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La France et la diabolisation de la mondialisation

La France, épileptique, convulse. Le Brexit, la conjoncture économique, le chômage, la loi travail, les attentas terroristes l’électrifient  jusqu’au plus profond de sa moelle. Elle est au prise avec des problèmes identitaires. Comme si le monde entier se liguait contre elle… L’avenir se pense incertain. Qui va-t-elle bien pouvoir être ? Se souvient-elle de qui elle a été, générations après générations ? Et auquel cas, qui est-elle de nos jours ?  Elle parait engluée dans la toile du temps séculier. Socrate nous aurait probablement glissé : la France se connaît-elle elle-même ?

Tout commence et se finit avec la mémoire. La mémoire est l’histoire racontée subjectivement par des témoins lors de leurs témoignages. Faculté psychologique collective, elle donne un sens au présent à la lumière du passé. Or cette mémoire française se sclérose.

On peut parler d’une rupture entre celle de naguère et celle d’aujourd’hui. Sans jugement de valeurs, ni en mal ni en bien. Juste les faits. La mondialisation, le processus d’ouverture des économies nationales au sein d’un marché devenu planétaire, alimente l’interdépendance, la déréglementation, la délocalisation…mais surtout elle engendre ladite Uniformisation, une chimère qui s’assortie d’inégalités de plus en plus criantes. Là encore, fi au manichéisme ! – je vous en prie.

Mémoire et mondialisation semblent donc s’opposer. Sans aucun doute leur processus est tout à fait antithétique. Le premier cristallise le passé afin que, plastique, il permette d’appréhender le présent sans fracture identitaire alors que le second, au contraire, s’émancipe de tout clivage pour proposer une structure au sein de laquelle les mémoires du monde peuvent interagir sans heurt.  L’enjeux est d’équilibrer ces mastodontes. Il ne faut pas basculer dans l’extrémisme ni de l’un, ni de l’autre. Ainsi d’autres choix peuvent s’offrir à notre belle France, autres que ceux de l’extrémisme religieux, politique, ou encore le règne sauvage du capitalisme de marchés couronnant unilatéralement les organisations intergouvernementales et les Multinationales.

Olivero

Olivero

Selon Marcel Gauchet, la mémoire des français discorde avec leur perception du monde et des règles auxquelles il obéit. C’est le mobile du divorce intenté entre l’élite et le peuple, refondant alors totalement les strates sociétales. La mondialisation propose des jugements spontanés, une façon de penser homogénéisée et autocentrée, des grilles de compréhension standardisées absolument aux antipodes des règles que l’élite veut faire prévaloir. Elle annihilerait la notion d’intérêt général. « L’Histoire c’est à dire un récit maîtrisé et coordonné des évènements du passé comme capables d’expliquer, de faire comprendre le cadre actuel, a cessé de fonctionner comme une généalogie collective » (Gauchet).

La France ne fait plus face aux mêmes problématiques que naguère. Les accords de Bretton Woods de 1944, permettant de construire les grandes lignes du système financier international, initient à une nouvelle manière de faire de la politique. Ils introduisent les acteurs planétaires à une scène politique internationale. Son front serait pacifié grâce aux échanges économiques. Mais dans ce monde interconnecté, les problématiques nationales sont également devenues internationales. Et au fur et à mesure la démographie planétaire s’affole.

La France, ballotée dans ce nouveau « Nouveau monde », s’arme de l’institution de l’Union Européenne. Cette-dernière endosse le rôle de tampon entre la France et ce grand tout qu’est le système mondial. Mais cette scène internationale est une véritable cacophonie d’intérêts particuliers qui l’immobilisent presque entièrement, comme on a pu le voir, par exemple, avec le développement durable et les échecs successifs des accords peu probants conclus à cet effet.

Auparavant auréolée de la mention « droit de l’homme » ou encore « philosophie des lumières », la France semble avoir perdu de sa grandiose prestance, sa capacité à donner un cap au monde, autant sur le plan européen qu’international. Quelles orientations pourrait-elle bien avancer à présent lorsqu’elle semble incapable de se réconcilier avec elle-même, fourmillant d’incertitudes ?

La France a toujours eu besoin de penser le monde, de s’y projeter. C’est sa propension à l’universel. Le modèle de la démocratie moderne était alors son dada favori, passible de diffusion à grande échelle. On peut sans doute dire qu’elle a impulsé cette fameuse mondialisation de ce modèle démocratique. Elle l’a vendu avec la mention « adaptable à tous et pour tous ». Le soit disant gouvernement « du peuple par le peuple et pour le peuple » (Lincoln).

Plantu

Plantu

C’est cette histoire qui ne paraît plus suffire à expliquer le présent ni à être abordée comme une expérience vécue et partagée dont le corolaire est la crise du politique en France. Désormais les sociétés ont à choisir leurs images. Elles voient leurs doubles dans le miroir. Or avant il n’y avait pas de miroir, pas d’illusions à crayonner.

Selon Pascal Lamy la France est un pays possédant une culture politique méditerranéenne du spectacle. On attend de nos hommes politiques qu’ils nous racontent une histoire, un identitaire fort.  Leurs discours cohérents doivent porter la France. Depuis Charles de Gaule, les politiques ont eu du mal à offrir ce type de vision ferme et natter les multiples mémoires du sol français entre elles.

Les français ont peur de la mondialisation, la diabolise. Ils l’envoient au pilori, tenue responsable des maux du pays. De la même manière, la mondialisation amène des problèmes de régulation. En effet, elle n’a pas de normes et se repose en aval sur les Etats pour amortir son dynamisme. Voici donc ouvert le règne de la compétitivité ! qui permet, tout de même, aux divers segments de pouvoir coexister.

L’Union européenne est assimilée à tort à la mondialisation, comme si elle était son cheval de Troie. C’est la cause du véritable désamour des français à son égard. Eux, pourtant, ils l’ont fervemment construite et portée. Elle n’est pas la « France en grand » mais un compromis. Les espaces de légitimité nationale ont du mal à se juxtaposer aux espaces de légitimité européen.

L’union européenne économique vacille, tuant dans l’œuf l’Union politique, au grand dam de ses fondateurs géniaux, se retournant probablement dans leur tombe. « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture » (Jean Monet).

Il est nécessaire que l’Union Européenne retrouve son lustre d’antan, qu’elle brille comme jadis, illuminée par ses vieux pays. L’Union européenne, en continuité avec son histoire et sa philosophie politique, possède bel et bien une vocation : civiliser ladite mondialisation – un projet que la France devrait conduire.

Voilà la porte de sortie du mal identitaire qui ronge cette dernière : la France doit exorciser ses préjugés mais surtout dompter son diable Mondialisation. Comme disait Socrate : « La première clé de la grandeur est d’être en réalité ce que nous semblons être. ».

Lardon - la France et le monde.

Lardon – la France et le monde.

 

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