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Better Call Saul : le succès aigre-doux

Le 6 Avril 2015 s’est achevée aux Etats-Unis la première saison de Better Call Saul, très attendu spin-off de Breaking Bad. Alors que ce dernier avait été un succès incontestable, parfois même classé aux côtés des sacro-saints The Wire et The Sopranos, son spin-off recueille des critiques plus mitigées. Une franche réussite pour certains, d’un ennui mortel pour d’autres, Better Call Saul ne pouvait laisser personne indifférent.

Départ fulgurant

L’aventure de Better Call Saul commence en Avril 2013 avant même la fin de Breaking Bad, alors que la communauté de fans s’apprête à vivre un deuil difficile : leurs héros vont tirer leur révérence au terme de la cinquième saison. C’est dans ce climat quasi hystérique qu’est annoncée l’élaboration d’un spin-off basé sur Saul Goodman (rôle tenu par Bob Odenkirk dans les deux séries), l’avocat véreux de Walter White, connu pour ses spots T.V. « Better Call Saul ! ». Le 8 février 2015, le premier épisode est diffusé sur AMC et pulvérise les records d’audience des chaînes câblées pour un épisode pilote : plus de six millions de téléspectateurs sont réunis pour découvrir ce que leur ont réservé Vince Gilligan et Peter Gould.

Après une courte introduction où l’on découvre un Saul vieilli et paranoïaque, planqué dans un boulot de serveur (on comprendra que cette scène, pourtant en noir et blanc, se passe après Breaking Bad), l’on revient très vite aux origines du personnage. Au placard « Saul », c’est l’histoire de Jimmy Mc Gill, véritable identité de l’avocat à la faconde redoutable, qui est mise en scène. Écarté du cabinet que dirigeait son frère, avocat intègre, connu et respecté, atteint d’une pathologie rare, Jimmy tente de sortir la tête de l’eau, de trouver des clients et de quitter le salon de manucure dont le débarras lui sert à la fois d’appartement et de cabinet.

Jimmy McGill / Bob Odenkirk (Photo par Ursula Coyote/AMC)

Jimmy McGill / Bob Odenkirk (Photo par Ursula Coyote/AMC)

A.D.N. commun

Le style de réalisation qu’affectionnent les créateurs de la série, qui s’est mis en place plus lentement dans le show original, est cette fois-ci présent dès le premier épisode (dirigé par Vince Gilligan lui-même). La caméra prend son temps, elle nous invite, presque pudique, à être les témoins de la vie des personnages, leurs dérives et leurs mauvais choix. On pourrait lui reprocher ses lenteurs, on pourrait lui reprocher de laisser trop de place aux silences et à l’interprétation des téléspectateurs, mais on sait que l’intrigue est au long cours : son fil rouge, c’est la transformation – thème déjà central dans Breaking Bad – de « Slipping Jimmy » en Saul Goodman, du petit criminel devenu avocat en avocat des grands criminels.

Les téléspectateurs le découvrent donc sous un nouveau jour. Alors que Walter White a connu une mutation lente mais inéluctable, Jimmy oscille constamment entre le petit arnaqueur qu’il était et l’avocat intègre à la réussite brillante qu’il voudrait être, à l’image de son frère aîné. Parfois, le naturel l’emporte : la saison commence, par exemple, par l’élaboration d’une arnaque à l’accident de voiture, mise en scène rythmée où Jimmy est à la manœuvre et qui finira mal. C’est aussi grâce à un ingénieux stratagème, ruse acrobatique assistée d’un complice et d’un panneau publicitaire, qu’il se fera connaître. Pourtant, lorsque son business commencera à fleurir, il s’empressera de renoncer aux arnaques – laissera même filer plus d’un million de dollars en petites coupures – et se réfugiera dans la rédaction d’actes testamentaires pour les résidents négligés d’une maison de retraite.

Jimmy, Tuco, Nacho & Gonzo (Photo de Lewis Jacobs/AMC)

Jimmy, Tuco, Nacho & Gonzo (Photo de Lewis Jacobs/AMC)

Lourd héritage

C’est bien la notoriété de Better Call Saul qui est son plus lourd handicap : descendre d’un show si populaire ne peut que compliquer la donne. Souffrant nécessairement de la comparaison, la série doit calmer les frustrations des fans pour qui l’annonce d’un spin-off était la promesse de voir arriver à l’écran une sixième saison de Breaking Bad. Car dans le cadre, tout y est presque en place : les paysages désertiques d’Albuquerque, la désespérance sociale d’une partie de sa population, travailleurs acharnés dont Jimmy fait partie, qui se détourneront du droit chemin, et puis la criminalité auprès de laquelle Saul Goodman trouvera naissance. On y croisera même Mike Erhmantraut en gardien de parking peu recommandable, Tuco ressuscité, plus terrifiant encore que dans la série originale, et même si l’on nous promet à demi-mots l’apparition prochaine des personnages principaux, Walter et Jesse, Better Call Saul a bien la prétention d’être un show à part entière.

Et c’est tant mieux. Ascendance oblige, la saison 2 a été commandée avant même que la première ne soit diffusée, le public, quant à lui, s’est tenu au rendez-vous tout au long de la saison et le catalogue de personnages, déjà bien élaboré, offre aux créateurs de la série une richesse narrative que beaucoup mettent plusieurs saisons à acquérir. Traçant son chemin dans un univers narratif bâti par son éminent prédécesseur, Better Call Saul a toutes les qualités pour laisser sa propre empreinte et, ainsi, devenir culte à son tour.

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