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C’est quoi les congés menstruels ?

Donner aux femmes la possibilité de poser un ou plusieurs jours d’arrêt de travail pendant leurs règles, c’est ce qui est proposé par le gouvernement espagnol en ce moment. Mais comment fonctionnent exactement ces congés menstruels ?

50% à 80% des femmes déclarent souffrir de douleurs menstruelles chaque mois selon Passeport Santé. Ces douleurs auraient un impact direct sur la vie de 5 à 15% d’entre elles. Parmi les effets néfastes les plus importants des règles : l’absentéisme scolaire ou professionnel.

Une meilleure prise en compte des difficultés que connaissent les personnes menstruées en entreprises, c’est ce que propose le gouvernement espagnol. Car œuvrer pour l’égalité ne peut fonctionner en niant les différences entre les personnes.

Parmi les mesures proposées par l’Espagne, il y a le congé menstruel. Cela consiste à autoriser les femmes à prendre des jours de congés si leurs règles sont trop pénalisantes. De nombreuses variantes sont possibles sur le nombre de jours autorisés, sur leur rémunération, sur leur justification (besoin d’un avis médical ou non ) et sur la façon de les faire appliquer.

Une mesure qui n’est pas nouvelle

Si l’Espagne va effectivement être “le premier pays d’Europe à instaurer un arrêt maladie temporaire financé intégralement par l’Etat pour des règles douloureuses et invalidantes”, la mesure existe déjà dans d’autres pays du globe, et même en France dans certaines entreprises, comme La Collective ou Louis, le fabriquant de montres.

Le Japon a été le premier pays a mettre en place le congé menstruel. Demandé par des mouvements ouvriers, il est instauré dans une première entreprise en 1931. En 1947, ce droit est voté au niveau national. Aucune limite de jours n’existe mais ils ne sont pas obligatoirement payés.

En Corée du Sud, les entreprises qui contraignent une employée à travailler malgré sa demande de congé menstruel s’exposent à 3750 euros d’amende. L’Indonésie propose depuis 1947 deux jours de congés payés à chaque début de cycle. La Zambie, les Philippines, Taïwann… de nombreux pays ont franchi le pas.

En France, 68% des femmes seraient favorables à la mise en place d’un congé menstruel selon un sondage IFOP pour Eve &Co.

Une avancée ou une discrimination de plus envers les femmes ?

Pour certaines associations féministes, la généralisation du congé menstruel pourrait générer encore plus de discriminations à l’emploi. En effet, selon la Fondation des Femmes, une femme qui postule à un emploi a 22% de chances d’être prise en moins par rapport à un homme à compétences égales. Plus les postes sont haut placés dans la hiérarchie, plus ce chiffre augmente. Une des raisons majeures expliquant cette situation, serait le risque “grossesse” et donc d’absences liées aux enfants. Ce qui s’explique notamment par la différence de longueur entre les congés maternité et paternité.

Il est difficile de rendre compte de l’impact que peut avoir le congé menstruel mesures sur l’intégration des femmes dans le marché du travail. Peu de femmes prennent en réalité ces congés dans les pays où ils sont légaux. Seules 0,09 % des femmes auraient osé prendre ces congés en 2016 au Japon). Cela prouverait que le congé menstruel ne peut pas avoir le même impact que le congé maternité sur les discriminations faites à l’emploi. Néanmoins, les pays d’Asie qui ont mis en place ces congés sont des pays dont l’écart salarial entre hommes et femmes est extrêmement élevé. Les femmes ont donc plutôt intérêt à faire oublier leur condition féminine. Elles ne peuvent donc pas jouir de cette sécurité supplémentaire.

Pourtant, favoriser le bien-être au travail a toujours été gage de plus de productivité. Cela permettrait aussi de briser des tabous qui conduisent les femmes à mettre en place des stratégies comme poser des jours de RTT, prendre une médicalisation sans ordonnance, devoir s’organiser pour pouvoir changer sa protection périodique etc. Des mesures qui ont un coût et qui pèsent mentalement sur les femmes.

A lire aussi : Pourquoi des femmes sont forcées de se faire retirer l’utérus en Inde ?

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