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On a vu pour vous … Miracle Workers, Steve Buscemi est Dieu et Harry Potter, un ange

Le créateur de Man Seeking Woman revient avec une comédie toute aussi barrée, Miracle Workers, une farce parfois lourde et parfois plus fine qu’il n’y parait.

C’est quoi, Miracle Workers ? Ange enthousiaste et idéaliste, Eliza (Geraldine Viswanathan) est mutée au sous-sol de Heaven Inc., où son nouveau collègue Craig (Daniel Radcliffe) est chargé d’exaucer les prières de milliards d’individus. Débordé et pusillanime, il est content lorsqu’il aide un pauvre bougre à retrouver ses clés, et transmet tout le reste à Dieu (Steve Buscemi)… qui s’en désintéresse totalement . Dépressif et découragé par la stupidité des Humains, il passe ses journées en jogging, vautré sur son canapé. Lorsque survient une catastrophe dévastatrice, Dieu décide d’en profiter pour détruire la Terre et construire à la place un… restaurant. Eliza tente de l’en dissuader et finit par accepter un pari :  Craig et elle ont 12 jours pour exaucer une prière jugée impossible. Dans ce cas, la Terre sera sauvée ; sinon, elle sera détruite et Eliza devra manger un ver vivant. La prière en question semble simple, puisqu’il s’agit de faire s’embrasser Sam (Jon Bass) et Laura (Sasha Compère), deux humains timides qui cherchent l’âme-sœur et semblent faits l’un pour l’autre. Pourtant, rien ne va se passer comme prévu…

Simon Rich s’était déjà inspiré d’un de ses romans pour sa série Man Seeking Woman, comédie surréaliste pleine de séquences fantastiques et métaphoriques où l’on suivait un homme à la recherche d’une petite amie. Diffusée à partir du 30 Mars en France sur Warner TV, sa nouvelle série Miracle Workers (qui prendra la forme d’une anthologie en cas de deuxième saison) est également tirée d’un de ses livres… et elle est tout aussi déjantée. Outre le pitch improbable,  la comédie a d’emblée suscité l’intérêt en raison des acteurs impliqués et des rôles qui leur étaient attribués : Steve Buscemi joue Dieu, Daniel « Harry Potter » Radcliffe interprète un ange. Et sans surprise, ils sont excellents. Radcliffe rend son personnage à la fois ridicule et sympathique ; Steve Buscemi est génial en Dieu apathique, puéril et parfois colérique. Les autres comédiens sont loin de démériter, en particulier la lumineuse Geraldine Viswanathan.

On s’est longuement étendu sur l’histoire, car les détails sont nécessaires pour saisir le ton de la série. Miracle Workers pourrait être un spin-off de The Good Place qui se déroulerait dans l’univers de The Office. La série colle les codes de la seconde sur la première, dessinant un Paradis d’anges en cols blancs, dans une entreprise hiérarchisée.Une comédie de bureau mystique : c’est sans doute la meilleure manière de présenter la série. L’histoire se déroule presque entièrement entre les murs de Heaven Inc, paradis aux airs de grande société céleste où s’affairent des anges en costumes, tailleurs ou blouses de travail. Craig est submergé par les prières des humains ; Dieu est neurasthénique et n’a strictement plus rien à faire de ses créatures ;  son assistant Sanjay (Karan Soni) essaie tant bien que mal de gérer ses crises nerveuses ; sur Terre, les Hommes sont quasiment livrés à eux-mêmes.

Sanjay, Craig et Eliza sont nos anges gardiens

Le rythme est enlevé et, indéniablement, la série met à profit sa structure de 7 épisodes de 20 minutes pour construire un récit efficace qui suit les jours précédant l’apocalypse annoncée, sans perdre de vue cette date butoir régulièrement rappelée par un compte à rebours. Et n’oublions pas qu’on parle aussi d’amour, la grande question étant de savoir si Sam et Laura finiront par tomber amoureux ; après tout, le sort du Monde en dépend. C’est surréaliste, malicieux, déjanté et satirique. Souvent amusant, sans jamais être hilarant.  

Or,  l’essentiel pour une comédie est quand même de faire rire. Est-ce le cas de Miracle Workers ? Oui et non. Ses blagues et ses gags, souvent gras et triviaux, ne sont pas ce qu’elle fait de mieux ; elle est en revanche beaucoup plus réussie lorsqu’elle lorgne du côté de l’humour décalé et de l’ironie. On s’amuse des mécanismes de fonctionnement du paradis, des détournements de la Bible ou de la religion (la manière dont Dieu entre en contact avec un nouveau prophète est géniale), voire de certaines plaisanteries pourtant lourdes. Reste qu’au final, on sourit plus souvent qu’on ne s’esclaffe.

Miracle Workers est néanmoins séduisante dans la manière dont elle traite ses personnages. Dans ce paradis qui n’est qu’une extension de la routine terrestre où chacun a une tâche à accomplir, Craig est un ange naïf et complexé, qui tremble à l’idée de mal faire. Rien ne semble en revanche refroidir l’enthousiasme et l’idéalisme d’Eliza. Sanjay, plein de morgue, accumule les frustrations quand son travail consiste à faire marcher un micro-ondes ou torcher le Père Éternel (si, si). Et Dieu, génie créatif autrefois tout-puissant, complexé face à ses parents (eh oui) a perdu toute motivation et tout enthousiasme à force de voir ses créatures se saborder. Le vrai moteur de l’histoire, ce sont leurs motivations, leurs sentiments, leurs forces et leurs faiblesses. C’est ce qui leur donne une dimension inattendue : ils sont plus terriens que célestes, illustrent toute la complexité de l’âme humaine. Oui, même Dieu.

Dieu (Steve Buscemi) file un mauvais coton

En transposant la comédie de bureau dans un contexte mystique (ou le contraire, on ne sait pas très bien…), Miracle Workers se situe donc quelque part entre The Office et The good place. Aussi déjantée mais moins subtile et élégante que la série de Michael Schur, elle s’appuie néanmoins sur un concept tout aussi original, des acteurs solides, et un humour moins facile que ce que peuvent laisser penser des gags frustes.  La série ne plaira sans doute pas à tout le monde ; par chance, on sait dès le premier épisode si on adhère ou pas à son style et son ton si particuliers Après, tout est une question de goût. Et dans ce domaine, les voies du spectateur sont impénétrables.  


Miracle Workers (TBS)
7 épisodes de 22′ environ.
Diffusion sur Warner TV à partir du 30 Mars
Proposée à Séries Mania dans le marathon comédies

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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