dispose d’un mode solo, et l’a fait savoir durant les campagnes de communication pré-lancement. Les récits de guerre, déjà présents dans Battlefield 1, ont représenté une originalité chez DICE. Plutôt habitué à tenter de concurrencer Call of Duty sur son terrain de campagne scénarisée, le développeur a prévu en 2016 un modèle légèrement différent. Ici, on a à faire à de courtes histoires, où l’on suit un soldat et / ou son unité durant une partie d’une campagne, pour une durée d’une à trois heures. Les histoires n’ayant pas de lien entre elles, cette astuce permet de visiter un grand nombre lieux et situations, donnant une sensation vraiment « globale » à cette guerre mondiale.

Toutefois, on ne peut que regretter que les récits de guerre de Battlefield V, tout comme ceux de Battlefield 1, manquent d’originalité et soient très inégaux, en plus de ne pas utiliser ce qui fait le sel de la série : les batailles à grande échelle. Passée la frustration du classique couloir scripté, on se rend compte que si certaines histoires sont plutôt bien fichues (Tirailleurs) d’autres sont franchement ratées, et une fois bouclées (en 7 heures environ), on ne verra ce solo que comme un vague tutoriel permettant d’envisager les spécificités du multijoueur. On se demande si sur ce point, ce n’est pas Activision qui a eu raison, en supprimant purement et simplement le mode solo de son Black Ops IIII.

Battlefield V

La campagne « Tirailleurs » présente des moments intenses

“if it ain’t broke, don’t fix it”

Les qualités et le succès de Battlefield V se mesurent sur un tout autre aspect, qui est le cœur de la proposition de DICE : le multijoueur. Rien de révolutionnaire par rapport à Battlefield 1, qui avait posé de solides fondations sur lesquels il est simple de se reposer.

Ce dernier souffrait cependant d’un mode de progression peu intéressant et d’une personnalisation quasi inexistante entre les différentes classes proposées par le titre. Rectifiant le tir, DICE propose dorénavant une personnalisation totale de chacun de ses personnages (par classe et par armée). A peu près tout ce que l’on fait nous donne de l’expérience permettant de débloquer toujours plus de cosmétique et d’objets. C’est souvent très long et fastidieux, Battlefield oblige, mais c’est totalement gratuit et probablement suffisamment engageant pour le joueur afin de faire durer le titre. On retrouve les quatre classes déjà présentes dans le précédent opus, qui se subdivisent chacune en deux catégories (par exemple la classe assaut peut se spécialiser dans l’attaque de véhicule blindée). Chaque classe a ainsi subi son lot de modifications et ajustements (la réanimation du médecin n’est plus instantanée, les soutiens servent enfin à quelque chose, etc.). Egalement, le jeu met l’accent sur la coopération, jouer en escouade à cinq apporte de réels avantages, telle que la possibilité de réanimer un équipier même si l’on n’est pas médecin.

Battlefield V

La plus belle représentation d’Arras dans un jeu vidéo?

Le gameplay n’a quant à lui pas vraiment évolué depuis Battlefield 1. Cela n’est pas un mal tant les sensations de fluidité et de maîtrise sont présentes. Sur ce point DICE fait un sans faute.

Concernant les modes de jeux, une fois encore, le savoir-faire de DICE fait mouche. On retrouve tous les classiques : matchs à mort, domination, conquête, frontline (introduits dans les DLC de Battlefield 1), Opérations (où la bataille est divisée en manches, dont les résultats influent sur la suivante) et le tout nouveau Breakthrough, plus stratégique, où il convient de prendre des points de manière coordonnées. Le mode Battle Royale, appelé Firestorm, arrivera quant à lui en mars prochain et devrait être légèrement différent de la concurrence (de par le nombre de joueurs, 64 et non 100 comme c’est le cas chez Epic ou Activision).

 

En conclusion, Battlefield V est un excellent FPS multi qui reprend et magnifie les excellentes bases posées par l’opus One, sorti il y a deux ans. Si Battlefield 1 vous a plu, il n’y a aucune raison que ce titre n’attire pas votre attention. Egalement, si vous cherchez un FPS plus tactique et intense que Call of Duty, vous devriez vraiment jeter un coup d’œil à ce Battlefield V, véritable réussite.