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C’est quoi le « test de Bechdel » au cinéma ?

Avez-vous déjà remarqué à quel point les femmes, dans vos films préférés, passent du temps à parler… d’hommes ? Qu’il s’agisse de relations amoureuses, de pères à sauver ou de fils à élever, leurs lignes de dialogue sont bien souvent tournées vers une ou plusieurs figure(s) masculine(s), les plaçant au centre de la discussion quand ils ne sont pas au centre de l’écran. Et ça, c’est quand elles se parlent… tout court ! C’est ce constat, à la fois simple et angoissant, qui a donné naissance au test de Bechdel.

Ces derniers temps, on interroge beaucoup la dimension politique du septième art, et cette idée de cinéma comme objet de lutte s’étend à tous les combats pour la liberté et l’égalité, dont la lutte féministe.

Pour l’édition 2026, le festival de cinéma Pop Women Festival place au cœur des festivités le travail d’Alison Bechdel, essayiste et bédéiste féministe, notamment à l’origine de ce fameux « test de Bechdel ». À travers une exposition sur son travail et une rencontre exclusive avec cette dernière et Iris Brey (Le Regard Féminin), le festival met à l’honneur la lutte féministe dans le cinéma, et les figures féminine de la discipline. Mais alors, c’est quoi ce test de Bechdel, théorisé par Alison Bechdel et qui jauge le sexisme des scénarios de film ? On vous explique…

Les trois règles

L’histoire commence en 1985. L’autrice américaine de bande dessinée Alison Bechdel publie une planche intitulée The Rule (La Règle) dans sa bande-dessinée Dykes to Watch Out For (Lesbiennes à suivre). Elle se met en scène aux côtés de son amie Liz Wallace, d’où l’appellation test de Bechdel-Wallace parfois employée. Liz Wallace donc, présente ses trois critères pour définir si oui ou non un film représente assez bien les femmes. D’abord, le film doit représenter au moins deux personnages féminins portant un nom. Ensuite, ces deux femmes doivent se parler à un moment donné. Enfin, le sujet de leur conversation doit être autre chose qu’un homme.

Couverture de la bande-dessinée d’Alison Bechdel

L’exigence semble dérisoire, ridicule. Pourtant, lorsque l’on applique cette grille de lecture à l’histoire du cinéma, le résultat est effarant. Des chefs-d’œuvre absolus comme la saga du Seigneur des Anneaux, Avatar (le premier volet) ou encore Fight Club échouent lamentablement au test de Bechdel. Les femmes y sont soit uniques, soit isolées, soit cantonnées à un rôle de faire-valoir ou de love interest pour le héros.

L’envers du test : le « male gaze »

Si le test de Bechdel met en lumière un manque flagrant de profondeur dans les personnages féminins à l’écran, il pointe du doigt le symptôme d’un mal plus profond : le « male gaze » (le « regard masculin »).

Théorisé en 1975 par la critique de cinéma et réalisatrice britannique Laura Mulvey, le male gaze désigne la manière dont la culture visuelle (et le cinéma en particulier, mais aussi les jeux vidéo, la littérature, etc.) est structurée autour d’un point de vue masculin hétérosexuel. Dans cette configuration, la caméra adopte l’œil de l’homme. L’homme est le sujet actif de l’histoire, le héros, celui qui fait avancer l’intrigue. À l’inverse, la femme est un objet passif, celle que l’on regarde, construite pour le plaisir visuel et l’érotisation.

Une affaire d’homme ?

À noter que le male gaze n’est pas seulement une affaire de réalisateurs masculins : c’est un biais global. D’ailleurs, un film peut échouer au test de Bechdel tout en ayant une protagoniste principale féminine. On peut penser à Gravity, porté par Sandra Bullock, mais qui est seule à l’écran. A contrario, un film peut théoriquement réussir le test tout en étant profondément sexiste, si deux femmes y parlent brièvement de maquillage ou d’une recette de cuisine par exemple.

Lorsqu’un film est réalisé à travers ce prisme, les personnages féminins n’existent pas vraiment pour eux-mêmes. Ils sont définis par leur relation au(x) héros, masculin(s) donc. C’est précisément pour cela qu’ils échouent au test de Bechdel : pourquoi deux femmes parleraient-elles d’autre chose que d’hommes si la caméra ne les envisage qu’à travers leurs regards ?

Il est néanmoins crucial de comprendre ce qu’est le test de Bechdel. Il ne s’agit pas d’un label de qualité. Un film qui échoue n’est pas automatiquement un « mauvais film » ou un film totalement misogyne. C’est lorsqu’on l’applique à l’échelle d’une industrie que le test devient une arme. Le test de Bechdel doit servir de déclic.

Vers un « female gaze » ?

Heureusement, les choses changent. Portée par des mouvements comme MeToo et l’émergence d’une nouvelle génération de scénaristes et de réalisatrices, l’industrie et le public prennent conscience de ce manque de représentation. On parle de plus en plus de female gaze : un cinéma qui explore l’intériorité des femmes, leurs désirs propres, et qui refuse de les réduire à des corps-objets sous l’œil de la caméra. On peut par exemple penser à Portrait of a Lady on fire (Portrait de la jeune fille en feu) de Céline Sciamma

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