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La corruption de l’industrie pharmaceutique

Ce lundi 5 Janvier s’est déroulé l’appel pour une opération mains propres sur la santé organisée par plusieurs parlementaires et professionnels du monde médical. Appel exécuté sous la forme d’une conférence de presse tenu dans une antenne du parlement européen dans le 7e arrondissement de Paris. En ligne de mire, les conflits d’intérêts mêlant politiques ou hauts fonctionnaires et les laboratoires pharmaceutiques, ainsi qu’une réflexion sur les économies qu’engendreraient une refonte complète de certaines infrastructures (comme le CEPS ou l’HAS).

Depuis plusieurs années, les affaires de conflits d’intérêts et de corruptions incluant des maillons jusqu’au plus haut sommet de l’état et de l’administration ce sont banalisées, multipliées. Couplée à l’opacité menée par plusieurs infrastructures et les pressions mise en place par les lobbys pharmaceutiques, la situation du monde médical est aujourd’hui victime d’une profonde crise démocratique.

C’est tout le sujet de l’appel pour une opération mains propres sur la santé, organisée par plusieurs parlementaires européens et professionnels du monde médical. Fondée sur l’initiative de Serge Rader, un pharmacien qui a choisi de lancer l’alerte et de Michèle Rivasi, une députée européenne, le mouvement a rapidement pris de l’ampleur pour réunir aujourd’hui plus d’une vingtaine de professionnels engagés.

Une infection généralisée

La conférence a démarré sur l’intervention de Serge Rader, le lanceur d’alerte qui a proposé une étude comparative du prix des médicaments français sur ceux de l’Italie. Comparaison nécessaire car il est aujourd’hui impossible de faire une comparaison du prix des médicaments sur une échelle européenne. Les prix sont aujourd’hui fixés par l’industrie dans une sphère très nébuleuse vis-à-vis des non-initiés et c’est d’ailleurs pour dénoncer cette opacité mise en place par les grands industriels pharmaceutiques que Serge Rader propose cette étude.

On y apprend par exemple, qu’un différentiel de 30% en moyenne existe entre les prix italiens et français, avec des pics à 150% voire 200%. Alors qu’est ce qui justifie un tel écart et pourquoi la France continue de payer ses médicaments bien plus chers que ces voisins ? Cette étude, bien que crucialement révélatrice d’un dysfonctionnement structurel, n’est pourtant pas prise en compte par le gouvernement (Serge Rader n’a eu aucune réponse de Matignon et de l’Elysée suite à l’envoi de son sujet).

Le modèle italien n’est pas pris au hasard. En effet, depuis 1982, ce pays frontalier au nôtre lutte sans vergogne pour une cessation définitive des conflits d’intérêts en s’appuyant sur une opération coup de poing baptisée «Mani Pulite » (Mains Propres). Au programme, enquête approfondie sur chacun des maillons des prises de décisions du monde médical (experts, leaders d’opinions des institutions etc..).

En France, le scandale du Médiator et l’affaire Cahuzac sont venu remettre ce problème en exergue. Il semblerait donc que le prix disproportionné qui sévit en France n’est donc pas une composante aléatoire mais résulte bel et bien d’une corrélation entre pouvoir politique (ministres, hauts fonctionnaires), professionnels de santés (qui interviennent ici en tant qu’experts et consultants) et le milieu de l’industrie pharmaceutique.

Le CEPS (comité économique des produits de santés) fixe seul les prix sans se référer aux autres pays européens, allant parfois jusqu’à faire de fausses déclarations sur le coût des médicaments à l’étranger. téléchargement

Philippe Eden, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’institut Necker, est d’ailleurs intervenu sur ce sujet en amenant la problématique des Speakers bureaux et le fait qu’une cinquantaine d’étudiants en médecine aient des contrats signés directement avec l’industrie.

Il a conclu en rappelant que le rapport de l’ONU et de la chambre des communes sur la situation a stipulé que l’industrie pharmaceutique, qui est actuellement la plus riche au monde, était « Out of any control ».

Un frein à l’innovation

Aujourd’hui, le problème réside dans le prix établi par les grands patrons du monde pharmaceutique et médical mais également dans l’autorisation au remboursement d’un grand nombre de médicaments pourtant classés dans la catégorie de complaisance.

Ainsi, un grand nombre de crèmes miracles, d’omégas 3 et pleins d’autres consommables à usage thérapeutiques sont remboursés (au moins en parti) par la sécurité sociale afin de mieux vendre le produit en question. Il est évident de constater ici une stratégie marketing rendu possible que par une grande proximité entre les décideurs et le monde industriel. Plus grave encore, le professeur Salomon déclarait ce matin « Les médicaments les plus utiles vendus aujourd’hui ont été créés il y a plus de 30 ans. ».

Il racontait également l’histoire d’une étude dont seul les initiés connaissent l’existence, qui aurait pour but de réunir plusieurs groupes de travail au sein de la communauté médicinale pour extirper dans le méandre des produits en vente les 100 médicaments les plus utiles. Plus précisément « 100 médicaments pour 95% de malades ». Lancé au cœur du Collège National des Généralistes Enseignants et de la société national de la médecine interne, l’étude aurait porté ses fruits et plusieurs médecins sont aujourd’hui en accord avec cette thèse.

Faut-il encore qu’elle soit validée et que les deux corps de professionnels mettent leur travaux en commun, mais les faits sont là, la médecine est aujourd’hui un marché, un business dont le but n’est plus d’innover mais de vendre.

Il y a donc un travail de fond à faire pour rétablir les pouvoirs d’un état de droit vis-à-vis de la puissance de l’industrie pharmaceutique, que ce soit au niveau de la transparence et de la cessation des conflits d’intérêts au plus haut sommet de l’Etat et dans la sphère médicale professionnelle, mais également sur une refonte des grandes institutions, le CEPS en tête de liste.uyguyfgyuf

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