Imaginez la scène en juin 1936 : des milliers d’ouvriers quittent leurs usines pour partir en vacances grâce aux congés payés. Pour beaucoup d’ouvriers, la première fois arrive. Certains ouvriers n’ont jamais vu la mer. Le départ de ces derniers marque le début d’une nouvelle ère pour les travailleurs français.
Deux millions de grévistes et treize jours de négociations
Le Front populaire, une coalition de partis de gauche, a remporté les élections. Des grévistes occupent les usines et dorment sur leurs établis. La France ouvrière se prépare à vivre quelque chose de nouveau : partir en vacances. Les Accords de Matignon, signés le 7 juin 1936, ont provoqué une rupture historique. Les salaires augmentent. Les syndicats obtiennent la reconnaissance. Le gouvernement promet la loi sur les congés payés. Treize jours plus tard, le 20 juin, le gouvernement adopte la loi sur les congés payés. Tout salarié a désormais droit à quinze jours de congé annuel payé.
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Des trains pleins donnant aux ouvriers les pieds dans l’eau
Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et aux Sports, négocie des tarifs réduits avec les compagnies de chemin de fer. Les billets “congés payés” permettent de voyager à 40 % du prix normal. Des trains accueillent des ouvriers et des familles qui partent découvrir la France. Henri Cartier‑Bresson capture ces instants avec ses photos. On voit les gens allongés dans l’herbe, en bras de chemise, qui font un pique‑nique au bord de l’eau. Les visages sont détendus, surpris de se trouver là.

La loi sur les congés payés passe à trois semaines en 1956. En 1969, la loi sur les congés payés passe à quatre semaines. En 1982, la loi sur les congés payés passe à cinq semaines. Chaque étape suscite des combats et des résistances. Le droit au repos gagne. Quatre-vingt-dix ans après, les congés payés font désormais partie du paysage social français. Cela est une évidence, cela a dû se gagner, et l’été 1936 nous le rappelle. On voyait des vélos chargés de valises, des ouvriers qui mettaient leurs pieds dans l’eau pour la première fois. Cela est le début d’une nouvelle ère pour les travailleurs français.