La crise monétaire qui s’aggrave en Turquie depuis vendredi 10 Août pourrait avoir de sérieuses répercussions économiques à l’échelle mondiale. Elle pourrait aussi changer la donne géopolitique en Europe.

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AFP PHOTO / OZAN KOSE

Le bras de fer entre Erdogan et Trump ne démord pas

Le bras de fer se poursuit entre les deux pays, pourtant alliés proches auparavant. En effet, Les Etats-Unis et la Turquie avait signé un traité de défense mutuelle et étaient deux piliers de l’OTAN.

Les tensions diplomatiques sont le résultat d’une négociation perdue. Ankara demandait que Washington lui livre Fethullah Gülen, que Erdogan voit comme le vrai responsable de la tentative de coup d’État de Juillet 2016. Washington réclamait la libération de Andrew Craig, ressortissant américain suspecté (de manière pas bien établie) d’être complice de la même tentative de putsch.

La crise qui s’est précipitée vendredi 10 Août résulte de ces crispations diplomatiques.

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Une crise monétaire difficile à endiguer

La dévaluation de la monnaie entraîne une inflation en hausse. Pour y remédier, les taux d’intérêt sur les crédits à la consommation ont aussi augmenté. La consommation domestique va donc ralentir très prochainement, ce qui est problématique car elle représente deux tiers de la croissance turque.

A cela s’ajoute la difficulté de rembourser des emprunts de devises avec la livre turque affaiblie. Une croissance qui freine et un problème d’insolvabilité mettent en péril l’économie turque

L’économie turque ne représente qu’1 % du PIB mondial, cependant, la crise peut prendre de l’ampleur si elle se propage.

Les pays émergents seraient les premiers touchés. Effectivement, le rouble russe, le peso argentin, le rand sud-africain sont en première ligne, du fait de la perméabilité financière entre les banques. Les pays d’Europe du Sud seraient aussi concernés dans une moindre mesure car les banques turques y sont endettées. L’Espagne par exemple, est créancière de 81 milliards de dollars que la Turquie risque de peiner à rembourser. La Turquie doit aussi rembourser 35 milliards de dollars à la France.

Cette situation a des points communs avec la crise asiatique de 1997.

Cependant, le risque réel s’avère limité.

La crise n’a pas déclenché de panique mais a suscité des inquiétudes.

En revanche, la crise peut impacter l’équilibre géopolitique actuel. La Russie verrait l’affaiblissement de l’OTAN comme l’opportunité de se réaffirmer militairement sur la scène internationale. Les États-Unis perdraient un allié important et donc de l’influence dans la périphérie de la région ottomane.