Culture

Dates in Time : Les Afro-américains (1/3)

Aujourd’hui est sorti dans les salles le film Selma, biopic sur le combat de Martin Luther-King pour l’égalité civique entre Noirs et Blancs aux États-Unis.
Récompensés aux Oscars, John Legend et Common, les auteurs interprètes de « Glory », la chansons originale du film, ont livrés un discours poignant sur la condition actuelle des Afro-américains moins d’un an après les émeutes raciales de Fergusson.
Pour ce premier article de « Dates in Time », revenons sur « la question noire », l’histoire de la place des Afro-américains dans la société Américaine.
Ils ont connu l’esclavage, puis la liberté, mais ont été soumis à la discrimination et l’humiliation. L’histoire des Afro-américains est un perpétuel combat pour l’égalité dans le pays de la « liberté ». Explorons en quelques dates et portraits l’histoire des Afro-américains, un des plus grands paradoxe des États-Unis.
Comme il serait bien impossible d’explorer un sujet aussi vaste en un seul article, je vous propose de séquencer cet éclairage historique en trois articles qui chacun développera une des trois grandes périodes de l’histoire des Afro-américains : l’esclavage ; la ségrégation ; l’obtention des droits civiques.

Les esclaves Noirs dans les colonies d’Amérique : 1619-1776

600 esclaves pouvaient être entassés dans les cales des négriers

600 esclaves pouvaient être entassés dans les cales des négriers

Les colons britanniques se sont installés en Amérique au début du 17e siècle, fondant la première ville, Jamestown, en 1607. Assez tôt après leur installation, ils ont fait venir des esclaves d’Afrique dans le cadre de ce que l’on appelle le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique. En 1619 arrivent les tous premiers esclaves Africains sur le continent américain, mais c’est réellement à partir des années 1670 qu’ils commencent à être importés en masse. Les esclaves, souvent esclaves de naissance ou bien fait prisonniers lors de guerres tribales en Afrique, sont vendus à des négociants qui les transportent jusqu’au continent américain dans des bateaux appelés « négriers ». 600 esclaves pouvaient être entassés dans les cales, beaucoup ne survivaient pas aux 3 à 6 semaines de traversée. Une fois arrivés, les survivants sont vendus sur les marchés. Le développement dans les colonies d’un système agricole de plantations devient au fil des décennies un véritable moteur de la traite négrière. Une fois achetés par un propriétaire, les esclaves sont considérés comme des outils de travail. Chaque maître est libre de traiter ses esclaves à sa guise. Comme les esclaves sont achetés et qu’ ils représentent un investissement, leurs maîtres veillent à les maintenir en vie et en état de travailler mais à moindre coût. L’esclave non docile est exposé à une très dure répression.
commerce d'esclaves

L’indépendance américaine et la création des États-Unis :1776-1787

On aurait pu penser qu’avec la Guerre d’Indépendance (1775-1783) très largement fondée sur l’idée de liberté, l’esclavage aurait été supprimé aux États-Unis. Hélas non. Pourtant le débat est déjà bien lancé au moment de la signature de la déclaration d’Indépendance en 1776, soit 89 ans avant l’abolition de l’esclavage.
Pendant longtemps les historiens ne se sont intéressés qu’aux acteurs principaux de la Guerre d’indépendance : les hommes blancs. Cependant,les historiens de ces dernières années cherchent à mettre en lumière le rôle joué par les autres couches de la société américaine dans cette guerre, notamment les Afro-américains. Ils sont intervenus durant la Guerre d’indépendance et ont tenté d’en tirer partie. En effet, durant les batailles qui opposent Patriotes américains et soldats britanniques, on peut trouver des afro-américains dans les deux camps :
On compte 25 000 esclaves qui, en signe de contestation contre leurs maîtres, s’engagent du coté des britanniques. D’autres esclaves s’enrôlent du coté des américains, espérant qu’au moment de la victoire, leur maîtres blancs se souviendront de leur dévouement et leur accorderont la liberté. Mais ça n’a été pas le cas car parmi les américains qui se battent pour l’indépendance, un bon nombre sont des grands propriétaires terriens esclavagistes. George Washington, chef de l’armée patriote et premier président des États-Unis possédait des esclaves.
Ironie de l’histoire, les esclaves qui se sont battus pour l’indépendance n’ont pas été libérés tandis que ceux ont aidé les Britanniques, eux ont été affranchis.En effet, les soldats britanniques une fois la guerre terminée les ont ramenés en Afrique, créant une colonie d’esclaves libérés : le Sierra Leone

La question de l’abolition de l’esclavage a pourtant été soulevée au moment de l’indépendance des États-Unis. Pour certains Américains l’esclavage est bien entendu une aberration immorale, mais la classe politique dominante de la jeune nation, composées de riches planteurs qui ne peuvent se passer de cette main d’oeuvre, ne peut concevoir l’abolition de l’esclavage.La Constitution de 1787 et ses 10 premiers amendements garantissent la liberté pour tous les citoyens. Mais la Constitution ne dit rien à propos de l’esclavage, chaque État est libre de l’abolir ou de le conserver.

Des Afro-américains ont combattus aux cotés des" Patriotes" américains durant la Guerre d’indépendance

Des Afro-américains ont combattus aux cotés des” Patriotes” américains durant la Guerre d’indépendance

Esclavagistes vs. Abolitionnistes: 1787-1865

Le 19e siècle est le siècle durant lequel commence l’industrialisation des États-Unis et cela a joué un rôle dans la question de l’esclavage. C’est essentiellement dans les États du Nord que se développent les manufactures puis les usines. Les États du Sud, eux, restent très ruraux avec une économie essentiellement basée sur l’exploitation de grandes plantations où travaillent les esclaves. On a donc au Nord les États industrialisés qui n’ont pas recours à l’esclavage, où la population Afro-américaine est relativement faible (environ 10% de la population Afro-américaine) et qui sont donc favorable à l’abolition de celui-ci, et au Sud les États non-industrialisés dont l’économie repose en quasi-totalité sur l’esclavage et qui par conséquent veulent le maintenir.

Le débat entre esclavagistes et abolitionnistes est aussi politique. En effet, au cours du 19e siècle, les États-Unis s’étendent vers l’Ouest, créant de nouveaux États. A chaque nouvelle création se pose la question de l’esclavage : le nouvel État sera-t-il esclavagiste ?
La question se pose parce que la Constitution des États Unis prévoit que plus un État est peuplé, plus il est représenté à la Chambre des Représentants ( équivalent de l’Assemblée Nationale) et donc plus il a de poids politique pour voter les lois.
Dans les États du Sud, les esclaves représentent une très forte proportion de la population, ils sont parfois aussi nombreux voire plus nombreux que les Blancs (cf. carte). Dans ces États, les esclaves ne sont pas citoyens, ils n’ont aucun droit et ne sont considérés que comme des outils. Cependant, bien que ne pouvant voter, ils sont comptabilisés quand il s’agit pour les États du Sud d’être représentés à la Chambres des Représentants. En effet, selon ce qu’on appelle le « compromis des trois-cinquièmes », un esclave équivaut 3/5 d’un homme blanc. C’est donc le beurre et l’argent du beurre pour les États esclavagistes, non seulement les esclaves leur fournissent une main-d’œuvre gratuite et en plus ils leur permettent d’avoir plus de poids politique que les autres États. Les États non esclavagistes sont mécontents de cette inégalités et souhaitent vivement que le nombre d’États esclavagistes n’excède pas le nombre des ceux qui ne le sont pas. Ainsi, en 1820 le Sénat des États-Unis trouve un compromis, dit « compromis du Missouri », qui cherche à maintenir un équilibre entre le nombre d’États esclavagistes et le nombre de ceux qui ne le sont pas.

En bleu les Etats non-esclavagistes, en roses les Etats esclavagistes

En bleu les Etats non-esclavagistes, en roses les Etats esclavagistes


Le compromis cristallise la division du pays en deux zones géographiques distinctes : au Nord les États dit « abolitionnistes », qui ont supprimé l’esclavage chez eux, au Sud les États « esclavagistes » dont l’économie repose essentiellement sur la main-d’œuvre afro-américaine gratuite.
La question de l’esclavage divise profondément la Nation et les tensions augmentent jusqu’à l’élection en 1860 du président Abraham Lincoln (qui était ouvertement abolitionniste) et l’éclatement de la Guerre de Sécession (1861-1865) : les États esclavagistes du Sud décident de se retirer des États-Unis pour former une confédération autonome. Une guerre civile se déroule entre le Nord et les États esclavagistes jusqu’à ce que ces derniers soient battus et forcés de rentrer de nouveau dans l’Union en 1865. La défaite du Sud sonne le glas de l’esclavage, environ quatre millions d’esclaves (13% de la population totale) sont maintenant libres.

La première grande phase de l’histoire des Afro-américains se termine donc en 1865 avec l’abolition de l’esclavage. Cependant, pendant près d’un siècle encore, les Afro-américains ont dû subir inégalités, restrictions des droits et humiliation avec la ségrégation. Nous explorerons cette deuxième période dans le prochain article de Dates in Times.

Sources documentaires:
A. Kaspi, Les américains, tome 1
M.B Norton (dir.),A People and a Nation: A History of the United States, Volume I: To 1877

Dates in Time: Afro-américains 2/3

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