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C’était il y a 10 ans … Mentalist, à la poursuite de John Le Rouge

Début 2008, le personnage de Patrick Jane nous faisait découvrir le terme de « mentaliste». Série policière classique mais néanmoins sympathique et efficace, The Mentalist allait connaître un immense succès.

C’est quoi, Mentalist ? Patrick Jane (Simon Baker) possède des dons d’observation et de déduction hors du commun, grâce auxquels il a gagné sa vie en tant que faux médium en profitant de la crédulité de riches clients. Lors d’une émission télévisée, il trace un portrait peu flatteur d’un tueur en série surnommé John Le Rouge ; piqué au vif, le meurtrier se venge en assassinant sa femme et sa petite fille. Dès lors, Jane décide de mettre ses talents au service de la police. En tant que consultant auprès du CBI (Californian Bureau of Investigation), il travaille avec l’agent Lisbon (Robin Tunney)  pour résoudre des crimes, tout en poursuivant son objectif : tuer John le Rouge.

Après le succès de sa série Rome, le scénariste britannique Bruno Heller a un autre projet en tête :  une série dans la lignée de celles qui ont bercé son enfance, comme Le Saint ou Chapeau Melon et Bottes de Cuir, mais avec un ton plus actuel. Lorsqu’il propose The Mentalist à CBS, la chaîne se montre immédiatement intéressée : une première saison est commandée et le pilote est diffusé le 23 Septembre 2008 aux États-Unis (6 Janvier 2010 en France sur TF1).

D’emblée, The Mentalist adopte une construction sur deux niveaux : des épisodes indépendants et un fil rouge. Les premiers, auto-conclusifs, sont centrés sur une seule affaire, où Patrick Jane enquête avec l’agent Lisbon et ses collègues. La traque de John le Rouge se développe en arrière-plan et fait l’objet de quelques  épisodes par saison, ce qui suffit à faire progresser l’intrigue et maintenir le suspense. La formule fonctionne très bien, car elle permet de combiner une certaine légèreté avec un ton plus dramatique.

Les intrigues hebdomadaires restent traditionnelles : une enquête qui progresse pas à pas, grâce aux déductions de son héros, sans ordinateur surpuissant ou technologie novatrice. Elles sont aussi pleines d’humour, avec un Jane cabotin qui adore enfreindre les règles. Tirant des conclusions incroyablement exactes à partir du moindre détail, il a recours à des astuces peu conventionnelles – comme l’hypnose – et irrite prodigieusement ses interlocuteurs (comme dans la vidéo ci-dessous) avec ses questions impertinentes et ses observations malvenues. Si Jane met systématiquement l’agent Lisbon en difficulté avec sa hiérarchie, il parvient toujours à résoudre l’énigme et arrêter le coupable. Comme dans les enquêtes d’Hercule Poirot ou Les cinq dernières minutes, Jane rassemble alors tous les suspects et développe une argumentation au terme de laquelle il confond le meurtrier et explique les raisons qui l’ont conduit à tuer.

A contrario, les épisodes consacrés à John le Rouge sont abordés de manière sérieuse et dramatique. Totalement obsédé par le tueur, se sentant coupable de la mort de sa femme et de sa fille, Jane s’acharne pour découvrir son identité, le retrouver et – il n’en fait pas mystère – le tuer. Loin du type excentrique et enjoué que nous avons l’habitude de côtoyer, c’est un homme détruit, ravagé par la douleur. De plus, John le Rouge est un adversaire redoutable : un tueur qui signe ses crimes d’un smiley ensanglanté, un sadique remarquablement intelligent et capable de manipuler ses interlocuteurs pour faire d’eux ses complices, comme autant d’adeptes d’une secte dont il serait le gourou. En ce sens, les deux antagonistes ont les mêmes dons, qu’ils utilisent à des fins différentes, ce qui rend leur affrontement encore plus intense.

Le Mentaliste face à John Le Rouge. Souriez, vous êtes filmé

 

Ce fil rouge tient en haleine jusqu’au bout, notamment grâce à des indices semés au compte-goutte, repris au vol et analysés, décryptés, disséqués par les spectateurs cherchant à deviner qui est John Le Rouge. L’auteure de ses lignes connaît quelqu’un qui a failli devenir dingue, à force de scruter certaines séquences repassées au ralenti ! Hélas, dévoilée au cours de la saison 6, l’identité du tueur s’est avérée extrêmement décevante et a provoqué un déferlement de critiques. Mal amenée et surtout incohérente avec les pistes lancées jusqu’à lors, cette révélation a fait l’effet d’un pétard mouillé, suscitant majoritairement une seule réaction : tout ça pour ça ?!

Avec son mélange d’humour, d’émotion et de suspense, The Mentalist a su plaire à un large public. Il est toutefois indéniable que son succès repose avant tout sur son héros et sur l’acteur choisi pour l’interpréter. L’australien Simon Baker est absolument parfait dans le rôle de ce personnage double. Avec son élégance, son charisme et son charme naturel, il incarne à merveille un héros réjouissant et sympathique ; son regard mélancolique et l’intensité de son interprétation le rendent tout aussi convaincant quand Jane est assailli par le remords, la détresse ou la rage implacable qui l’anime. Jane possède la légèreté et l’humour d’un Richard Castle, ou encore l’originalité d’un Columbo (dont il partage les méthodes, la naïveté feinte et – clin d’œil voulu par Simon Baker – le goût pour les voitures françaises) ; mais c’est aussi un personnage beaucoup moins lisse, dont on découvre vite la part d’ombre.


A lire aussi : C’était il y a 50 ans … la naissance du célèbre lieutenant Columbo en série


L’équipe de Mentalist. Et la voiture de Patrick Jane

 

Inévitablement en retrait, les autres acteurs sont toutefois excellents. A commencer par Robin Tunney (Prison Break) dans le rôle de Teresa Lisbon – un petit bout de femme autoritaire qui  doit gérer la pression de ses supérieurs tout en contrôlant un Jane justement incontrôlable- qu’elle parvient à humaniser en jouant à la fois sur son côté revêche et sur sa loyauté. Les trois agents qui composent le reste de l’équipe – Rigsby, Van Pelt et Cho – sont respectivement interprétés par Owain Yeoman, Amanda Righetti et Tim Kang. Le premier est un grand timide amoureux de Van Pelt, jeune agent consciencieuse qui doit choisir entre son travail et son idylle naissante avec son collègue. Plus sulfureux, Kimball Cho est un ancien membre de gang qui refoule sa colère derrière une attitude hiératique. Leurs relations se dessinent en toile de fond tandis que les scènes, souvent drôles, où Jane abuse gentiment de la crédulité de ses amis policiers donnent à l’ensemble une tonalité très agréable. Signalons aussi, à titre de curiosité, la présence dans certains épisodes de Malcolm McDowell, impeccable en leader d’une secte sulfureuse, qui donne bien du fil à retordre à notre héros…

Patrick Jane et Brett Stiles (McDowell) : qui manipule qui ?

 

Au fil des saisons, Mentalist a connu un immense succès à travers le monde, avec, en point d’orgue, un carton d’audience pour l’épisode dévoilant le nom de John Le Rouge. Mais ensuite, les taux d’écoute ont commencé à s’effriter… Si plusieurs raisons peuvent être avancées, c’est sans doute l’évolution des intrigues et des personnages qui explique en grande partie cette déconvenue. D’une part,une fois John le Rouge confondu, The Mentalist n’est rien d’autre qu’un simple procedural ; l’absence d’un ennemi aussi formidable  impacte également le personnage de Jane, qui  perd l’un des grands ressorts psychologique qui permettait de le définir. D’autre part, alors que la série avait évité l’écueil de la pseudo-intrigue romantique entre Jane et Lisbon (la tension amoureuse reposait sur le duo Van Pelt / Rigsby), leur amitié se transforme progressivement en romance, cliché déjà vu par exemple dans Bones ou Castle. Sans fil rouge et dénaturant la relation à laquelle le public était habitué, avec le départ de Yeoman et Righetti (qui reviendront toutefois pour les derniers épisodes), la série perd une bonne partie de son public. Elle est annulée au terme d’une saison 7 raccourcie à 13 épisodes, qui met toutefois un point final satisfaisant à Mentalist avec une conclusion heureuse…


A écouter aussi : Thierry Ragueneau, la voix du Mentalist | La loi des séries #115


Lisbon et Jane : will they, won’t they ?

 

Mélangeant épisodes auto-conclusifs et récit feuilletonnant, avec un héros sympathique et attachant, renvoyant aux grands classiques de la télévision dans sa mise en forme et dans le déroulement de ses intrigues, Mentalist reste l’un des grands succès de ces dernières années. Nul besoin d’un concept alambiqué, d’un sous-texte ambitieux ou d’effets spéciaux délirants pour faire une bonne série : parfois, une idée simple mais bien réalisée peut suffire de base à un excellent divertissement. C’est exactement ce qu’était Mentalist – et c’est déjà pas mal.

Mentalist (CBS – de 2008 à  2015)
7 saisons – 94 épisodes
Disponible en Blu-Ray et Dvd

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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