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On a vu pour vous … le pilote très attendu de American Gods (Starz / Amazon Prime)

Très attendue et présentée en avant première à Séries Mania, la série American Gods se distingue d’emblée par son univers esthétique, atypique et halluciné.

C’est quoi, American Gods ? Shadow Moon (Ricky Whittle) purge une peine de prison, et attend impatiemment de sortir pour retrouver son épouse (Emily Browning). Mais quelques jours avant le terme de sa condamnation, il obtient une libération anticipée : se femme, justement, vient de mourir dans un accident de voiture. Dans l’avion qui le conduit aux obsèques, Shadow fait la connaissance d’un vieil homme, Mr Wednesday (Voyageur, dans la version française). Moins sénile qu’il n’y parait au premier abord, celui-ci semble en savoir long sur son compte, et lui propose de l’employer comme chauffeur / garde du corps / homme de mains… Shadow refuse mais l’homme insiste et finit par le convaincre. Shadow ignore dans quoi il s’engage : apparemment, son nouvel employeur a de puissants ennemis, qui ne vont pas tarder à se manifester.

Pendant trois saisons, le trio Bryan Fuller-David Slade-Brian Reitzell a réussi l’exploit d’imposer sur un network comme NBC la série Hannibal : unique dans son esthétique, l’adaptation des livres de Thomas Harris a développé un univers visuel à part, avec des séquences oniriques et surréalistes insérées dans le récit proprement dit. Les images, sublimes et inspirées, ajoutaient une dimension fantasmagorique à l’histoire, transcendant son extrême violence physique et psychologique.

A lire aussi : Hannibal saison 3

Indubitablement, l’ombre du Dr Lecter plane sur American Gods. Logique, puisqu’on retrouve la même petite bande aux commandes : Fuller en tant que co-créateur (avec Michael Green), Slade derrière la caméra et Reitzell qui a composé la musique. Tous les trois semblent emprunter le même chemin pour adapter le roman de Neil Gaiman (qui est ici scénariste) : l’esthétique doit être aussi importante, voire plus, que l’histoire.

Dès le générique, le ton est donné : avec un totem de néon présentant toutes les nouvelles « divinités» du monde moderne (internet, télévision, automobile…), American Gods annonce clairement qu’elle va tracer son propre chemin et développer un univers très visuel, unique, avec couleurs criardes et images agressives. Cette dimension ne va cesser de se confirmer tout au long du pilote, des séquences graphiques et complètement surréalistes surgissant à l’improviste pour illustrer, en particulier, les visions déroutantes de son héros Shadow Moon, et toutes les scènes dans lesquelles apparaissent les personnages sous leur vrai visage. Cette impression de triper sous acide sans avoir rien pris : c’est ce que l’on retient principalement dans ce premier épisode. Des images superbes à l’esthétique extrême, qui jouent sur les couleurs, les ralentis, les effets spéciaux, avec des références évidentes à Orange Mécanique , sur fond de musique dissonante et dans un chaos difficile à appréhender.

Le héros, Shadow Moon fait figure de point d’ancrage pour un spectateur aussi perdu que lui dans cet univers dément. Au terme du pilote, il manque toutefois un peu d’épaisseur, et American Gods court le risque de l’affadir encore, au milieu de ses scènes hallucinées et de ses protagonistes excentriques qui n’auraient aucun mal à l’éclipser… Mais enfin, son regard fait écho au nôtre. Il ne comprend pas grand-chose à ce qu’il voit ; nous non plus. Il ignore tout de ce mystérieux Mr Wednesday ; nous aussi… A priori, rien ne semblait le prédisposer à se retrouver embarqué dans ce cirque. Petit arnaqueur ordinaire, frappé par un évènement tragique, il se laisse embobiner malgré sa méfiance par un étranger inoffensif (croit-il), un escroc beau-parleur qu’il devine toutefois un peu plus malin que lui.. Mais le monde dans lequel va l’entraîner M. Wednesday (un excellent Ian McShane, toujours brillant dans les rôles atypiques et les longs monologues) ne ressemble à rien de ce qu’il connaît, ni même de ce qu’il pourrait imaginer.  

A partir de là, de deux choses l’une : soit vous connaissez le roman et vous identifiez instantanément les personnages au fur et à mesure qu’ils apparaissent ; soit vous ne l’avez pas lu, et vous êtes plongé dans la confusion. Si vous entrez dans American Gods avec seulement une vague idée du scénario, préparez-vous à ne rien comprendre ! Ou si peu… Le seul point évident, c’est que M. Wednesday a effectivement besoin d’un garde du corps – ce que va vite découvrir Shadow. En attendant, sans aucun point de repère ou référence, on avance à tâtons, entre stupeur et incrédulité – comme ce brave Shadow. Qui sont les ennemis de son employeur ? Que veulent-ils ? Shadow et nous, nous le découvrirons plus tard, alors que Wednesday le sait déjà pertinemment, le bougre !

Mr Wedneday et Shadow Moon : c’est parti pour le road trip !

 

On a quand même quelques indices, susceptibles de nous éclairer. D’abord, le générique, facile à décrypter dès qu’on commence à y voir un peu plus clair ; ensuite la séquence avec Bilquis, la reine de Saba sortie de nulle part, qui utilise le sexe pour être vénérée et récupérer ses pouvoirs (d’une manière que nous qualifierons de… horrifiquement freudienne !) ; et surtout le pré-générique, avec ses Vikings et les thèmes suggérés. A savoir la foi (ou l’absence de celle-ci), la Divinité, et ce que des hommes désespérés sont capables d’accomplir en son nom.

On l’a dit, l’impact visuel de American Gods est indéniable et reste, pour l’instant, l’élément le plus frappant. Peut-être au détriment de l’histoire, et d’une thèse ou d’un propos sous-jacent encore difficile à déterminer.  Mais patience : il nous reste  neuf épisodes (et une seconde saison, déjà commandée) pour voir comment la série  va évoluer. Le parti pris de privilégier une esthétique surréaliste semble en tous cas correspondre à l’histoire de Gaiman. Reste à voir si, à terme, le fond sera à la hauteur de la forme.

American Gods (Starz)

10 épisodes de 55’ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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