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Les Colby : splendeur, décadence et ovnis au cœur du spin-off le plus audacieux des années 80

Découvrez l’histoire secrète de Les Colby (The Colbys), le spin-off légendaire de la série culte Dynastie. Entre casting hollywoodien prestigieux (Charlton Heston, Barbara Stanwyck), trahisons familiales et final extraterrestre totalement improbable, retour sur le soap opera le plus cher, le plus glamour et le plus audacieux des années 80 produit par Aaron Spelling.

Au milieu des années 1980, la télévision américaine traverse l’âge d’or du soap opera de prestige. Mené par le duel fratricide entre Dallas (CBS) et Dynastie (ABC), le petit écran tremble sous les coups de boutoir des trahisons familiales, des complots financiers et des brushings défiant les lois de la gravité. En 1985, face au succès insolent de la famille Carrington, les producteurs d’ABC et le magnat Aaron Spelling tentent un coup de poker magistral : lancer un spin-off (une série dérivée) centré sur une autre dynastie, encore plus riche, plus puissante et plus impitoyable. C’est la naissance de Les Colby (The Colbys), une œuvre flamboyante qui, en seulement deux saisons et 49 épisodes, aura marqué l’histoire de la pop culture par ses excès et son audace narrative. La série devrait sortir en DVD chez nous d’ici quelques mis.

L’art de l’extension d’un empire télévisuel

L’introduction de cette nouvelle famille se fait par le biais d’un procédé désormais classique mais alors révolutionnaire par son échelle : le crossover. À l’automne 1985, les téléspectateurs de Dynastie voient débarquer à Denver la famille Colby, venue de Los Angeles pour sceller des accords industriels. Le public fait ainsi la connaissance de Jason Colby (interprété par l’icône de l’âge d’or hollywoodien Charlton Heston), un patriarche de l’immobilier et du pétrole, et de son entourage complexe.

Le pont entre les deux univers est consolidé par le personnage de Fallon Carrington (Emma Samms). Présumée morte dans la série mère, elle réapparaît amnésique sous le nom de Randall Adams et épouse l’un des fils Colby, Miles (Maxwell Caulfield). Lorsque Jeff Colby (John James), son véritable époux, découvre la vérité, le décor est planté pour un affrontement fraternel et inter-familial d’une rare intensité.

Un casting digne du grand écran

Pour valider le budget pharaonique de la série (estimé à plus d’un million de dollars par épisode, une somme astronomique pour l’époque), Aaron Spelling applique sa formule magique : associer de jeunes espoirs séduisants à des légendes hollywoodiennes en fin de carrière, avides de retrouver les projecteurs.

Aux côtés de Charlton Heston, impérial et rigide en magnat californien, la production recrute :

  • Barbara Stanwyck, l’icône du film noir, dans le rôle de Constance Colby, la sœur de Jason.
  • Stephanie Beacham, royale et venimeuse dans le rôle de Sable Colby, l’épouse bafouée.
  • Katharine Ross, star de Le Lauréat, incarnant Francesca, la sœur de Sable et le grand amour secret de Jason.

Ce parterre de stars apporte une indéniable touche de prestige. Pourtant, les coulisses sont loin d’être un long fleuve tranquille. Barbara Stanwyck, insatisfaite de l’évolution des scénarios et des conditions de tournage, claque la porte dès la fin de la première saison, qualifiant la série de « nanar de luxe ».

Splendeur visuelle et audace scénaristique

Visuellement, Les Colby pousse les curseurs du glamour à leur paroxysme. Située à Los Angeles, la série abandonne les tons froids et montagneux de Denver pour adopter une esthétique lumineuse, faite de villas de marbre blanc, de yachts de luxe et de robes de créateurs incrustées de diamants.

Scénaristiquement, le feuilleton recycle les ingrédients qui ont fait le succès du genre : adultères, chantages, secrets de naissance et rivalités corporatistes. La confrontation entre Sable (Stephanie Beacham) et Francesca (Katharine Ross) offre des dialogues d’une cruauté jubilatoire, portés par le jeu outrancier et magnétique de Beacham, qui vole rapidement la vedette au reste de la distribution.

Le dérapage fantastique de la saison 2

Cependant, face à des audiences décevantes qui ne parviennent pas à égaler celles de Dynastie, les scénaristes tentent le tout pour le tout lors de la seconde saison. C’est ainsi que la série bascule de la chronique financière au fantastique pur.

Le point culminant de cette dérive reste le final de la saison 2, diffusé en mars 1987. Alors qu’elle est perdue dans le désert californien, Fallon Carrington se retrouve face à un véritable ovni. Dans une scène devenue mythique, elle monte à bord d’une soucoupe volante sous les yeux de téléspectateurs médusés. Ce cliffhanger (fin ouverte), censé relancer l’intérêt pour une troisième saison, scellera en réalité le destin de la série.

Un héritage pop et l’heure du bilan

Jugée trop coûteuse et devenue l’objet de moqueries en raison de sa conclusion extraterrestre, ABC annule Les Colby au printemps 1987. Jeff et Fallon retournernent alors gentiment à Denver dans Dynastie, comme si de rien n’était (ou presque, Fallon évoquant brièvement son « enlèvement »).

Avec le recul, Les Colby incarne l’apogée et le chant du cygne des soap operas des années 80. La série a péché par excès d’orgueil, croyant que le public suivrait indéfiniment des personnages déconnectés de la réalité économique de l’époque.

Pourtant, près de quarante ans plus tard, le show conserve un statut de série culte. Elle reste le symbole d’une époque télévisuelle où tout était possible, où l’audace n’avait pas de limite, et où une intrigue de multinationale pouvait se régler par une rencontre du troisième type. Un plaisir coupable, certes, mais un monument de divertissement pur.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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