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Hommage à Michael K. Williams : 5 raisons de regarder Hap & Leonard

Ce n’est pas la série la plus connue du regretté Michael Kenneth Williams, décédé Lundi 6 Septembre, mais Hap & Leonard vaut vraiment le détour.

C’est quoi, Hap & Leonard ?Dans le Texas des années 1980, on imagine mal deux personnalités plus différentes que celles de Leonard Pine (Michael Kenneth Williams) et Hap Collins (James Purefoy). Soit un noir, gay,vétéran décoré de la guerre du Vietnam et un ouvrier blanc hétéro qui a fait de la prison en tant qu’objecteur de conscience. Depuis l’enfance, ils sont pourtant liés par une indéfectible amitié et partagent toutes les galères. Et les galères, ils connaissent : leur tendance à s’embarquer dans des plans foireux les entraîne systématiquement dans des mésaventures improbables. Mais à la recherche du butin d’un braquage, pourchassés par des tueurs à gage ou aux trousses d’un tueur en série, les deux amis peuvent toujours compter l’un sur l’autre.

Raison n°1 : Une série fidèle aux romans

Hap & Leonard est adaptée d’une série de romans de Joe R. Lansdale, auteur génial que l’on vous encourage à découvrir : il a le chic pour insérer des intrigues criminelles haletantes dans un univers déjanté et plein d’humour sur le fil de l’outrance, mais aussi dans un cadre géographique et social hyper réaliste. Un décalage encore accentué par une galerie de personnages irrésistibles et hauts en couleur. Respectivement basées sur Savage Season,  Mucho Mojo et The two-bear mambo, les trois saisons de 6 épisodes chacune en reprennent les grandes lignes et respectent surtout ce ton et cette ambiance si particulières. Il faut dire que Joe Lansdale participe à l’écriture des scénarii, et que les créateurs de la série, Jim Mickle et Nick Damici, ont déjà adapté pour le cinéma son roman  Cold in July, avec un certain Michael C. Hall (Dexter) dans le rôle principal. 

Raison n°2 : Une série policière à part

Hap & Leonard, c’est stricto sensu une série policière avec ses intrigues criminelles. Mais ne vous attendez pas aux codes ou à la mécanique traditionnelle. En réalité, l’investigation proprement dite est quasiment absente de la série : on n’examine pas les preuves, on n’interroge pas une multitude de suspects. Et pour cause : Hap et Leonard ne sont ni flics, ni détectives ; juste deux mecs embarqués malgré eux dans une succession de mésaventures et qui, pour se sortir de cet imbroglio, tentent de dénouer le sac de nœuds dans lequel ils sont piégés. Cette dynamique donne un rythme singulier à la série, dont l’histoire progresse dans un tourbillon de rebondissements sur lequel les personnages n’ont aucune prise et où on ne sait jamais à quoi s’attendre.

Raison n°3 : Hap et Leonard

Le charme de la série vient d’abord de ses deux héros atypiques : Hap: blanc de la classe ouvrière, pacifiste emprisonné en tant qu’objecteur de conscience, abonné aux jobs miteux et aux relations amoureuses foireuses malgré un incurable romantisme ; Leonard: vétéran du Vietnam, noir, homosexuel, aux liaisons brèves et fougueuses, sanguin impulsif adepte des armes à feu. Deux hommes radicalement différents mais liés par une profonde amitié, qui n’exclut pas les engueulades. Leur relation, faite de joutes verbales colorées et de compréhension tacite, en fait un duo enthousiasmant, que l’on a plaisir à voir interagir. On s’attache immédiatement à ces deux losers, avec d’autant plus de facilité qu’ils sont incarnés à l’écran par un James Purefoy et un Michael Kenneth Williams qui rivalisent de charisme et de talent, et trouvent le parfait équilibre entre humour et émotion.

En selle, cow-boys !

Raison n°4 : Une pulp fiction

Personnages inénarrables, punchlines tordantes, vulgarité assumée, catastrophes en série ponctuées d’explosions de violence inattendues, rock et chaleur sudistes, couleurs criardes et mise en scène inspirée des comics : Hap & Leonard joue de tous ces éléments pour créer une ambiance pulp et décalée, avec l’outrance visuelle et le rythme qui vont avec. Toute proportion gardée, la première saison rappelle un peu Pulp Fiction ou encore Banshee, avec une tension qui va crescendo et explose brutalement dans tous les sens, ainsi qu’un humour qui accentue l’aspect surréaliste. Plus mesurée en saison 2 (il faut attendre les deux derniers épisodes pour que tout parte vraiment en vrille), mâtinée d’onirisme en saison 3, cette dimension est irrésistible tout au long de la saison 1 – avec un duo de tueurs excentriques dont vous nous direz des nouvelles….

Raison n°5 : Le contexte social

Plus réaliste, les deux dernières saisons gagnent aussi en finesse, en exploitant la richesse des problématiques sociales sous-jacentes : la réinsertion des vétérans, la misère des quartiers ouvriers, le racisme et l’homosexualité. Le Sud des États-Unis, dans les années 1980, n’est pas exactement l’endroit rêvé lorsqu’on est noir ou homosexuel –voire noir et homosexuel. Mais le personnage de Leonard s’écarte des clichés, et sa sexualité et sa couleur de peau ne sont que des caractéristiques parmi d’autres. La thématique raciale est toujours présente en arrière-plan : racisme explicite ou implicite, brutalités policières, inégalité devant la loi, préjugés socio-culturels, empreinte du Ku Klux Klan… Lansdale a l’intelligence d’examiner le sujet dans les deux sens, mettant en lumière une fracture profonde: Hap est également victime de racisme, de la part de la communauté afro-américaine.  Tout ce contexte foisonnant, indissociable de l’intrigue, affleure par touches légères et s’intègre totalement à la narration, avec acuité et subtilité, sans démonstration pontifiante ni manichéisme. 

Originale et décalée, avec des personnages attachants et charismatiques, des intrigues solides, un humour débridé et un rythme effréné : Hap & Leonard est indéniablement une série à part. A l’image des romans dont elle est issue, elle mélange suspense et humour, réalisme social et situations outrancières, avec une fraîcheur enthousiasmante. Et surtout, elle permet de revoir le regretté Michael Kenneth Williams, plus connu pour son rôle dans The Wire mais qui fait merveille dans le rôle de Leonard. 

Hap & Leonard
3 X 6 épisodes de 45’ environ.
Disponible sur Amazon Prime Video

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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