Coalition de gauche formée le 14 juillet 1935, le Front Populaire a gouverné la France entre juin 1936 et avril 1938. Au cœur d’une période d’incertitude politique, les puissances de gauche se sont alliées contre la droite française. Cette année, pour le 90ème anniversaire de cette victoire électorale, revenons sur ce que c’était, le « Front Populaire ».
Naissance d’une coalition de gauche
Formation
Le 12 février 1934, en réponse aux émeutes d’extrême droite survenues quelques jours avant (6 février), la Confédération Générale du Travail (CGT) et la Confédération Générale du Travail Unitaire (CGTU) appellent à la grève. Dans la rue, le Parti communiste et le Parti socialiste défilent aux côtés de manifestants. Cette journée, qui répond à la montée de l’extrême droite française, annonce l’alliance à venir des deux partis de gauche.
C’est en effet un an plus tard, le 14 juillet 1935, que se forme officiellement la coalition de gauche du Front Populaire. Elle est créée à la suite de manifestations ce même jour, dont ni la date ni le lieu ne sont anodins. Fête révolutionnaire depuis la Prise de la Bastille en 1789, puis officiellement transformée en Fête nationale française (ou Fête de la Fédération) l’année suivante, cette date est chargée d’histoire. De même, la marche est organisée Place de la Bastille, lieu hautement symbolique. Cette manifestation de plus de 500 000 personnes réunie pour la première fois les partis les plus importants de la gauche de l’époque (Parti communiste, Parti socialiste) et des groupes moins influents (CGT, CGTU, Ligue des droits de l’homme par exemple).
Programme
Le comité organisateur des manifestations du 14 juillet devient par la suite permanent dans l’objectif de reprendre le pouvoir des mains de la droite. Leur but : une victoire aux élections législatives de 1936. Pour y arriver, le comité conclu notamment un accord de désistement mutuel entre les différents candidats de gauche pour le second tour. Donc, si les partis pourrons chacun défendre leur programme lors du premier tour, ils devront faire front uni lors du second.
Le programme du Front Populaire se forme autour du slogan suivant : « Pain, Patrie, Liberté ». À la demande des radicaux et pour réunir le plus d’électeurs de gauche, le programme est volontairement assez modéré. Les principales revendications politiques restent assez évidentes : l’abolition du fascisme, la préservation de la démocratie et la paix. L’une des principales absentes de ce programme reste néanmoins la question coloniale. En ce qui concerne les revendications économiques, le programme est tout aussi modéré et propose principalement des solutions à des problèmes « de moyen terme ». En effet, les revendications sont surtout immédiates et liées à la crise en cours. Si ces revendications s’accompagnaient initialement de demandes sociales, elles ont finalement été rayées du programme dans le but d’élargir l’électorat.

Le Front Populaire : 1 élection, 2 ans, 4 gouvernements
Les élections de 1936
Alors que la différence de vote au premier tour par rapport aux dernières législatives n’est pas flagrante (seulement 3% de plus pour la gauche depuis 1932), le second tour constitue un réel tournant. En mai 1936, avec 386 sièges pour la gauche contre 222 pour la droite, le Front Populaire est élu. Il constitue alors le premier gouvernement socialiste français.
Les gouvernements
Le premier gouvernement de Léon Blum (juin 1936 – juin 1937) constitue le cœur social de la période, imposant notamment les accords de Matignon, les congés payés et la semaine de 40 heures.
Cependant, face à la crise économique et aux tensions liées à la guerre civile en Espagne, Blum cède la place à Camille Chautemps (juin 1937 – mars 1938). Ce radical tente de stabiliser les finances : il dévalue notamment le franc et créé la SNCF.
Le bref retour de Léon Blum (mars – avril 1938) est un échec immédiat, et il démissionne en quelques semaines seulement.
C’est finalement l’arrivée au pouvoir d’Édouard Daladier qui clôt la période en avril 1938. Bien qu’officiellement soutenu par le Front populaire à ses débuts, son gouvernement signe la fin de l’alliance des gauches.
Conclusion : quels changement ?
Réformes sociales
Si les débuts du Front Populaire sont marqués par plusieurs réformes sociales sous le regard approbateur des ouvrier et des classes moyennes, le gouvernement Daladier marque un retour en arrière sur le plan social. Ce dernier revient par exemple sur la semaine de 40 heures pour relancer la production d’armement. Ce revirement marque ainsi le passage d’une politique sociale (1936) à une politique de défense nationale (1938) face aux menaces de guerre.
Les étrangers en France
Malgré l’absence de mesures directement liées au débat colonial au sein de son programme, le Front Populaire mets en place plusieurs mesures liés à l’immigration. Si ces quelques mesures sont à noter, il est important de souligner qu’elles n’ont eu qu’un impact limité sur la politique globale de l’immigration en France.
Défaite en 1938 : un bilan mitigé
Au final, le gouvernement du Front Populaire n’a pas tenu ses promesses de campagne, soit la fin du fascisme en France et la transformation des structures économiques et sociales du pays. Les différences idéologiques au sein de la coalition ont rendu impossible la mise en place des mesures phares du programmes à long terme, particulièrement sur le plan social.
Postérité
Si le Front Populaire est dissout en novembre 1938, on assiste aujourd’hui à une renaissance de la coalition des gauches. En vue des élections législatives de 2024, le « Nouveau Front Populaire » voit le jour. Vivement critiqué, le parti est notamment accusé de « trahir la mémoire » du parti de 1936, vis-à-vis de ses positions depuis le 7 octobre 2023 par exemple.