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Lille « Fantastic » et le pouvoir de la culture

C’est au cours du week-end dernier que lillois et quelques centaines (voire plus) de visiteurs ont pu s’évader dans une ville de Lille imaginaire, fantasmatique, magique. Mesdames et messieurs, ainsi a été donné le coup d’envoi de Lille « Fantastic » !

Elue Capitale européenne de la Culture en 2004, la métropole lilloise s’efforce dès lors de rendre à la culture son auditoire le plus important, au gré de manifestations diverses. Suite aux deux grands projets (succès !) de Bombaysers en 2007 et d’Europa XXL en 2009, le comité Lille 3000, chargé de veiller au rayonnement toujours plus fort de la métropole dans ce domaine, choisit le thème du Fantastique afin d’en habiller les contours. Ainsi « Lille Fantastic » va permettre aux citadins comme aux touristes d’être transportés dans un univers délirant, haut en couleurs (et non seulement rouge en blanc, emblématiques de Lille), entre les mois d’octobre 2012 et de janvier 2013. Et Alain Dreyfus d’exprimer quand il était aux Inrockuptibles : « Avec Fantastic, manifestation sortie des cerveaux ébouriffés de créateurs en tout genre, la capitale des Ch’tis nous époustoufle une fois encore. »

Ainsi (m’)a-t-il été permis d’assister à l’installation et mise en bouche de 3 mois de gastronomie culturelle, soit plus de 800 événements programmés dans les 71 communes de Lille et sa métropole que ce soit dans la perspective des 34 expositions, 35 spectacles vivants, 20 « Métamorphoses Urbaines » (modifications sensibles du paysage urbain, toujours dans cette idée de transporter les spectateurs dans une bulle fantastique) ou encore les nombreux « Pop-up » (expos de plein air, concerts divers, etc.).

Certaines œuvres captent d’emblée l’attention des voyageurs qui sont accueillis dès leur arrivée, en Gare Lille Flandres par une soucoupe volante, à Lille Europe par le « Nuage de Mer » signé Fujiko Nakaya, véritable brume hydraulique (ci-dessous) à même de brouiller les pistes (et nos faire trébucher dans la flotte environnante…).

Autres merveilleuses initiatives : la « Voute céleste » de François Schuiten qui relie la Place des Bruisses à la place de l’Opéra, et illuminera tous les soirs de la saison la grande rue Faidherbe (ci-dessous à gauche), ou encore la brève entreprise de Cosmo/AV qui revisitait chaque soir de ce week-end d’ouverture la façade de la sainte Notre-Dame de la Treille aux couleurs de ses animations (à droite).

Bref, autant d’éléments imaginaires qui plongent la ville dans l’imagination collective et stimulante d’artistes venus du monde entier, et tous motivés par « la cohésion dans la ville » selon les dires de Martine Aubry, laquelle soutient que « la culture, ce sont des émotions à partager et une réflexion sur la société actuelle ». Le week-end a effectivement su fédérer la communauté lilloise lors de la Parade d’ouverture, entre marche collective derrière les créations de Nick Cave (ci-dessous à gauche), feu d’artifice orchestré par Jean-Claude Casadeus, et enfin sur la grand place où le défilé de « Fantômes » stylisés par le créateur Jean-Charles de Castelbajac « JC/DC » ont défilé sur le son électro de Mr Nô (à droite).

Seulement, face à l’ampleur d’un tel événement, il convient de se demander quel est l’impact budgétaire et environnemental de Lille Fantastic. Il faut là souligner l’initiative écolo-responsable de l’organisation qui, à travers différentes activités, cherche à promouvoir le renouvellement d’un esprit respectueux de l’environnement.  La question du budget ne peut en revanche être aussi consensuelle, et a soulevé l’opposition de quelques détracteurs (majoritairement UMP et écolos) face au projet soutenu et défendu par M. Aubry et Didier Fusillier, directeur de l’équipe Lille 3000. C’est assurément paradoxal voire illégitime de vouloir dépenser quelques 12 millions d’euros en contexte de sortie de crise, dans un domaine que l’on qualifiera très probablement de non fructueux en terme de croissance. Cependant, et comme l’a défendu Jean-Marc Ayrault  lors de son inauguration de Lille Fantastic avec Aurélie Filippetti : « Dans une période de crise comme connaissent la France et l’Europe, on est ici dans l’avant-garde de ce qu’il faut faire pour le pays. Que ceux qui doutent de la capacité de la France à réussir son redressement viennent ici à Lille, ils verront qu’ici on se bat, qu’on se laisse bousculer par les artistes, qu’on recherche toutes les voies possibles pour redonner de l’espoir, de la confiance, de la justice, de l’avenir à tous ceux qui vivent ici ». Car un trou de 12 millions ça pèse, il convient aussi de préciser que l’investissement personnel du mécénat a contribué à financer jusqu’à 40% du budget total de Lille Fantastic, autrement dit une réponse collective de citoyens qui crient haut et fort que la culture doit survivre, et fait vivre, non pas en terme de subsistance certes, mais d’intelligence.

C’est pourquoi les spectateurs de ce week-end fantastique, quand bien même déçus par une parade moins impressionnante que son ambition, redondante, quelques problèmes techniques lors du grand soir (une « Voûte céleste » achevée qu’à moitié), ou encore certaines manifestations culturelles peut-être peu pertinentes, peuvent néanmoins garder en tête le potentiel de la région, et la survivance de la culture, et ce quel qu’en soit le prix.

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