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Le Liban encore un peu plus dans la tourmente syrienne

Une importante explosion a retenti ce mardi 9 juillet dans la banlieue-sud de Beyrouth, à proximité du quartier du Hezbollah. L’attentat a eu lieu à 11h heure locale (10h en France) et aurait fait au moins 38 blessés. Le bilan est encore vague, mais la chaine de télévision du Hezbollah annonce une voiture piégée.

 

Bien que le Liban fasse tout depuis plus de deux ans pour ne pas voir le conflit syrien pénétrer ses frontières, il est désormais impossible d’estimer que le pays peut rester détacher de cette profonde tourmente régionale. Le mal est bien présent, et ce pour plusieurs raisons.

A commencer par la position du Hezbollah. Le groupuscule anti-sioniste, qui renonce depuis toujours à l’action non-violente, est ouvertement engagé dans la guerre en Syrie au côté du régime d’Al-Assad, et ce depuis bien avant la guerre civile syrienne. Hassan Nasrallah, dirigeant du Hezbollah avait déclaré, en juillet 2012, avoir été militairement financé par la Syrie au moment de la guerre de juillet 2006 contre Israël, agissant ensemble disait-il « pour punir l’Occident ».

Une prise des attentats à la voiture piégé du 9 juillet près dans le sud de Beyrouth (Crédit photo Reuters - Issam Kobeisy)

Une prise des attentats à la voiture piégé du 9 juillet près dans le sud de Beyrouth (Crédit photo Reuters – Issam Kobeisy)

A la même période, des tensions avaient aussi éclatés au sein du gouvernement libanais. L’armée syrienne avait alors passé les frontières libanaises, pillant les villages aux alentours et entrainant la fuite des habitants de la région de Qaa, provoquant ainsi la colère du chef d’Etat libanais Michel Sleiman. Ce dernier avait alors demandé à son ministre des affaires étrangères, Adnan Mansour, issu du Hezbollah, de convoquer l’ambassadeur syrien, et Mansour refusa. En outre, selon des témoignages, l’armée libanaise n’avait pas non plus protégé les habitants du Qaa de ses exactions.

Pourtant, jusque-là, les militants du dit « parti de Dieu » étaient divisés sur la question syrienne et le fait de les soutenir ouvertement, notamment pour des raisons historiques. Dans les années 80, Damas soutenait l’autre mouvement chiite Amal. Bien que l’Iran et la Syrie fussent alliés face à l’Irak de Saddam Hussein, Damas n’aimaient voir les iraniens s’occuper avec une telle attention du Liban. Et c’était ce qui a amené à la création du Hezbollah, crée sous l’impulsion de l’Iran, et depuis inconditionnels alliés. Par deux fois, cette influence aura pris une tournure sanglante. En 1986, pour se venger d’un affront fait aux « observateurs » syriens dans les rues de Beyrouth, l’armée syrienne a commis un massacre dans une caserne du Hezbollah, tuant 15 personnes, yeux bandés face au mur. La 2nde fois fut en septembre 1993, au moment où la Syrie menait des accords de paix avec Israël. Le Hezbollah organisa une manifestation de protestation qui s’en est suivi d’une violente répression : l’armée libanaise, entrainé par la Syrie, ouvra le feu, tuant 13 personnes.

Tels étaient les raisons des principales divisions au sein du Hezbollah l’an dernier. Mais sous l’impulsion de Nasrallah, arrivé à la tête du parti en 1992 et fixant les priorités sur le combat contre Israël, les rapports entre l’Iran et la Syrie se sont apaisés, et sur la question du conflit syrien le parti a fait vite son choix. Si les faits historiques laissent des traces indélébiles, le Hezbollah est conscient que l’aide logistique et matérielle du régime syrien leur est précieuse.

Le 28 juillet 2012, le quotidien  libanais An Nahar  annonce que le Hezbollah a envoyé en Syrie son « unité 910 », considéré comme étant une de ses unités de combat. Voilà donc près d’un an, tout du moins, que les libanais sont directement liés au conflit syrien. Mais ce n’est que le 30 avril dernier que Nasrallah reconnu officiellement son engagement militaire au côté du régime syrien.

 

C’est d’autre part et plus généralement la position de la Syrie face au Liban qui empêche ce dernier de ne pas rentrer dans les problèmes de son voisin. En cause, la position néocoloniale syrienne. Depuis l’arrivée au pouvoir des Assad, le Liban ne cesse de subir les pressions de son voisin. Le Liban reste profondément marqué par l’assassinat de Rafiq Hariri en 2005, alors premier ministre du pays, et soupçonne directement Damas depuis lors.

Mais le conflit syrien est véritablement arrivé au Liban le 19 octobre dernier, lors duquel un attentat à la voiture piégé fit 8 morts et 86 blessés dont un haut responsable militaire libanais et chef des renseignements, Wissam Al-Hassan, dans le nord de Beyrouth. Pour nombreux experts, c’est depuis lors que le Liban est profondément entré dans le conflit syrien.

L’attentat à la voiture piégé d’aujourd’hui va toutefois renforcer les tensions confessionnelles au Liban, là où les chiites, représentés majoritairement par le Hezbollah désormais, soutiennent le régime d’Al Assad, et où les sunnites soutiennent majoritairement la rébellion syrienne. Ce qui est clair c’est que les incidents au Liban se multiplient depuis le début de l’année 2013 (voir carte ci-dessous), et le pays semble petit à petit replonger dans un gouffre qui était le sien au moment de la guerre civile libanaise de 1975 à 1990. Il y a deux jours, c’était deux bombes qui ont explosé dans le Hermel qui ont fait trois blessés dont deux soldats. Ce précédent évènement s’inscrit dans un cycle croissant de violences dans le pays.

 

Violences armés au Liban depuis mai 2013

Violences armés au Liban depuis mai 2013

D’autre part, un récent rapport de la Banque Mondiale indique que le Liban est sévèrement touché économiquement par la guerre syrienne. Le tourisme, les finances publiques et les exportations sont les secteurs les plus touchés par cette crise. La BM a estimé à 303 millions les pertes dans le tourisme, soit 0,5% du PIB de l’année dernière.

 

L’opposition syrienne quant à elle continue de faire face à ses problèmes internes de coalition. En effet, le premier ministre de l’opposition, Ghassan Hitto, a annoncé sa démission ce lundi 8 juillet après 4 mois de gouvernance pour n’avoir pas réussi à former un gouvernement de transition. La coalition est donc loin d’être abouti, et tant que cela restera ainsi, les rebelles n’auront pas la crédibilité suffisance pour mener à terme leur révolution, à partir du moment où ils dépendent des approvisionnements étrangers, particulièrement ceux des pays occidentaux. Ces derniers progressivement se décider sur un éventuel soutien armé aux rebelles depuis la découverte d’usage de gaz sarins contre les rebelles, mi-juin. Les Etats-Unis ont déjà officialisé le leur.

En Irak, de telles tensions confessionnelles ont amené aujourd’hui à une guerre civile, et il se pourrait que celle-ci s’étende jusqu’au Liban. Le monde arabo-musulman est donc plus divisé que jamais. De son côté, Israël tire profit du fait de ne plus être le centre des attentions géopolitiques de ses voisins. D’autant qu’avec l’élection d’Hassan Rohani en Iran, les tensions semblent se calmer. Peut-être sommes nous en train d’assister à un changement de tourmente au Moyen-Orient, passant d’un conflit israélo-arabe à un conflit confessionnelle entre chiites et sunnites, qui pourrait finalement s’avérer bien plus grave et chaotique que son prédécesseur. Une telle affirmation peut paraître prématurée. En tous cas les signes sont là, et c’est un fait suffisant pour craindre la suite des évènements.

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