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Clément Cotentin (CANAL+) : “J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser Délivrance”

Journaliste basket sur CANAL+, Clément Cotentin (28 ans) a réalisé avec Fabrice Godet-la-loi l’Intérieur Sport Délivrance, récit filmé de l’épopée victorieuse de l’équipe de France menée par Tony Parker en septembre dernier. Documentaire qui a reçu, entre autres, le Grand Prix du Comité International Olympique au Sportel. Il a accepté de nous raconter les dessous de son masterpiece.

Comment t’est venu l’idée de réaliser ce documentaire ?

Clément Cotentin: Les rédacteurs en chef d’Intérieur Sport, Antoine Le Roy & Vincent Alix m’ont proposé de suivre l’équipe de France de basket avec notre JRI Fabrice Godet-la-loi, qui avait déjà suivi les coéquipiers de TP précédemment. J’ai bien sûr accepté ! J’avais déjà pu réaliser un Intérieur Sport sur les 20 ans du titre européen du CSP Limoges, donc j’ai répondu par l’affirmative avec beaucoup d’enthousiasme. L’idée était de suivre les Bleus dès la semaine de préparation à Pau, ce que j’ai fait. On les a ensuite à nouveau rejoints le jour de leur départ en Slovénie.

Un peu sur le mode les Yeux dans les Bleus.

Clément Cotentin: C’est vrai. D’ailleurs pour préparer mon doc j’ai regardé les Yeux dans les Bleus. Et c’est là que tu vois que ça a super évolué : à l’époque, tu n’avais presque pas besoin de monter etc. Tu peux moins le faire maintenant, parce que maintenant ce caractère exceptionnel de l’inside a disparu. Et ce qui a rendu le documentaire mythique, c’était véritablement le contact du journaliste avec les joueurs. Il avait réussi à nouer une telle relation qu’il n’y avait plus de barrière entre la caméra et les Bleus.

Justement, les joueurs ont-ils mis du temps à se lâcher devant tes caméras ?

Clément Cotentin: Dans les faits, ils gardent toujours une retenue. Il y a très peu de joueurs qui enlèvent complètement le filtre. Tony Parker, par exemple, a l’habitude de la caméra, donc il en joue. Sinon pour la plupart d’entre eux, ils ont un peu peur de se faire piéger. Mais par ailleurs, tu as des mecs comme Nicolas Batum qui sont si naturels qu’ils se lâchent totalement. Ils ont été très pros en tout cas et l’ont tous acceptée. Mais c’est clair qu’il y en a qui n’aiment pas ça parce que ça les met mal à l’aise.

Pour toi le déclic intervient quand (outre la mi-temps de France-Espagne) ?

Clément Cotentin: Le quart contre la Slovénie. Parce qu’ils arrivent à les battre, chez eux, dans leur Championnat d’Europe. Quand tu discutes après le match avec TP, tu sens que les mecs sont passés à travers tellement d’étapes et d’émotions (les championnats d’Europe Espoirs, la Serbie en 2003, la Grèce en 2005), qu’ils se contentés de donner le maximum. Après, la question c’était : est-ce que les éléments pour gagner, qui sont là, vont s’accorder ? Le but de Vincent Collet était que chacun remplisse sa mission et la remplisse bien. Et qu’ils y arrivent tous en même temps.

L’échange sur les tirs à 3 points entre Batum, Parker et le coach Collet est savoureux.

Clément Cotentin: Exactement ! C’est vrai, il y a eu le discours de Tony Parker à la mi-temps de France – Espagne, qui a marqué beaucoup de gens. Mais, pour moi ce genre de discussions, c’est presque ce que je préfère. Même la discussion Parker-Collet, sur le banc à l’entraînement, qui arrive après. Même quand tu n’es pas spécialiste de basket, tu t’en fiches, parce que tu es au cœur du truc. Tu y vois toute la précision et la mécanique d’une équipe. En gros, Collet dit à Batum de limiter les tirs à 3 points pour favoriser des tirs à 2 points. Dans le but d’éviter de déséquilibrer l’équipe. Quand je dérushais le soir, je me disais : « ça tue » (rires). J’ai vraiment galéré pour couper dans la séquence car je préparais la version courte du doc à l’époque. J’avais vraiment peur de perdre le sel du moment. Ce qui est drôle, c’est qu’après Collet demande à l’inverse à De Colo de plus prendre sa chance à trois points. En tout cas, je savais que je tenais un moment exceptionnel. Une scène à voir (rires) !

Premier tournant, la victoire contre la Slovénie.

Clément Cotentin: Oui, parce qu’avant il y a beaucoup de faux départs (Allemagne, Ukraine, Lituanie). Avec notamment cette anecdote, que je n’ai pu mettre dans le documentaire. Il y a un moment qu’on filme, où Parker vient demander à Collet si ça ne change rien si ils perdent contre la Serbie. En gros : ça signifiait qu’ils voulaient éviter de s’entamer physiquement avant le quart contre la Slovénie. Et après la… défaite contre la Serbie, on en est à 3 revers depuis le début du tournoi : ça fait beaucoup. Donc la victoire contre la Slovénie, pays hôte, lance vraiment l’équipe de France.

L’échéance suivante, c’est la demi contre l’Espagne qui tourne à la déroute… jusqu’à la mi-temps et le discours de Tony.

Clément Cotentin: Ils étaient plus que motivés. Ils en avaient marre, comme le dit Nico Batum dans le documentaire. Et ils n’osaient pas trop me le dire d’ailleurs. Ils respectent vachement l’Espagne, il y a rivalité mais pas non plus haine. Ils ont cependant vu l’écart se réduire au fil des années. Donc perdre à nouveau contre les Espagnols, c’était hors de question. Il y avait eu déjà la défaite en finale de 2011, la défaite aux Jeux Olympiques (en quart de finale, ndlr) et un nouveau revers… en préparation, avant l’Euro. Il n’est plus question d’échouer. Ils commencent pourtant le match paralysés. Et là tu te dis : non, ce n’est pas possible. Car de facto, je joue aussi mon Euro finalement. S’ils perdent, comment vais-je faire? Je vais très probablement devoir angler mon doc sur une malédiction : ce n’est pas positif, je vais devoir partir d’un échec… Donc heureusement que Tony est présent en première mi-temps, sinon on est à -20 ou à -25 au début de la seconde. Quel joueur ! Pour l’anecdote, je ne l’avais jamais vu jouer en vrai, et c’est là que j’ai véritablement compris que c’était un basketteur de légende. C’est hallucinant, un truc de fou ! Ce n’est pas un monstre physiquement, mais il maîtrise son sport à la perfection. Il est rapide, vif, il sait quand il faut attaquer… Et il y a aussi son discours, qui restera dans les annales c’est clair.

Quelles 40 dernières secondes dans le temps réglementaire.

Clément Cotentin: Toute la deuxième mi-temps est folle. La dernière minute est tendue, avec le rebond de Pietrus qui met un coup de coude à Marc Gasol. Il transmet à Parker qui met un 3 points tranquille en première intention, on mène donc. Et puis le tir de Calderon, joueur de NBA, shooteur à 3 points de métier… et il le manque ! Là, tu te dis que la chance a basculé de notre côté.

Et cette victoire en prolongations.

Clément Cotentin: Ils ont fait une prolongation de fous furieux ! Ils défendaient très bien mais ils ne marquaient paradoxalement pas. Il n’y a que sur les lancers francs qu’on est présents. Il y aussi eu la perte de balle de Batum sur passe de Parker qui rappelle Florent Pietrus en demi-finale du championnat d’Europe 2005 (contre la Grèce, Pietrus perd la balle sur une passe de Parker alors qu’il reste 40 secondes à jouer et que la France mène 62-58. La France perdra ce match sur un tir de Diamantidis 30 secondes plus tard : score final 66-67, ndlr). Heureusement cette fois-ci on s’en sort bien.

Et puis il y a cette finale contre la Lituanie… Match mené de main de maître, victoire, consécration.

Clément Cotentin: Le vrai exploit c’est contre l’Espagne, vu le passé entre les deux équipes. Le match contre la Lituanie a été intense certes, mais ce n’est pas LE temps fort du tournoi. Le summum de l’émotion est déjà passé, donc je ne nie pas avoir eu du mal à placer la finale dans le documentaire. Par contre, tout le monde a été bon et cela a été un vrai match de gala. Une belle conclusion pour un Eurobasket exceptionnel !

Propos recueillis par Bruno AHOYO en exclusivité pour Radio VL

En bonus, la version courte du documentaire :

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