Visée par le lanceur d’alerte TwitchGauchiste, la streameuse politique Emmodem est au cœur d’une polémique. Ce mardi 18 août, elle s’excuse de s’être faite passer pour une femme racisée via un faux compte sur Twitch.
Emmodem, streameuse politique suivie par plus de 37 000 personnes sur Twitch, passe aux aveux ce lundi 17 août. Elle reconnait détenir un faux compte sur les réseaux sociaux. Pendant près d’un an, elle s’y fait passer pour une jeune femme algérienne et musulmane.
Le compte aurait publié plus de 5000 messages. La streameuse s’en servait pour défendre ses positions et attaquer d’autres streamers dans les conversations en ligne.
Ce sont les accusations du lanceur d’alerte TwitchGauchiste qui déclenchent aussitôt les aveux de la streameuse. Sur X, TwitchGauchiste révèle le faux compte, expliquant que certains commentaires l’ont poussé à enquêter. Ceux-ci semblaient montrer un “enthousiasme particulièrement marqué pour Emmodem”, explique-t-il, même quand on ne parlait pas de la streameuse.
Emmodem plaide coupable
Sous cette fausse identité, Emmodem raconte des situations présentées comme vécues par sa famille. Elle affirme, par exemple, que sa mère est insultée dans la rue à cause de son voile.
Ces récits renvoient à des situations réellement vécues par certaines familles musulmanes en France. En 2025, le ministère de l’Intérieur recense 326 actes antimusulmans, soit une hausse de 88% en un an.
La streameuse reconnaît aujourd’hui avoir utilisé ces expériences sans les avoir vécues. “Sous identité anonyme et invisible, j’ai utilisé dans de nombreux sujets une carte ‘concernée’ quand je ne l’étais pas”, écrit-elle sur X.
Emmodem qualifie elle-même son comportement de “clairement problématique” et “hyper raciste”. Elle reconnaît que cette pratique repose sur “une présentation de l’imaginaire blanc et français de que pourrait être une personne racisée, très caricaturale”.
La polémique dans son propre camp, LFI
Les réactions sont partagées. Certains internautes prennent sa défense, rappelant son engagement contre le racisme.
D’autres rappellent que les conséquences de cette fraude identitaire touche d’abord les personnes qui subissent le racisme. En récupérant l’identité de la femme algérienne musulmane, Emmodem ne subit pas ce que cette façade coûte à celles qui ne peuvent pas s’en défaire.
En 2018, la journaliste Wanna Thompson donne un nom à ce phénomène : “arabfishing”. Il désigne les femmes qui, en plus de se réapproprier les récits, adoptent les codes associés à la culture arabe et maghrébine.
“J’étais jalouse”
Sur X, Emmodem explique son comportement par la “solitude” et “l’isolement”. Elle écrit qu’il “y a ce truc de vouloir se reconnaître parmi les autres”. La streameuse reconnaît aussi que ce faux compte lui a “aussi servi pour ressortir (s)on seum sur d’autres streameurs dont (elle) étai(t) jalouse”.
Au lendemain de ces aveux, Emmodem publie un message d’excuses sur X. “Désolée pour toutes les personnes blessées”, écrit-elle, avant de reconnaître une contradiction avec sa propre ligne politique – La France Insoumise – qui rejette le “concernisme”. Ce terme désigne une pratique militante qui accorde une priorité absolue à la parole des personnes directement concernées par l’oppression en question.
En proie à la polémique, Emmodem affirme qu’elle va “s’éloigner d’Internet un bon moment”.