Voilà quelques dix ans que Thierry Redler nous a quittés. Un vrai manque pour la génération AB mais aussi pour les amoureux du doublage.
Pour toute une génération, son visage reste indissociable des rires enregistrés des productions AB. Au milieu des années 1990, Thierry Redler crevait l’écran dans Les Filles d’à côté puis Les Nouvelles Filles d’à côté. Incarnant Marc, le voisin squatteur, mythomane et désopilant, il imposait un sens du rythme et une énergie comique uniques. Mais cantonner le comédien à ce seul rôle d’anti-héros loufoque serait omettre la richesse d’un parcours artistique accompli et le destin complexe d’un homme à la sensibilité à fleur de peau.
Des rings de danse à l’école Disney : l’aventure « Salut les Mickey »
Avant de devenir la star des sitcoms, Thierry Redler s’est formé très jeune aux disciplines exigeantes du spectacle vivant : la danse, le théâtre classique auprès de sociétaires de la Comédie-Française, ainsi que le mime.
C’est au début des années 1980 qu’il fait ses armes devant le grand public à la télévision. Entre 1983 et 1984, il intègre sur TF1 la troupe de l’émission jeunesse « Salut les Mickey », conçue par Christophe Izard. Sous le pseudonyme de Billy, le jeune comédien met à profit ses talents d’interprète et de danseur au sein d’une équipe dynamique interprétant sketchs, chorégraphies et chansons. Cette expérience fondatrice lui permet d’apprendre la rigueur des plateaux et d’affirmer une présence scénique singulière qui tapera rapidement dans l’œil des directeurs de casting.
Le phénomène AB Productions : l’incontournable Marc Malloy
En 1993, Jean-Luc Azoulay et Claude Berda (les fondateurs du groupe AB) cherchent à étendre leur empire télévisuel au-delà des adolescents avec une sitcom ciblant un public plus adulte : Les Filles d’à côté. Diffusée quotidiennement sur TF1 à 19h, la série devient instantanément un raz-de-marée d’audience.
Thierry Redler y décroche le rôle qui va marquer sa carrière : Marc Malloy. Squatteur invétéré de l’appartement de son ami Daniel (Bradley Cole), Marc est un dragueur invétéré, paresseux, mythomane et malchanceux qui multiplie les stratagèmes absurdes pour séduire ses voisines.
Un rythme de tournage effréné
Au cœur des studios de La Plaine Saint-Denis, Thierry Redler devient l’un des piliers de l’écurie AB :
- Un rythme stakhanoviste : L’acteur tourne jusqu’à un épisode par jour. Sa formation théâtrale et son sens de l’improvisation font merveille dans ce format enregistré à la chaîne.
- Plus de 300 épisodes : Il incarne le personnage dans Les Filles d’à côté (170 épisodes) puis enchaîne immédiatement avec la suite, Les Nouvelles Filles d’à côté (156 épisodes) jusqu’en 1996. Il incarnera aussi le héros de la série L’un contre l’autre (52 épisodes) avec Rochelle Redfield.
- La double tranche AB : Durant cette période, il apparaît également dans d’autres productions de la maison, comme L’Un contre l’autre.
Si cette période lui apporte une popularité immense et l’affection du public, elle s’accompagne aussi d’une étiquette difficile à décoller dans le milieu du cinéma et du théâtre traditionnel, souvent méprisant envers le « phénomène AB ».
Du doublage mythique aux succès de la télévision
Au-delà de la scène et des plateaux de tournage, Thierry Redler explore avec brio l’art du doublage. Les amateurs d’animation se souviennent notamment que c’est sa voix chaleureuse qui a doublé pour la première fois le personnage de Son Goku adulte dans la version française de la série culte Dragon Ball Z.
Désireux d’exprimer des sujets plus intimes et d’échapper au carcan de l’étiquette comique, il passe également de l’autre côté de la caméra. En 1999, il écrit et réalise le téléfilm La Traversée du phare, récompensé du Prix Genève Europe du meilleur scénario. Une œuvre empreinte de nostalgie et de gravité qui témoigne de toute l’étendue de son talent d’auteur, loin des caricatures de la télévision commerciale.
Une trajectoire personnelle jalonnée d’épreuves
Derrière le sourire affiché sur les plateaux, l’existence de l’acteur a été traversée par des tragédies répétées. Marqué dès l’âge de 8 ans par la perte brutale de sa mère, il connaît une adolescence troublée avant de trouver son salut dans le jeu dramatique.
Plus tard, des diagnostics médicaux erronés ont longtemps occulté la réalité de son fonctionnement cognitif. Ce n’est que tardivement qu’il comprend être atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme expliquant à la fois ses difficultés relationnelles et son hyper-sensibilité artistique. Le destin frappe de nouveau en 2011 avec le décès prématuré de sa compagne Delphine, emportée par la maladie. Une perte déchirante pour ce père de cinq enfants.
Un dernier salut à La Rochelle
En juillet 2014, c’est à bord de son bateau amarré dans le Vieux-Port de La Rochelle que le comédien est retrouvé inanimé. Transporté à l’hôpital de la ville, il s’éteint deux jours plus tard, le 26 juillet, à l’âge de 56 ans.
Thierry Redler laisse le souvenir d’un comédien complet : la fureur comique du plateau d’AB Productions recouvrait la sensibilité pudique d’un artiste et d’un homme profondément attachant.