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Jordan Goldnadel : « J’aime la nouvelle génération de cinéastes à laquelle j’appartiens. »

Jordan Goldnadel

 

Jordan Goldnadel est un jeune acteur, producteur, scénariste et réalisateur français. Après avoir fait ses classes dans la prestigieuse Tisch School of Arts à New York, ce jeune talent cosmopolite aux multiples casquettes a d’abord réalisé plusieurs courts métrages. Puis est venu son premier long métrage intitulé Happy (2015). Ce film raconte la rencontre amoureuse d’une jeune photographe américaine avec une jeune Parisien bourgeois en quête de sens dans sa vie. Leur romance va être ponctuée de voyages et de rencontres…

Bonjour Jordan, comme êtes-vous venu au cinéma ?

Quand j’avais 8 ans, mon école a été sélectionnée au hasard parmi toutes les écoles parisiennes et tous les jeudis pendant un an, on allait étudier le cinéma à la cinémathèque française. On a étudié le cinéma américain, les films de Charlie Chaplin et on a nous-mêmes fabriqué un court métrage tous ensemble.

A partir de ce moment-là j’ai su que le cinéma était ma vie. Une fois mon Bac en poche, je suis parti aux Etats-Unis faire mes études de cinéma à la Tisch School of the arts de l’Université de New York (NYU).

J’y ai fait d’autres courts métrages, y ai étudié le cinéma expérimental. J’ai tourné en pellicule et monté moi-même sur une machine qu’on appelle un steenbeck (table de montage utilisée pour monter un film en 16 ou 35 mm, ndlr), dans le but d’appréhender la texture du film, savoir vraiment de quoi il s’agissait.

Cinq ans après mes études là-bas, j’ai été très triste d’apprendre qu’ils ont fermé ce département et que la section film a été définitivement remplacée par du numérique.

« Je me suis inscrit à l’école de cinéma sans le dire à mes parents »

 

Jordan Goldnadel

Façade de la NYU Tisch school of arts.

Pourquoi avoir choisi la Tisch School of the arts ?

Inspiré par le cinéma américain, je rêvais de vivre à New York. Mes parents n’étaient pas du tout du milieu du cinéma et voulaient que je suive des études académiques plus “traditionnelles”. Je me suis inscrit à NYU me disant « Je vais entrer dans l’école de business pour faire plaisir aux parents, et je pourrai prendre des cours de cinéma. »

Mais très vite j’ai compris que c’était absolument impossible de faire les deux. Dans l’école de commerce, je travaillais dur sur des choses qui ne m’intéressaient pas. Par la suite, je me suis inscrit dans l’école de cinéma sans le dire à mes parents.

Finalement, quand mes parents ont appris que j’avais été accepté dans cette école et tous les grands noms (Martin Scorsese, Angelina Jolie) qui y étaient passés, ils ont compris que j’étais vraiment fait pour ça.

« La vie à New York est une bataille exaltante et permanente (…) qui attire des personnalités intéressantes du monde entier. »

Que vous a apporté personnellement l’expatriation à New York ? Est-ce que cet épisode a influencé votre Œuvre ?

Oui, énormément. Je suis resté plus de quatre ans à New York, entre 18 et 22 ans, ce qui constitue une période de la vie très formatrice. Sans dire trop de banalités, New York est une ville extraordinaire, où tout est possible. Je me suis énormément imprégné de la ville, de ses possibilités, des rencontres extraordinaires que j’ai faites.

C’est une ville qui attire des personnalités intéressantes, du monde entier. Mais en même temps, cette expatriation a été pour moi une expérience parfois difficile.

Tous les matins, on se demande : « Quel problème va m’arriver aujourd’hui ? ».

Jordan Goldnadel

Le fourmillant quartier de Times Square à New York. Crédits : emirates.com

Et à la fin de la journée, on ne sait jamais comment ça peut se finir, en bien ou en mal (rires).

Sur le plan artistique, cette ville est très stimulante. C’est d’ailleurs grâce à cette expérience que j’ai réalisé mon premier long métrage, Happy, sorti en 2015.

La façon dont j’ai procédé est totalement américaine. La mentalité là-bas, c’est qu’on doit se débrouiller coûte que coûte pour faire son premier film. Sans forcément être dans les rails où disposer de millions de dollars.

Dans vos films, plusieurs thèmes semblent transparaître : l’amour, le voyage, les rencontres, la quête d’un sens dans la vie, la liberté, le racisme. Etes-vous d’accord avec cette analyse ?

Vous faîtes une très bonne analyse. Le racisme, l’homophobie, la haine et peur de l’autre sont des thèmes que j’aborde parfois dans mon œuvre. Cela fait écho à tout ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui, qui bascule sous nos yeux dans le populisme.

Mais je suis encore jeune, donc je tente de garder un regard neuf sur les événements, et une sensibilité à fleur de peau que j’essaie d’utiliser pour être honnête dans mon travail. Et surtout un besoin de liberté. Je n’aime pas qu’on me donne des ordres!

« Le système français ne soutient pas la création en dehors du circuit »

Parlons de votre premier et seul long métrage réalisé à ce jour : Happy (2015). Quelles ont été les principales difficultés pour réaliser ce premier long métrage ?

Il y a eu un tas de difficultés en effet. D’abord financières : comment trouver l’argent pour pouvoir faire ce film? On a eu recours au financement participatif, ce qui a nous permis non seulement de lever de l’argent mais aussi de générer un intérêt autour du projet.

Ensuite, à mon retour à Paris, il a fallu me reconstituer « une famille ». Et ça a pris du temps. Je me suis surtout rendu compte qu’en France, quand on fait un film hors du système, il est quasiment impossible de le faire rentrer dans le système. En d’autres termes, quand on est un jeune réalisateur et qu’on n’arrive pas à débloquer des aides à la production dès la conception du film on ne rentre pas dans le circuit.

Contrairement au système américain, le système français ne soutient pas la création en dehors du circuit. Mais au moins, contrairement aux US, ici on a un système!

Finalement, on est heureux car Happy est sorti dans une quinzaine de pays dont les US, et en France, il a même reçu deux nominations au très prestigieux Prix Henri-Langlois en 2016. Par ailleurs, Happy a été vendu à Amazon Prime, le principal concurrent de Netflix.

Et puis, surtout on a rencontré un public, c’est ça le plus touchant. Grâce aux réseaux sociaux, chaque jour je reçois des messages touchants de gens des quatre coins du monde.

 

Pourquoi le titre Happy ?

Pour deux raisons. A l’origine le titre devait être A happy time, traduction d’un morceau de citation de Proust qui décrit la jeunesse comme “un heureux temps” et qui parle du doute.

Mais avec les quatre personnes nues allongées dans un lit sur l’affiche, ça fait vraiment film porno (rires). Donc j’ai préféré mettre juste « Happy ». C’est un peu ironique. Quand on est jeune, on est censé être heureux. Et pour autant, quand on est dans cette phase de transition, on se dit que ce n’est pas une période de la vie si facile (rires).

Jordan Goldnadel

*Dernièrement, Jordan Goldnadel était présent au Festival de Vienne (15 novembre-1er décembre). Il y a présenté son dernier court métrage, Et puis, la violence (2015), qui traite de la montée de l’intolérance et du racisme dans une France meurtrie par les attentats. C’est donc à son retour en France que Radio VL a rencontré le réalisateur (ndlr).

Vous rentrez tout juste d’un festival en Autriche ?

Oui tout à fait. Je reviens du Festival de Vienne, où un de mes film, intitulé Et Puis, la Violence (2015) faisait l’ouverture en 1ere partie du film d’Ivan Attal, Ils sont partout. Ce film parle de la montée de la haine et du racisme en France, à travers les yeux d’une jeune Française de tradition juive.

Il vise à montrer que quand des minorités sont attaquées dans un pays, cela dénote un mal bien plus profond au sein d’une société et qu’en fait c’était bel et bien la France entière qui était visée dès le début des attentats.

Jordan Goldnadel

Par chance, le film a été sélectionné dans beaucoup de festivals dont certains pré-qualifient pour les Oscars lorsqu’on y gagne un prix. On attend de savoir si on a gagné ou pas !
« J’ai eu plusieurs vies ! »
La politique vous intéresse. Vous détenez d’ailleurs aussi un master en sciences politiques.
C’est vrai. J’ai eu plusieurs vies (rires).
J’ai eu la chance de pouvoir travailler avec le réalisateur israélien Eytan Fox (Tu marcheras sur l’eau, The Bubble…). Comme je me suis retrouvé à Tel Aviv, j’en ai profité pour m’instruire sur les conflits de la région et ai obtenu Master en sciences politiques et un certificat de médiation international de l’institut de la Paix des Etats-Unis.

*Vidéo Youtube The boy and the chess player

“J’aime la nouvelle génération de cinéastes à laquelle j’appartiens.”
Enfin, quels sont vos projets ?

Je prépare mon deuxième long métrage intitulé Les invaincus, qui est en développement. Ce deuxième film traite d’un tout autre sujet, même si on retrouve les mêmes thèmes de la liberté et de la quête de sens dans la vie que dans Happy.

Cette fois-ci, on les retrouve à travers un trio amoureux de jeunes gens confrontés à la maladie. Paradoxalement, ce film est plein de vie et d’énergie car il parle du combat, de la lutte pour s’en sortir.

Sinon, j’aime la nouvelle génération de cinéastes à laquelle j’appartiens et travailler avec eux, c’est pour cela que j’ai produit deux courts métrages très intéressants qui sortiront courant 2017. (Lola & Eddie, avec Lola Bessis & Tom Leeb, co-réalisé avec Charlotte Karas, et Momentum, de David Solal, dans lequel je joue aussi).

Jordan Goldnadel

Niveau US, j’ai tout récemment co-produit un long métrage américain tourné en partie à Paris,intitulé Thirst street, avec Damien Bonnard, Lola Bessis, Alice de Lencquesaing, Esther Garrel, entre autres. Ce film est réalisé par Nathan Silver, un jeune réalisateur américain montant dans la nouvelle génération du ciné indé new-yorkais et sortira en 2017.

Enfin, j’ai participé à la réalisation du film américain/Islandais, Autumn Lights, dans lequel je joue également, sorti en salles aux US en Octobre dernier.

 

 

 

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