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On a vu pour vous … le pilote de Kidding, la série avec Jim Carrey

Le duo Jim Carrey / Michel Gondry se retrouve pour la série Kidding : une tragi-comédie surprenante, qui semble prometteuse.

C’est quoi, Kidding ? Jeff (Jim Carrey) est l’animateur d’une émission de télévision où, avec ses marionnettes et ses contes, il transmet un message de joie et de bonté et fait figure de modèle pour des générations d’enfants. Du reste, tout le monde l’appelle par son pseudonyme à l’écran, Mr. Pickles. Mais une fois les caméras éteintes, dépouillé de son alter-ego, Jeff est un homme instable et profondément malheureux. Et pour cause : suite à la mort d’un de ses enfants, avec une famille au bord de l’implosion, il ne parvient pas à affronter la dure réalité du monde qui l’entoure.

Il y a quatorze ans déjà, Jim Carrey s’associait avec le cinéaste Michel Gondry pour un film devenu culte, aussi insolite que magnifique : Eternal Sunshine of the spotless mind. Les deux hommes se retrouvent aujourd’hui dans la comédie Kidding. Diffusée à partir du 9 Septembre aux États-Unis (et disponible sur Canal + Séries dans la foulée.), la série intrigue, ne serait-ce qu’en raison de la collaboration des deux hommes. Indéniablement, Kidding semble faite pour le duo. Carrey démontre une nouvelle fois son aisance dans le mélange de comédie et de drama, et Gondry y laisse libre court à sa fantaisie, avec décors naïfs et marionnettes pour illustrer un récit doux-amer. Dans Kidding, apparaissent ainsi les thématiques chères à son cœur – rêves brisés, nostalgie et absurdité intrinsèque de la vie – toujours portées par une philosophie où l’humour et le sourire sont les derniers remparts face au drame.

Jim Carrey interprète donc le rôle de Jeff – alias Mr. Pickles, le nom qu’il utilise dans une émission de télévision pour enfants intitulée Puppet Time, qui a fait de lui une icône pour les plus petits. Symboles de bonté et d’espoir, Mr. Pickles et ses marionnettes incarnent toutes les valeurs positives que l’on souhaite transmettre à ses enfants. Mais derrière cette image, la réalité est toute autre. Suite à la perte d’un de ses fils, Jeff plonge dans la dépression, perd pied à mesure qu’il voit sa famille se désagréger. Tandis qu’il se laisse happer par ses démons, son ex-femme Jill (Judy Greer) arpente la maison où ils habitaient autrefois comme une somnambule et tente de refaire sa vie malgré la douleur. Son fils Will (Cole Allen), qui a survécu à son jumeau, se rebelle et rejette tout ce que Mr. Pickles représente.

Même Danny Trejo est fan de Mr. Pickles

 

Les premières scènes traduisent toute la dualité de Kidding et de son héros. Sur le plateau du Tonight Show de Conan O’Brien, Mr. Pickles sort son ukulélé et entonne une chanson que tout le public (Danny Trejo, l’autre invité, inclus) connaît par cœur. Spots lumineux, ambiance joyeuse, musique entraînante et enfantine… Tout cela s’efface dans la séquence suivante, lorsque Jeff rentre chez lui. Après avoir croisé un sans-abri endormi au milieu des cadavres de bouteilles et aidé sa voisine ivre, il s’enferme seul dans son appartement, assis sous les néons d’un vert glauque devant un western violent. Une dichotomie esthétique qui souligne d’emblée le fossé qui sépare l’optimisme rayonnant de Mr. Pickles et la morosité de Jeff.

Dans le rôle, Jim Carrey est formidable. Avec une subtilité à laquelle on ne l’associe pas forcément, il capte quelque chose du conflit intime qui agite son personnage, entre l’adulte écrasé par la peine et le grand naïf enfantin. Au détour d’une scène, la douleur et l’inquiétude assombrissent son visage enjoué, lorsqu’il se laisse submerger par la tristesse et la mélancolie. Après la tragédie, comment Jeff peut-il vivre dans le monde coloré de Mr. Pickles ? Une partie de lui essaye de continuer comme si rien n’avait changé, une autre plonge dans la dépression, une autre encore le pousse à donner un sens au drame. Convaincu de la bonté de l’âme humaine et l’espoir chevillé au corps, il s’y emploie et cherche des solutions pour concilier le tout. Jeff veut par exemple exorciser la mort de son fils à travers son programme: «Je veux faire une émission sur la mort», explique-t-il à son père et producteur (Frank Langella), peu enthousiaste à cette idée…

Parfois, Jeff se dessine derrière Mr. Pickles

 

Il est toujours difficile de se forger une opinion après un seul épisode, et Kidding ne fait pas exception. Prometteur, le pilote met en place son univers, de manière parfois déstabilisante. En 30 minutes, la série cherche un équilibre délicat entre les émotions ressenties par ce père en deuil et l’attitude positive de son alter-ego. Tout comme son héros navigue entre l’univers utopique de ses marionnettes et la réalité morose qui l’entoure, Kidding oscille entre deux tons diamétralement opposés. Des séquences fraîches et optimistes exaltant les vertus de la bonté et la possibilité de résilience se heurtent à des scènes profondément déprimantes où la détresse des personnages semble sans issue. Le procédé, le contraste est parfois un peu artificiel ; au moins expriment-ils magistralement la dualité de Jeff et de l’atmosphère dans laquelle il est plongé.

Peut-être un peu ostensible dans les contrastes et contradictions sur lesquelles elle joue, Kidding parvient cependant à saisir une mélancolique, une ambiance douce-amère à la fois touchante et perturbante. A la fin du pilote, lorsque Jeff expose son projet de parler de la mort aux enfants, son producteur lui rétorque : «On ne peut pas forcer le public à avoir une conversation dont il ne veut pas. » Une affirmation qui pourrait tout aussi bien d’appliquer à Kidding. Les spectateurs sont-ils prêts à voir Jim Carrey plongé dans les affres du deuil ? On l’espère, ne serait-ce que pour le regard sensible et décalé que semble annoncer le pilote.

Kidding (Showtime)
Diffusion sur Canal + Séries à partir du 11 Septembre.
Épisodes de 30′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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