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C’était il y a 10 ans … Mad Men, une série qui a marqué les esprits

C’était il y a 10 ans : nous faisions la connaissance de Don Draper, le héros de Mad Men. Une série acclamée par la critique, qui a durablement marqué les esprits.

C’est quoi, Mad Men ? Au début des années 1960 à  Manhattan, les grandes agences de publicité se concentrent sur Madison Avenue, ce qui vaut aux créatifs le surnom de Mad Men.. Cadre de l’agence Sterling Cooper, le génial Don Draper (Jon Hamm) tente tant bien que mal de concilier vie professionnelle et vie privée, tout en préservant un lourd secret lié à son mystérieux passé. De son côté, Peggy Olson (Elizabeth Moss) débute comme simple secrétaire, mais elle a d’autres ambitions et compte bien faire carrière malgré le machisme ambiant. Mais l’époque est marquée par des bouleversements sociaux et économiques, et Don et son entourage doivent s’adapter aux évolutions de la société.

Lorsque s’achève Les Soprano, où il a travaillé aux côtés de David Chase en tant que scénariste et producteur, Matthew Weiner tente de vendre son nouveau projet, Mad Men, aux chaînes du câble. Aucune ne donne suite, à l’exception de AMC qui souhaite désormais produire ses propres séries. Diffusé en Juillet 2007, le pilote réalise une audience assez modeste, bien que supérieure à celles généralement réalisées par la chaîne. Toutefois, la série retient d’emblée l’attention des médias, notamment séduits par son esthétisme. Ce sera une constante: sans jamais réaliser des cartons d’audience aux États-Unis, la série bénéficiera toujours de critiques dithyrambiques et sera couronnée d’une pluie de récompenses. A l’instar de The Wire, Mad Men  devient une série de prestige, une série-culte couverte d’éloges et suivie par un petit groupe de fidèles.

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Don Draper, quintessence du Mad Man

 

Mad Men, c’est d’abord l’histoire de Don Draper, magnifiquement interprété par Jon Hamm, dont on suit les déboires professionnels et les crises conjugales. Draper, c’est un séducteur qui sent bon le tabac et la testostérone, une caricature de mode à la Cary Grant qui envoûte ses clients et les femmes. Un self-made man au passé obscur, devenu publicitaire par hasard, au sein de l’agence Sterling Cooper. Et un créatif de génie, qui vous sort ses meilleurs slogans au terme d’un processus créatif qui consiste le plus souvent à s’allonger sur un canapé, un old fashioned dans une main et une cigarette dans l’autre, en attendant que survienne une idée géniale… En privé, c’est une autre histoire. Installé dans une maison de banlieue, il est marié à une ancien mannequin, Betty. Parfaite mère de famille, elle s’occupe de leurs deux enfants et prépare le dîner, en attendant que son mari rentre du travail, entre deux contrats et deux relations extra-conjugales. Bien qu’il aime ses enfants et sans doute aussi sa femme (même s’il se montre souvent méprisant envers elle), Don est un père de famille défaillant et absent. Et pour cause : Don Draper n’est pas celui qu’on croit. Cultivant le secret et le mystère, il est hanté par un passé obscur et des démons intérieurs qui l’empêchent de s’épanouir et de s’attacher.

On pourrait s’appesantir sur le sujet, déterminant dans l’histoire relatée par la série ; mais comme il s’agit du rebondissement principal (et même s’il survient en saison 1), nous vous ferons grâce du spoiler… En tous cas, ses zones d’ombre, ses doutes et ses failles font de Don Draper un personnage fascinant.  Moins violent que Tony Soprano par exemple, il reste un anti-héros tout aussi sombre et torturé, un homme égoïste, cynique et prétentieux pour lequel il est difficile de ressentir de la sympathie. Au fur et à mesure qu’il est rattrapé par son passé, Don Draper va perdre pied, dans une chute inexorable telle que l’illustre le superbe générique de Mad Men.

L’action se déroule essentiellement au siège de l’agence Sterling Cooper, sorte de microcosme où Draper dirige une équipe de créatifs et soumet ses idées à ses clients. Il y noue  des relations avec ses supérieurs et les autres employés de l’agence, ces rapports évoluant  entre conflits, rivalités, amitié et respect, au fil des événements et au gré des changements qui surviennent dans l’agence avec l’arrivée de nouveaux actionnaires ou de nouveaux propriétaires.

Aux cotés de Don évoluent ainsi toute une galerie de personnages. Pour ne citer que les principaux, on retiendra Peggy Olson (Elizabeth Moss), jeune secrétaire en proie au harcèlement sexuel et à la condescendance de ses collègues masculins, qui parvient à force d’obstination à briser le plafond de verre pour devenir la première femme publicitaire de l’agence. Ou encore la plantureuse Joan (la flamboyante Christina Hendriks) qui cherche à concilier sa vie professionnelle et sa vie sentimentale, et se sert de tous ses atouts (notamment physiques) pour arriver à ses fins. Du côté des hommes, nous avons les deux associés de l’agence, Roger Sterling (John Slattery), homme à femmes et mentor de Draper, et l’excentrique vétéran Bertram Cooper (Robert Morse), ou par exemple Pete Campbell (Vincent Kartheiser), jeune publicitaire prometteur et ambitieux. Enfin, Betty Draper (la blonde January Jones, très Grace Kelly), ex-mannequin piégée dans un rôle de  femme au foyer dont elle hésite à s’affranchir. Autant de personnages, tous parfaitement interprétés, qui gravitent dans l’orbite de Draper et  dont on suit l’évolution dans des intrigues annexes plus ou moins indépendantes.

En lui-même, le scénario de Mad Men suffit déjà à en faire une série intéressante. Mais soyons honnêtes : ce n’est pas ce qui a fait le succès de la série. Dès le départ, Mad Men a été unanimement saluée pour son esthétisme,son ambiance glamour dénuée de vulgarité, sa mise en image recherchée et raffinée, et surtout pour la manière dont elle retranscrivait à l’écran les années 1960. Lorsqu’on évoque une série d’époque, on insiste souvent sur la qualité de la reconstruction, à travers les décors et les costumes. Dans le cas de Mad Men, cet aspect a acquis une dimension inédite, jusqu’à en faire un phénomène de société. Rapidement, les magazines et les médias se sont emparés de la série-culte pour illustrer le retour à la mode et au design des années 60. Les tenues vintage, les coiffures, le maquillage, le mobilier d’époque et le papier peint kitsch sont devenus des musts.  Au point que le  New York Magazine, par exemple, a dédié une rubrique hebdomadaire au look des héroïnes, expliquant à ses lectrices comment s’habiller comme Joan ou Betty Draper… L’influence de la série sur la mode ne s’est pas arrêtée au papier glacé : le style Mad Men a inspiré des marques aussi diverses que Jil Sander, Prada, Top Shop ou Zara, et Banana Republic lui a même consacré plusieurs collections. Jupes à godet, robes de pin-up, stilettos, pulls jacquards, costumes croisés, foulards, imprimés vintage, colliers de perle, sacs bowiling, ballerines, pantalons 7/8… C’est toute une mode, élégante et glamour, qui a déferlé sur les podiums, dans les magasins et dans la rue.

Cela pourrait sembler anecdotique. En réalité, l’influence évidente de Mad Men sur la mode n’est qu’un des aspects de l’impact qu’à eu la série. Les personnages fument comme des pompiers, boivent comme des trous, et les hommes couchent à droite et à gauche. Entre pression patriarcale et aspirations personnelles, les femmes commencent à s’émanciper et à sortir du rôle de jolies poupées auquel elles sont cantonnées. John Fitzgerald Kennedy est président, l’homme marche sur la lune, et les stars s’appellent Marilyn Monroe ou James Steward. L’économie est en plein boom, on assiste à la naissance d’une société de consommation portée par de nouveaux produits, la notion d’obsolescence programmée, celle de cible marketing, l’importance du marché de l’automobile, l’émergence de nouveaux médias comme la télévision… et, bien sûr, de la publicité. En 2007, alors que nous sommes englués dans les crises politiques, économiques et sanitaires, entre subprimes, défiance envers les dirigeants et principe de précaution érigé en norme, Mad Men fait souffler un vent de nostalgie en mettant en lumière des années 60 fantasmées.

Mais dans le même temps, la série entre aussi en résonance avec nos doutes et nos angoisses : les 60s de Mad Men, ce sont aussi celles de la fin d’une époque… et du début d’une nouvelle ère. Au-delà des costumes et des décors, Mad Men a su recréer toute une atmosphère, intégrant au récit des faits historiques vécus par les personnages, et qui font entièrement partie de l’histoire. Le suicide de Marilyn Monroe, l’assassinat de Kennedy, la menace de la guerre froide, l’émancipation féminine, la remise en cause de la domination masculine et, partant, la réaction des héros face à ces bouleversements : tous ces éléments soulignent l’évolution de la société. Certains restent monolithiques, sclérosés dans leur mode de pensée (Pete Campbell ou Betty Draper par exemple), quand d’autres suivent le mouvement et s’adaptent au changement. A ce titre, le personnage le plus emblématique est certainement Peggy,  qui parvient à s’imposer en tant que femme dans un monde d’hommes – au prix de sa vie familiale.

Peggy Olson et la campagne pour Heinz

 

Mad Men est-elle un chef d’œuvre indispensable, comme on le dit souvent ? Ça se discute… Elle l’est, si l’on se borne à considérer son impact culturel et social. Mais en tant que série à proprement parler, on ne saurait être aussi catégorique – beaucoup de spectateurs sont restés hermétiques à Mad Men. L’intrigue ne s’appuie pas sur l’action ou sur des cliffhangers spectaculaires ; elle repose sur de brillants dialogues, l’ambiguïté des situations et la complexité des relations. Mais certains épisodes ou intrigues secondaires sont moins réussis, et on peut trouver l’ensemble ennuyeux… Il faut laisser du temps à Mad Men, mais aussi passer outre une certaine froideur. Le soin extrême voire maniaque apporté à l’arrière-plan frôle souvent  l’affectation,  donnant à la série un côté clinique qui rend difficile l’immersion du spectateur. Mad Men est donc une série qui peut paraître difficile d’accès, et  ce n’est pas une série que l’on regarde d’une traite ou dont on attend impatiemment l’épisode suivant. Non : pour les amateurs, elle se savoure, elle se déguste comme un bon whisky…  

Il y aurait beaucoup à dire sur Mad Men. D’ailleurs, la série a fait couler beaucoup d’encre et a même fait l’objet de très sérieuses études universitaires. A travers le parcours de son héros, le magistral Don Draper, Mad Men reflète à la perfection les changements survenus dans la société des années 60. Souvent présentée comme l’une des meilleures séries de ces dernières années (voire de l’Histoire de la télévision), elle peut pourtant rebuter certains spectateurs, réfractaires à sa lenteur et à la froideur de son atmosphère. Elle s’est pourtant imposée comme une série-culte, ne serait-ce que pour l’impact et l’écho qu’elle a rencontrés. C’est ce qui fait encore de Mad Men, 10 ans après, une série incontournable.    

Mad Men (AMC)

2007-2012.

7 saisons de 92 épisodes.

Disponible en DVD

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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