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De I Love Lucy à The Handmaid’s Tale, représentation des femmes dans les séries (partie 2) : la femme est une badass comme les autres

En modernisant l’image des femmes au gré des évolutions sociales, les séries ont progressivement imposé des personnages plus complexes et ambigus.

Entre répercussions des évolutions sociales et démarche progressiste, malgré la perpétuation de certains stéréotypes, les séries ont progressivement imposé des héroïnes émancipées et indépendantes. La tendance n’a fait que s’accentuer, la fiction récente multipliant de façon exponentielle les personnages de femmes fortes et autonomes, en les projetant dans des rôles et en les dotant de caractéristiques jusque-là réservés aux hommes.

Les protagonistes féminines ne sont plus des petites choses fragiles : elles sont capables de se débrouiller toutes seules, y compris en cas de danger physique. Symbole paroxysmique de la puissance au féminin , les super-héroïnes sont rapidement apparues sur les écrans. On pourrait multiplier les exemples de séries qui, des années 1950 à nos jours, ont mis en scène des femmes dotées de capacités surhumaines. Au gré du désamour et du regain d’intérêt cyclique du public pour le genre, elles ont ainsi occupé les seconds rôles dans Buck Roger, Captain Marvel, les premières versions de Batman, ou plus récemment dans Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D, Gotham, Arrow ou Daredevil. Mais aussi le rôle-titre dans The Bionic Woman, The Secret of Isis ,Electra Woman et Dyna Girl ou même (soyons fous) Fantômette et plus récemment Agent Carter. En élargissant le propos aux guerrières et combattantes, on pourrait ajouter Sidney Bristow (Alias), Lagertha (Vikings), Brienne de Thorn (Game of Thrones) ou Michonne (The Walking Dead).

Parangon de la femme puissante, forte et indépendante, le personnage de la super héroïne se prête – en particulier lorsqu’elle est au centre de sa propre série – à une lecture féministe : bien souvent, ses aventures et ses combats sont interprétés via le prisme du militantisme. Non sans débat, du reste. Avec deux héroïnes finalement assez proches, Wonder woman (magnifique Lynda Carter, en 1975) et Xena la guerrière (1995) ont suscité les mêmes réactions, à vingt ans d’intervalle. Amazones sexy, capables de mettre une raclée à n’importe quel ennemi, elles sont devenues des icônes pour certaines féministes mais aussi pour la communauté LGBT ; elles ont aussi été critiquées par d’autres, qui voyaient en elles un fantasme masculin et une collection de clichés sexistes. Au-delà de la controverse, toutes deux ont toutefois ouvert la voie à d’autres personnages féminins et se sont imposées dans un genre encore largement dominé par les personnages masculins.

A la fin des années 1990, la question du féminisme ne se pose pas  avec une série comme Buffy contre les vampires. Petit bijou d’intelligence mêlant humour et action, la série de Joss Whedon renverse tous les codes et tous les clichés. Buffy est une adolescente, une jolie blonde fluette qui, traditionnellement, apparaît quelques minutes dans un film d’horreur avant d’être trucidée par un tueur en série. Or, ici, c’est tout le contraire : loin d’être une victime sans défense, elle est dotée d’une force physique exceptionnelle et, désignée comme l’Élue, elle dégomme du vampire et du démon à longueur d’épisodes. Elle est en outre entourée de toute une galerie de personnages féminins extrêmement forts, remarquablement construits, qui battent en brèche tous les stéréotypes. Allégorie du mal-être de l’adolescence, de la difficulté de se construire et de grandir, la série va bien au-delà ; modèle pour toute une génération, Buffy reste sans conteste une héroïne féministe, et la magnifique conclusion de la série est en elle-même toute une déclaration enthousiasmante et un hymne au pouvoir des femmes en général.

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Supergirl frappe comme une fille. Et ça fait très mal…

Aujourd’hui,  deux autres héroïnes ont pris la relève, chacune dans un style bien différent. D’un côté, Supergirl, qui cherche à sortir de l’ombre de son cousin superman ; redéfinissant le personnage en le plaçant au cœur de débats actuels Supergirl est une série subtilement féministe (autant avec son héroïne qu’à travers le personnage de sa demi-sœur Alex) mais aussi engagée sur le terrain politique (par exemple sur la question de l’immigration). De l’autre côté, Jessica Jones est une série plus mature et plus sombre, qui s’inscrit dans la tendance actuelle de séries de super-héros plus adultes : alcoolique, colérique, fragilisée par des expériences traumatiques et des abus sexuels, cette détective privée sarcastique lutte autant contre ses ennemis que contre ses propres démons.

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Féministe, Jessica Jones l’est indéniablement – et pas uniquement en raison de l’histoire qu’elle raconte : sa showrunner, Melissa Rosenberg, a en effet choisi de confier l’écriture et la réalisation de la saison 2 uniquement à des femmes. Une démarche louable et unanimement saluée, mais qui souligne en même temps le chemin qui reste à parcourir : à notre connaissance, personne ne s’est enthousiasmé de voir la saison 2 de Daredevil entièrement écrite et réalisée par des hommes…

Jessica Jones et Daredevil : parité bien ordonnée commence par soi-même

Le personnage de Jessica est d’autant plus intéressant qu’elle n’est pas entièrement positive : pleine de défauts et de faiblesses, pas forcément sympathique, elle est un bon exemple de la complexité et de l’ambiguïté de nombreuses héroïnes apparues récemment dans les séries. Indépendamment du sexe du protagoniste, la fiction a pendant longtemps tracé une ligne claire entre le héros et son antagoniste, entre le gentil et le méchant. Depuis les années 2000, la frontière est devenue beaucoup plus floue, avec des personnages comme Sipowicz (NYPD Blue), Jim Profit, Tony Soprano, le Dr House, Walter White (Breaking Bad), ou Dexter. Pleins de zones d’ombres, avec une morale discutable (voire pas de morale du tout), tout leur intérêt réside dans un paradoxe : ce sont des héros négatifs.  

Le personnage de la « méchante » pourrait faire l’objet d’un article en soi. A l’instar des héroïnes, les antagonistes féminines se sont beaucoup diversifiées. Aux côtés de la manipulatrice sexy (Amanda dans Melrose Place, Anika dans Empire, Edie dans Deperate Houseviwes), on rencontre aussi des femmes de pouvoir (Miss Parker dans Le Caméléon, Sherri Palmer dans 24), des super-méchantes (Killer Frost ou Black Siren dans The Flash et Arrow) et des tueuses psychopathes (dans Luther ou Dexter). Reste qu’avec quelques années de décalage, les personnages féminins ont emprunté la même voie que leurs homologues masculins: l’héroïne se rapproche toujours davantage de la figure traditionnelle de l’antagoniste, avec des traits de personnalité négatifs.

De façon très symptomatique, ces anti-héroïnes sont souvent calquées sur les anti-héros qui le sont précédées. L’héroïne de Weeds, qui décide de vendre de la drogue pour conserver son niveau de vie, rappelle un certain Walter White ; accro aux médicaments, Nurse Jackie tient la dragée (de vicodine?) haute au Dr House ; médecin et tueuse en série, Mary (Mary Kills People) n’est pas sans évoquer Dexter ; flic corrompue, Harlee (Shades of blue) ne déparerait pas dans la Strike Team de The Shield.

How to get away with Annalise Keating ?

Émergent aussi des personnages originaux, et pourtant tout aussi ambigus : Hélène Fillière, chef de mafia corse froide et ambitieuse de Mafiosa, est par certain aspects encore plus dure que Tony Soprano : dans Hard, l’héroïne reprend le business de films X de son défunt mari ; monstres d’ambition, l’avocate Patti Hewes (Damages) et Annalise Keating (Murder) ne reculent devant aucune compromission ou coup bas pour gagner ; tout comme les héroïnes de UnReal, pour accroître l’audience de leur émission de télé-réalité.

A lire aussi : De Damages à Murder, des narrations électriques

Citons enfin la magnifique Carrie Mathison (Homeland), agent de la CIA bipolaire qui devient la véritable héroïne de la série dans la saison 4 : instable, violente et remettant en question l’autorité de ses supérieurs, elle brise un tabou supplémentaire lorsque, mère célibataire, elle part en mission à l’étranger en confiant sa fille à sa sœur pendant plusieurs mois.

Carrie Mathison, armée et dangereuse

Partir de I Love Lucy pour arriver à Jessica Jones : on voit bien la révolution qu’a connu la représentation des personnages féminins dans les séries. Le bouleversement est évident devant la caméra ; il est également présent de l’autre côté, avec l’émergence de femmes scénaristes, réalisatrices et créatrices de leurs propres séries. Une évolution remarquable et déterminante qui engendre de nouveaux modèles de personnages féminins, et qui impose un regard féministe – plus ou moins volontaire mais toujours plus prégnant – dans la fiction, qui fera l’objet de la troisième partie de ce dossier.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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