Ce mercredi 6 mai débute la diffusion de la série Enchaînés sur France 2. Une série historique racontant l’esclavage dans une plantation en 1806 sur l’Île Bourbon.
C’est le grand jour pour la série Enchaînés ! Ses premiers épisodes seront diffusés ce mercredi 6 mai au soir en exclusivité sur France 2. Dans les 6 épisodes prévus, Alain Moreau dresse le quotidien de jeunes esclaves présents sur une plantation de l’Île Bourbon. Pour Alain Moreau, la réalisation de ce projet est une occasion de combler un manque en France. Beaucoup d’œuvres ont traité de ce sujet à l’international, mais pas assez en France. Cette série répond alors totalement au besoin français d’honorer la mémoire des esclaves de l’époque.
L’esclavage n’est pas un « détail » de l’histoire française. Dès 1685, c’est Louis XIV qui l’inscrit complètement dans les mœurs en signant le Code Noir, un texte d’une soixantaine d’articles définissant explicitement le statut des esclaves dans les colonies françaises. Ce document validait le statut des esclaves de l’époque, qui étaient alors perçus comme des objets cantonnés à apporter une rentabilité maximale dans les plantations françaises.
L’enfer des esclaves
Entre le XVIIe et le XIXe siècle, l’enfer des esclaves démarrait bien loin de la métropole française. Les négriers français venaient capturer ou acheter des hommes sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, en Angola ou au Congo. La France était alors l’un des principaux importateurs d’esclaves en Europe. si bien qu’elle aurait déporté près de 1,4 million de personnes sur la période. Ainsi, Nantes s’était placée comme le principal port négrier européen.
Cette traversée reliant l’Afrique de l’Ouest aux colonies, surnommée « le voyage du milieu », était une première étape meurtrière puisque près de 15 à 20 % des esclaves y trouvaient la mort. À ce chiffre s’ajoutent les blessures, puisque nombreux sont les esclaves à arriver brisés physiquement.
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Une fois arrivés dans les colonies, les esclaves étaient proposés dans des marchés. Examinés publiquement comme du bétail, chacun était vendu en fonction de ses capacités physiques et de la rentabilité présumée qu’il apporterait dans les champs. Une fois achetés, leur quotidien était une horreur sans nom. Les journées débutaient avant l’aube et se terminaient après le coucher du soleil. Les blessures de travail étaient fréquentes, tout comme les maladies. Le Code Noir autorisait les esclavagistes à punir physiquement eux-mêmes leurs esclaves. Ces derniers vivaient sous la contrainte perpétuelle, sous peine d’être fouettés, mutilés ou même tués.
Le combat contre l’esclavage
Face à cette violence systématique, les esclaves n’ont jamais été passifs. La forme de résistance la plus répandue était le marronnage, fuir la plantation pour se réfugier dans les forêts ou les montagnes et y former des communautés libres. Sur l’Île Bourbon précisément, des esclaves marrons s’organisaient dans les hauteurs de l’île, hors de portée des maîtres. Au-delà de la fuite, le sabotage des outils, le ralentissement volontaire du travail ou la préservation secrète des langues et religions d’origine constituaient autant d’actes de résistance quotidiens. Les grandes révoltes ponctuent également cette histoire. La plus retentissante reste certainement la révolution haïtienne de 1791, menée notamment par Toussaint Louverture. Elle a abouti à la création d’Haïti, premier État né d’une révolte d’esclaves, le 1er janvier 1804. Ces résistances démontrent que l’esclavage, aussi brutal soit-il, n’a jamais réussi à écraser totalement la volonté des peuples réduits en servitude.

La France entame son combat contre l’esclavage en 1794, sous la pression de la Révolution française. Après son rétablissement sous le règne de Napoléon, une abolition définitive intervient en 1848 sous l’impulsion de Victor Schoelcher, homme politique influent du XIXe siècle. En 2001, Christiane Taubira, alors députée de Guyane, relance un combat de mémoire qui pousse la France à reconnaître, à travers la loi Taubira, l’esclavage comme un crime contre l’humanité.