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On a vu pour vous… It’s a sin, la bouleversante tragédie du SIDA

Dans It’s a sin, 3 jeunes hommes arrivent à Londres au début des années 1980 pour y vivre pleinement leur homosexualité, tandis qu’une maladie inconnue frappe la communauté gay.

C’est quoi, It’s a sin ? En 1981, trois jeunes hommes arrivent à Londres : Ritchie (Olly Alexander) rêve de devenir acteur, Colin (Callum Scott Howells) travaille chez un prestigieux tailleur, Roscoe (Amari Douglas) vit de petits expédients. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble dans une grande maison avec leur amie Jill (Lydia West), et s’épanouissent entre expériences sentimentales et sexuelles. Lorsqu’une mystérieuse maladie mortelle frappe leurs proches, Ritchie, Roscoe et Colin ne sont pourtant pas inquiets : ils n’ont pas conscience que le SIDA se répand comme une traînée de poudre et va briser leurs vies.

Il y a des séries dont on ne sort pas tout à fait indemne : It’s a sin, mini-série disponible sur MyCanal, en fait partie. Cinq épisodes suffisent pour que l’on traverse toute une gamme de sentiments, que l’on rit et que l’on pleure, que l’on soit indigné et bouleversé. Son showrunner Russel T Davies (Years and Years) a déjà offert de beaux portraits LGBTQ, dans sa série Queer As Folk en 1999 et dans la trilogie Cucumber / Banana / Tofu. Mais dans Queer as Folk, par exemple, il avait refusé de parler du sida, arguant qu’il ne voulait pas associer l’homosexualité à la maladie. Cette fois, il s’attaque frontalement au sujet avec It’s a sin, une histoire d’autant plus bouleversante que Davies s’est appuyé sur son expérience et celles de ses amis.

A lire aussi : Years and years, dystopie familiale terrifiante

Ritchie, Roscoe, et Colin quittent leurs familles respectives et s’installent à Londres, en quête d’un travail et de l’opportunité de vivre leur homosexualité loin du jugement et des préjugés. Ritchie est venu étudier le droit sur l’insistance de ses parents mais il rêve de devenir acteur ; Roscoe fuit sa famille qui menace de le renvoyer au Nigeria en raison de son orientation sexuelle et se plonge dans le monde de la nuit ; le timide Colin décroche un emploi chez un prestigieux tailleur de Saville Row. Leurs parcours vont converger et ils vont emménager ensemble dans une grande maison avec d’autres jeunes gens, dont leur amie Jill.

exe et amour libre – mais la fête est bientôt finie pour Ritchie

It’s a sin commence de manière festive et enjouée dans une ville vibrante où ces garçons, libérés du poids du regard familial ou de la petite localité dont ils sont issus, peuvent enfin être eux-mêmes et ont la vie devant eux. Mais nous sommes au début des années 1980 : tapie dans l’ombre, une maladie qui ne dit pas encore son nom commence à frapper. Les uns après les autres, leurs proches sont hospitalisés et meurent, atteints de diverses pathologies ou symptômes. C’est un cancer qui frappe la communauté gay, ou une maladie transmise par les oiseaux, peut-être une simple rumeur colportée par les homophobes, ou alors un châtiment divin : personne ne sait exactement. Et nos jeunes héros s’amusent, dansent, chantent et baisent sans se soucier du lendemain, parce que la fête continue et que la maladie frappe toujours les autres. Jusqu’à un certain moment.

On les accompagne de 1981 jusqu’aux années 1990, à mesure qu’ils perdent leur naïveté et que leur quête de liberté et leurs rêves se fracassent contre la vague du Sida. It’s a Sin montre sans aucune complaisance la tragédie que le Sida a représenté pour toute une génération. Non seulement parce que l’issue est fatale en l’absence de traitement, mais aussi parce qu’on en voit les aspects les plus atroces et inhumains. La stigmatisation de malades isolés dans des chambres d’hôpital sordides, la condamnation de leur orientation sexuelle et de leur mode de vie, le rejet des collègues ou de la famille (préparez-vous à détester la mère de Ritchie…) mais aussi leur douleur et leur sentiment de culpabilité, l’homophobie et les préjugés qui imprègnent la société, le mépris, les violences policières face aux militants de ActUp… Parfois, ce sont les petits détails qui font le plus mal : on porte des gants pour étreindre un ami, on a peur lorsqu’un colocataire est infecté, on est impuissant devant l’agonie d’un fils. Et la peur qui s’insinue dans la communauté LGBTQ n’empêche pas le déni, l’insouciance voire l’inconscience.

1981, une maladie inconnue commence à frapper

Il y a des moments lumineux, dans It’s a sin. Sur fond des tubes réjouissants de Blondie, Kim Wilde, Soft Cell ou encore de la chanson des Pet Shop Boys qui donne son titre à la série, on assiste à des fêtes et à des scènes de sexe débridée où on peut enfin jouir selon son goût . Et les amis, le petit clan est un refuge, une famille d’adoption extravagante et aimante qui supplante les liens biologiques.

Mais dans le même temps, la série fait mal en racontant son histoire, dure et dévastatrice. A chaque fin d’épisode, la musique pop s’arrête brusquement, et la dernière scène est un coup de poignard. La charge émotionnelle est d’autant plus grande qu’on s’est immédiatement attaché à ces personnages – magnifiquement incarnés par leurs interprètes respectifs. Le timide Colin, le flamboyant Roscoe qui aurait toute sa place dans Pose, le sémillant Ritchie ou leur amie Jill, confrontée à l’agonie et la mort de ceux qu’elle aime : tous sont touchants et complexes. Ce ne sont pas des héros, ils n’ont rien d’exceptionnel : ce sont juste des gens qui ont commis le péché d’aimer et de vouloir vivre en adéquation avec ce qu’ils sont.

Elizabeth Taylor, dont on connaît l’engagement dans la lutte contre le Sida, déclarait « It is bad enough that people are dying of AIDS, but no one should die of ignorance. » Bouleversante, choquante mais nécessaire, It’s a sin nous ramène aux heures les plus sombres de l’apparition du Sida, à travers les parcours croisés de ses magnifiques personnages. Une maladie alors tabou, mais n’oublions pas qu’il y a actuellement 38 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde. Laissez-vous émouvoir par It’s a sin, laissez-vous emporter par les vagues de musique, d’amitié et de sexe – mais aussi par le tsunami de sa tragédie glaçante.

It’s a sin 
5 épisodes de 45′
Le 22 Mars sur Canal+ et disponible sur My Canal.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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